Par Guillaume Robez, Co-fondateurs d’Indépendant.io.

Tribune. Dans l’annonce du plan de relance de 100 milliards d’euros, Jean Castex a dévoilé environ 70 mesures autour de 3 priorités : la compétitivité des entreprises, la cohésion sociale et la transition écologique. Le Gouvernement entend relancer l’économie frappée par la crise et “préparer l’avenir”. Il espère entre autres que le plan permettra de créer 160 000 emplois et que les entreprises sauront s’engager fortement dans cette direction. Pourtant, la plupart des indépendants semblent complètement oubliés du plan de relance, alors même qu’ils représentent une grande part de l’emploi.Dans un plan qui mise sur la compétitivité des entreprises et une relance de l’emploi, les TPE n’ont-elles pas une part à jouer ? La France compte 3,9 millions d’entreprises dont 3,7 millions de microentreprises. Ces dernières représentent : 2,4 millions de salariés (19% du total) et 20% de la valeur ajoutée.

L’approche sectorielle ne doit pas être le seul facteur pris en compte

L’approche de relance sectorielle proposée par le Gouvernement n’inclut pas toutes les entreprises, et laisse 2 millions d’indépendants sans aucune aide. Les entreprises des secteurs du tourisme, de la culture ou de la restauration seront aidées. Tous les autres secteurs déjà exclus des aides depuis juillet le seront aussi du plan annoncé.

Pourtant, les autres secteurs ont aussi été sévèrement touchés par la crise. Parmi les 10 secteurs les plus aidés depuis mars (et qui remplissaient donc les critères de baisse de chiffre d’affaires), on retrouve ainsi les 3 secteurs encore aidés mais surtout 7 secteurs désormais exclus (services, transport…)

Le problème vient de l’approche exclusivement sectorielle des aides. Elles se fondent sur les codes NAF qui en disent finalement peu sur le secteur d’activité réel des entreprises. Prenons un exemple concret : un freelance qui ne travaille qu’avec des clients du tourisme a de grande chance d’avoir perdu 100% de son CA, mais il n’a le droit à aucune aide. En attendant, les charges continuent de courir et ceux qui n’avaient pas d’économies sont déjà dans l’impasse. Avec plus de 900 000 freelances en France, le nombre de concernés n’est pas négligeable. Pas rassurant non plus pour ceux qui se lancent : en juillet, les créations d’entreprises sont reparties à la hausse (+9% après +38,1% en juin), dont environ la moitié sous le régime de l’auto-entreprise.

Protéger et réformer le “statut” d’indépendant pour plus d’attractivité  

Les solutions communes sont difficiles à trouver, tant le terme “indépendant” englobe de nombreux secteurs et formes juridiques différents. L’objectif est double : protéger les indépendants actuels et garder le “statut” attractif pour les étudiants, demandeurs d’emplois ou salariés qui envisagent la voie de l’indépendance.

  1. Élargir le fonds de solidarité

Bruno Le Maire a annoncé être favorable au maintien du fonds de solidarité, mais sans l’ouvrir aux autres secteurs. La Fédération Nationale des Auto-entrepreneurs demande son élargissement à tous les secteurs, sans quoi elle estime que 200 à 300 000 auto-entreprises risquent la radiation d’ici la fin de l’année. La proposition est claire, mais les modalités restent à définir : “ouvrir à nouveau ce fonds pour tous, jusqu’à la fin décembre 2020 avec une aide dégressive et le rendre accessible à tous les secteurs”. Il en est de même du côté du syndicat indépendants.co et de la SDI (Syndicat des Indépendants) qui demandent la même chose. C’est donc la mesure que tout le monde semble partager : transformer le fonds de solidarité en “fonds de relance” (comme le dit si bien la FNAE)

  1. Soutenir les indépendants en cas de décalage de trésorerie

Avec la crise, les TPE voient les dettes augmenter et les rentrées d’argent diminuer. Même ceux ayant repris leur activité en mai subissent des retards de paiement qui les mettent en danger de faillite. Une application beaucoup plus stricte de la loi pourrait aider. Une piste intéressante serait peut-être de faire profiter à tous les secteurs des exonérations de cotisations sociales dont le tourisme, la restauration et la culture bénéficient.

  1.  Réformer plus largement les droits des indépendants

Quel que soit leur statut, les indépendants ont un niveau de protection sociale très limité. Une réforme en profondeur des droits des indépendants rendrait le statut plus attractif et surtout moins risqué.

Entre la part que prennent les indépendants dans l’économie actuelle et la hausse des créations d’entreprises “indépendantes”, il est certain que la relance passera aussi par ces entreprises. A condition bien évidemment de ne pas continuer à les oublier tout en rendant le statut plus attractif qu’il ne l’est aujourd’hui.

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