Si on voulait trouver le parfait exemple du fait que c’est en période de mutation qu’il y a le plus d’opportunités, le cas de l’homme d’affaires bordelais, Michel Ohayon, serait à coup sûr à observer de près.

Voilà un homme qui, sans diplôme ni fortune au départ est train de bâtir à la faveur de la crise pandémique, qui a vu tomber à terre un nombre impressionnant de chaînes de distribution, un petit empire commercial de premier plan dans l’Hexagone. En mettant la main, souvent pour un euro symbolique sur nombre d’enseignes nationales en moins de deux ans (Camaïeu, La Grande Récré, Gap ou Go Sport), le président de la Financière Immobilière Bordelaise (FIB) est en train de constituer un groupe de distribution leader de bientôt 3000 points de vente sur le territoire.

Une histoire extraordinaire qui n’intéresse pas seulement les lecteurs du magazine Entreprendre, grands amateurs de success story spectaculaires, comme on le sait ! Comme le rappelle avec le sourire Olivier Pardo, son avocat de toujours : celui qui a ouvert une boutique à Bordeaux dans les années 80 redoutait, à ses débuts, de ne pas pouvoir payer les termes du loyer de son échoppe, ce qui le conduisit à très vite racheter les murs. Que de chemin parcouru en quelques trente ans pour cet entrepreneur sans peur ni reproche qui, outre les grands magasins, 22 Galeries Lafayette, a mis dans son escarcelle le prestigieux hôtel du Trianon Palace à Versailles, le Grand Hôtel de Bordeaux, le Wadford Astoria de Jérusalem, sans même parler du prestigieux vignoble Château Trianon Saint-Emilion grand cru !

À ce jour, l’ensemble des actifs serait déjà valorisé à plus de 2 milliards d’euros, pour un groupe de distribution dont les ventes cumulées pourraient dépasser dans un exercice normal les 1,2 milliards d’euros pour quelques 5000 salariés. Un ensemble pas si hétéroclite qu’il en a l’air. Notre homme a pris soin de s’entourer de grands professionnels de la distribution : le DG, William Hubner, dirigeait Auchan Retail, et son adjoint, Samuel Alimi, n’est autre que l’ancien responsable digital du groupe malouin Beaumanoir (Morgan…).

Le pôle distribution de FIB, regroupé au sein de la filiale Hermione People & Brands, n’est pas aussi hétéroclite qu’il y paraît. Et ses produits touchent quasiment l’ensemble des cibles. L’objet est aussi d’opérer dans les villes moyennes, aux zones de chalandises trop modestes pour les géants comme Zara, Celio ou Décathlon. Ohayon ambitionne même d’avoir pour chaque Français un magasin à son enseigne à moins de 10 km de chez lui. Partisan de magasins « vrais lieux de vie », il ne néglige pas pour autant la dimension digitale. Un fichier de 10 millions de clients pourrait être constitué et mis à profit pour l’ensemble des enseignes.

Côté logistique, un maximum de synergies est recherché. Ainsi, l’entrepôt géant de Camaïeu à Roubaix sera redéployé pour desservir les 1500 magasins de toutes les enseignes du groupe. Le branle-bas est plus que jamais à l’ordre du jour. Dans le groupe bordelais, considéré de plus en plus comme un distributeur de poids, la montée en puissance de Michel Ohayon ne manque pas d’impressionner.

Celui-ci sait mieux que quiconque que c’est quand tout va mal, qu’il faut savoir accélérer. Ce qui ne l’empêche pas de parfaitement gérer son affaire. Par certains côtés, le parcours de ce Bordelais hors-normes n’est pas sans rappeler celui, dans les années 80, du Rennais François Pinault. Cela promet pour la suite. La France a plus que jamais besoin de ce type d’entrepreneurs conquérants !

Robert Lafont

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