Fondé en 2018 par des ingénieurs d’Airbus et d’Assystem, Aura Aéro vient de signer 130 commandes pour son futur avion régional hybride de 19 places.

L’aviation l’a fait rêver depuis ses plus jeunes années. Tout a commencé par le vol à voile et ne s’est plus jamais arrêté depuis. Sa passion a tenu à travers le temps jusqu’à l’orienter dans des études d’ingénieur aéronautique. Il le dit lui-même « penser, dessiner, faire voler des avions est extraordinaire ».

Son expérience lui a permis de constater que comme toute industrie, l’aéronautique doit faire preuve d’imagination pour intégrer et digérer les révolutions technologiques. Si elle n’y parvient pas, elle disparaitra comme d’autres par le passé. La première révolution a déjà eu lieu il y a trente ans avec la digitalisation, la seconde commence.

FIDÈLE À LA TRADITION

L’aviation est implantée depuis bien longtemps dans le Sud-Ouest, Jeremy Caussade est un digne héritier de ce passé prestigieux. Mais il est aussi un homme de son temps. Hors de question de rester inactif face au mouvement qui viserait à culpabiliser chaque personne ou chaque pilote dès qu’il entre dans un avion ou un hélicoptère. Une passion ne s’explique pas, il est indispensable d’imaginer un monde de demain dans lequel l’aérien est toujours bien présent, tout simplement parce qu’il est utile. La décarbonation de l’aviation n’est pas une option aux yeux de Jeremy Caussade, elle est la solution. Aura Aéro est sa contribution à cette entrée dans le futur. Mais elle est aussi une société qui s’inscrit dans le XXe siècle, avec des modes de fonctionnement inédits. Pour réussir, Aura Aéro a créé dès ses débuts un environnement spécifique, car sa tâche est impossible en

solo. La société doit avancer main dans la main non seulement avec ses fournisseurs et clients, mais aussi avec toutes les autorités locales et réglementaires dont le soutien est indispensable. Au-delà d’Aura Aéro, il s’agit de la construction d’un véritable nouvel écosystème aéronautique.

OBJECTIF : 30 ANS

Jérémy Caussade a 39 ans, il a décidé d’être l’un des acteurs du changement, ou plutôt de la transformation en profondeur du secteur. Pour y parvenir, il n’est pas seul. Wilfried Dufaud et Fabien Raison, également ingénieurs aéronautiques, l’accompagnent dans l’aventure de l’entreprise. Ils savent tous trois que le climat n’attend pas, et qu’il est nécessaire de réussir d’ici une trentaine d’années. Pour lancer leur entreprise, ils ont d’abord ciblé des biplaces à motorisation classique, avec l’Integral R en cours de certification, puis l’Integral S qui va bientôt voler, destinés à trois marchés : la voltige, la formation de pilotes professionnels civils et militaires et les aéroclubs. Une niche qui leur permet d’avoir une base économique les premières livraisons étant prévues dès 2023. Ensuite, il sera temps de se lancer dans la révolution technologique électrique.

L’ERA

Les trois associés ont déjà réussi l’impossible et sont aujourd’hui sur la voie de l’hybride et de l’électrique, avec la création du biplace Integral E et de l’ERA, l’Electric Regional Aircraft, un avion de 19 places qui a pour ambition de servir sur des lignes régionales, pour le transport de charges ou le transport pour VIP. Il pourra

voler en tout électrique sur des distances de 400 kilomètres, et passer en hybride pour des distances un peu plus lointaines. Le plan de développement de l’ERA est connu : développement du prototype en 2024 pour un lancement en 2027 après la certification de cet avion bas carbone d’un nouveau genre, dont le cadre réglementaire n’est pas encore totalement défini à ce jour. Les cofondateurs peuvent aujourd’hui s’enorgueillir de quelques 300 intentions de commandes qui leur permettent d’aller plus loin, 200 rien que pour la société de leasing Amedeo. Jeremy Caussade dessine aujourd’hui des avions différents, qui n’ont plus pour objectif de battre des records de vitesse ou de durée de vol, Aura Aéro doit adapter l’avion aux contraintes de l’énergie électrique. Il déclarait l’an dernier dans un journal dédié à l’aviation que « l’on finira par des-siner un avion autour de ses batteries ». Changement de paradigme.

PIONNIER DE LA NOUVELLE ÈRE

La société est basée à l’endroit idéal pour une révolution. Francazal a en effet vu bien des fans de l’aéronautique passer sur son sol. Jeremy Caussade en fait à présent partie avec l’objectif de « réinventer le monde de l’aviation ». Il n’aura pas à se forcer, les technologies ne cessent d’évoluer, l’entreprise doit suivre le rythme, car le zéro émission est l’objectif. Un but compliqué à atteindre du fait de la concurrence mondiale, surtout du point de vue financier.

Les Américains investissent de gros capitaux, ce qui peut faire la différence. Le savoir est présent, les partenariats sont en place (avec Verkor et Aelis en particulier), frugalité et agilité sont au rendez-vous, mais il faut du cash. L’entreprise a déjà levé 10 millions d’euros l’an dernier auprès d’Innovacom et d’investisseurs privés et finalise une levée de 50 millions d’euros longue à se mettre en place en dépit du soutien de 2 millions d’euros de la part de l’État et de la région Occitanie.

Il faut avoir la passion de l’aérien, voire la foi, car pour l’entreprise, il convient également de prendre en compte dans son planning l’équipement des aérodromes en capacité de recharge électrique. Ni trop tôt, ni trop tard : le sens du temps propre aux entrepreneurs.

Claudio Flouvat

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

19 − douze =