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C’est une belle histoire et, en plus, elle est authentique. Alors que son employeur fonçait droit vers le dépôt de bilan, l’agent de sécurité s’est improvisé entrepreneur et a transformé la TPE en une PME prospère. Dans un quartier réputé difficile, presque un cas d’école… Foncez !

7500 euros. C’est la somme qu’a déboursée Demba Yatera pour racheter la société ESP à… ses anciens patrons. À l’époque, en 2008, l’enfant de Trappes (78), fils de parents mauritaniens, CAP de plomberie, n’est que simple agent de sécurité de la petite entreprise des Yvelines.

Lorsqu’il apprend, que les dirigeants d’ESP vont déposer le bilan, le sang de Demba Yatera ne fait qu’un tour et il décide sur un coup tête de reprendre l’affaire malgré les mauvais chiffres. « On devait être une quinzaine de salariés pour un CA de 500 000 euros. »

Malgré un endettement avoisinant les 100 000 euros, il ne se désarme pas et fait part de son projet à ses dirigeants. Sa proposition, rejetée dans un premier temps – « on m’ a dit que j’ allais me planter » –, finit par aboutir : Demba Yatera rachète ESP en signant un chèque correspondant au montant du capital social de l’entreprise.

« J’ ai trouvé les ressources et payé les anciens dirigeants. » C’est là que le plus dur a commencé : « la gestion, les ressources humaines… C’était un monde nouveau pour moi. »

Amazon, ambassade d’Inde et… Marion Cotillard

Demba Yatera ne tarde pas à identifier l’une des raisons de l’échec de la petite affaire : trop spécialisée sur un seul secteur, la logistique. Pour inverser la tendance, l’ancien agent de sécurité diversifie l’offre – événementiel, gardiennage, cinéma… –, met en place une stratégie de communication, et va frapper à toutes les portes pour grappiller des clients.

En dix ans, le chiffre d’affaires d’ESP a été multiplié par vingt, passant de 500 000 à 10 millions d’euros. Aujourd’hui, près de 300 agents, dont 250 en CDI, travaillent pour la PME basée à Montigny- le-Bretonneux (Y velines). Il faut dire que le portefeuille de clients a considérablement gonflé avec les années.

L’entreprise s’occupe de la sécurité de grands groupes (Europcar, Amazon, SNCF, Lidl, Engie…) et d’institutionnels (collectivités, Vélodrome de Saint-Quentin…). ESP est également sous contrat avec plusieurs ambassades parisiennes, celle de l’Inde notamment. « Sur ce contrat, on travaille sous l’ égide de l’ État indien. Les ambassades ont des procédures spécifiques, mais on s’ adapte… »

Il arrive également qu’ESP assure la protection rapprochée de personnalités, comme ce fut le cas avec Marion Cotillard. « On travaille beaucoup avec des productions (pubs, accompagnements de stars…) qui font appel à nous pour sécuriser les déplacements. On s’ est occupé de très grands artistes, d’ acteurs, de groupes de rap… »

Une «unité d’élite» dans les gares parisiennes

Mais le contrat dont Demba Yatera est le plus fier a été conclu avec la SNCF. Il y a deux ans, suite à « une demande de la SNCF », ESP délègue quelques agents à la Gare du Nord.

A l’époque, le groupe ferroviaire rencontre une problématique : la recrudescence des racoleurs et des vendeurs à la sauvette. Mais l’ histoire entre le groupe ferroviaire et la PME des Yvelines ne démarre pas sous les meilleurs auspices.

Suite à un « malentendu » « nous n’ avions pas bien identifié leurs besoins », explique aujourd’hui son PDG –, le contrat initial n’est pas reconduit… Mais Demba Yatera choisit de ne pas en rester là. Inspiré par cette demande atypique, il lance une « unité d’ élite, entre la Police et l’ agent de sécurité » capable de s’adapter à ce contexte.

Après un nouvel essai, concluant cette fois, ESP entame une collaboration dans la durée avec la SNCF qui débouche sur la signature de contrats avec plusieurs gares parisiennes (Gare du Nord, Gare de Lyon, Gare Saint-Lazare…). Du côté d’ESP, cette collaboration implique la mobilisation de 120 agents.

Un manque de soutien des acteurs locaux ?

Revendiquant ses collaborations multiples avec le tissu associatif et son impact sur l’emploi, Demba Yatera déplore le « manque de confiance » des collectivités et des entreprises du département, même si quelques mairies ont franchi le pas.

« J’ aimerais bien qu’ils m’ aident un peu plus ! J’ essaie d’ être un acteur de la vie locale. Tous mes recrutements se font dans le département… » Un chiffre résume à lui seul cette situation : 80% du chiffre d’affaires d’ESP est réalisé en dehors des Y velines.

« C’ est dommage car il y a beaucoup d’ entreprises et de collectivités dans notre bassin… J’ espère que cela changera. » Un exemple, et pas des moindres, vient toutefois contrebalancer cette tendance : ESP a signé un partenariat exclusif avec le Vélodrome national de Saint-Quentin-en- Yvelines.

«Ce contrat, c’est notre vitrine», glisse Demba Yatera. Le PDG d’ESP voit plus loin : l’événementiel, c’est le secteur le plus porteur pour l’avenir d’ESP. Demba Yatera en est persuadé.

« J’ai beaucoup investi dedans, souligne-t-il. Cette année, on a d’ailleurs remporté le marché du Salon de l’ aéronautique au Bourget. C’est dans la lignée de notre objectif qui est de couvrir de très gros évènements. »

Durant l’Euro 2016 de foot, organisé en France, la PME de Montigny a assuré la sécurité des supporters britanniques arrivant par l’Eurostar. « Notre objectif, c’est de pouvoir intégrer les grands stades comme le Parc des Princes », affirmait en 2017 le chef d’entreprise au site Actu78.

Demba Yatera n’oublie pas non plus que les Jeux olympiques de Paris 2024, avec leurs dizaines de sites à sécuriser, se profilent à l’horizon…

Le potentiel inexploité des quartiers

L’ancrage local, c’est l’un des leitmotivs de Demba Yatera. Originaire de Trappes, la ville d’un certain Jamel Debbouze, le chef d’entreprise s’est tout naturellement tourné vers le vivier local pour constituer ses équipes.

« Donner une chance à tous ces jeunes est l’une de nos forces. J’ai toujours eu envie de les aider. Aujourd’hui, 50 à 60% des salariés d’ESP sont soit des jeunes issus des quartiers, soit des jeunes dans le besoin. Je ne regrette pas ce choix car ils me le rendent au centuple. Ils sont deux ou trois fois plus investis que les autres.»

Outre l’impact de son entreprise sur l’économie locale, Demba Yatera arpente le département pour prêcher la bonne parole. « J’interviens beaucoup auprès des écoles, des associations et des missions locales pour raconter mon parcours et leur prouver que ce n’est pas parce qu’on vient d’un quartier qu’on ne peut pas réussir, précise ce pur autodidacte. J’essaie de leur donner une voie en allant à leur rencontre. Beaucoup de jeunes sont un peu perdus, isolés, enfermés dans leur quartier. Les limites sont seulement dans la tête. Tout le monde peut y arriver, il faut sortir de cette image éculée d’ enfants des quartiers n’ ayant aucun avenir. »

Le regard porté sur ces jeunes est-il en train de changer, notamment au sein des grands groupes ? C’est le sentiment du PDG d’ESP : «J’ai pu le constater au cours de mes rencontres avec des dirigeants de grandes entreprises. Ils sont en train de changer toute leur organisation. L’exemple de l’évolution sociétale de BNP m’ a beaucoup surpris. Ils entreprennent des actions concrètes pour aider les personnes dans le besoin. C’ est positif, les mentalités changent. On donne leur chance à ceux qui en ont le plus besoin. »

Qui a dit en que en France les quartiers étaient condamnés à l’assistanat. et au déclassement.

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