Tribune. Les coronavirus s’en prennent à notre corps comme les sectes s’en prennent à notre personnalité. Les uns comme les autres se développent insidieusement, sans produire au début ni symptômes ni dysfonctionnements apparents , et, quand, solidement accrochés,  ils révèlent enfin leur vraie nature d’agent pathogène ou de prédateur, il est alors malheureusement bien trop tard pour s’en défaire  ! Rien d’étonnant donc à ce que, quand les uns se multiplient, les autres prolifèrent de concert !

« Infection » et « emprise »

Mais comment font-ils ? Quasiment de la même façon, en prenant le contrôle des cellules de notre organisme ou des circuits de notre cerveau, et avec la même intention, s’emparer des moyens et des ressources qui leur manquent  pour les détourner de leur fonction initiale et les utiliser à leur seul profit. C’est le cas des virus et des coronavirus dont le besoin fondamental est de pouvoir se répliquer le plus vite et le plus nombreux possible pour ne pas disparaître un jour, mais ils ont un gros handicap, ils ne peuvent y arriver tout seul ! Sorte de clés USB « biologiques », ils savent stocker un ensemble de données contenues dans leur « génome », leur signature génétique, mais comme elles, il ne peuvent rien lire ni recopier de leur propre fait.

Et, tout comme une clé USB ne peut  fonctionner que connectée sur un autre appareil,  le coronavirus ne peut se reproduire qu’à l’intérieur des cellules d’un organisme vivant, dont il va contourner les défenses immunitaires par un travail de faussaire de grand talent ! Il va, en effet, arriver à produire des protéines qui, étant  les copies conformes de celles de son hébergeur, se fondront totalement dans la masse des autres,  permettant ainsi la contamination des cellules les unes après les autres. Une fois infecté, l’organisme devient alors une sorte d’«  usine à virus » et se met à les produire à la chaîne, les propageant ainsi dans le monde entier, comme c’est le cas depuis plus de deux ans maintenant pour le SRAS-CoV-2.

L’emprise qu’exercent les sectes sur leurs adeptes peut être assimilée à une forme d’infection mentale et le processus de contamination est sensiblement le même. Tout comme le coronavirus se joue du système immunitaire en lui envoyant des protéines « amies » pour le tromper et le neutraliser,  le gourou de  secte va séduire  ses victimes  en leur manifestant, en apparence, beaucoup d’empathie  et une grande compassion, deux sentiments  qu’il est en fait incapable d’éprouver vraiment, mais qu’il a appris à imiter à la perfection pour les utiliser comme armes de manipulation massive. Cette illusion remarquablement servie d’un amour désintéressé, si beau et si exceptionnel, va aveugler le disciple, et le rendre alors perméable à toutes les idées prônées par la secte, qu’il va, peu à peu, faire siennes.  Encouragé à témoigner autour de lui des bienfaits que lui procure son « guide »,  le nouveau  converti  devient alors un incubateur où les théories sectaires vont se développer avant d’envahir la société.

Faux psy, vrais gourous

Les sectes ont trouvé dans la crise sanitaire tout ce dont elles avaient besoin pour accroître leur influence, elles ont simplement dû changé de style, et s’adapter aux nouveaux modes de communication. Les Témoins de Jéhovah, par exemple, n’ont pas mis longtemps à le comprendre et à mettre leur prosélytisme au goût du jour, se réinventant face à la pandémie. Impossible de sonner aux portes ? Qu’importe !  Ils ont trouvé le moyen de continuer à pénétrer chez les gens grâce aux e-mailings, en inondant les boîtes mail de messages et de vidéos; ainsi, dans l’une d’elle, envoyée en mars 2020 et largement diffusée en France, Stephen Lett, l’un des huit responsables mondiaux des Témoins de Jéhovah, affirme que la pandémie de Covid-19 ne se résumerait pas à une crise sanitaire et économique, mais qu’elle préparerait bien, selon lui, la fin des temps. L’église de scientologie, n’est, de son côté, pas en reste dans le genre alarmiste : elle donne pour consigne de se méfier des traitements médicaux, et de cesser de lire et d’écouter la presse, médecins et journalistes étant dénoncés par cette organisation comme des « marchands de chaos », qui répandraient, pour en tirer profit, des nouvelles aussi fausses qu’alarmistes.

Ces théories du complot se sont épanouies à  l’ombre de la Covid-19, à tel point que, selon une étude publiée dans la revue Royal Society Open Science,  et menée au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Irlande, au Mexique et en Espagne,  par Sander den  Linden, professeur de psychologie à l’université de Cambridge, au moins le tiers de la population de ces pays adhère aux théories conspirationnistes sur l’origine du coronavirus et les prétendus dangers de la vaccination.

Ainsi, la  crise sanitaire a créé un climat propice à l’essor de  nouveaux gourous, qui délaissent le spirituel au profit de l’hygiène de vie et du développement personnel, et auxquels YouTube et les réseaux sociaux offrent un nouveau terrain de propagande. Interviewée par France Info, Marlène Schiappa, la ministre en charge de la lutte contre les dérives sectaires, affirme qu’il y aurait au moins cent quarante mille personnes dont quatre-vingt-dix-mille enfants et adolescents dans les cinq cents sectes qui ont été identifiées et répertoriées sur le territoire national. « Vous avez de nouveaux gourous qui se servent de la pandémie pour prêcher des mesures soi-disant de bien-être, mais qui sont des mesures de sujétion psychologique, voire de captation d’argent ou de biens », a-t-elle publiquement dénoncé. Face à cette intensification du phénomène, elle a décidé de multiplier par dix les moyens de la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, les portant à un million d’euros, destinés à financer « les initiatives locales et associatives sur le terrain ».

« Je crois invinciblement que la science et la paix triompheront de l’ignorance et de la guerre », a proclamé… Joe Biden, le 1er mars, lors de son discours sur l’état de l’Union ? Antonio Guterres, le 2 mars, devant l’Assemblée Générale des Nations unies ? Emmanuel Macron,  le 3 mars, dans sa lettre aux Français ?  Pas du tout ! C’est  Louis Pasteur, le 27 décembre 1892, à la Sorbonne. Le genre de profession de foi dont nous avons grand besoin par les temps qui courent !

Catherine Muller

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