Sandra Fournier, Directrice générale de Moderna France et Arnaud Cheret, Directeur Médical de Moderna France.

Moderna existe depuis 2010 et dès 2011, Stéphane Bancel, le Président directeur général a rejoint la société. Depuis lors, les chercheurs de Moderna ont travaillé sur la technologie à ARN messager (ARNm) et ont fait le pari de cette technologie. En un peu plus de dix ans, Moderna est ainsi passée d’une société de recherche travaillant sur des programmes dans le domaine de l’ARNm, à une entreprise avec un portefeuille clinique diversifié de vaccins, de propriété intellectuelle et de solutions thérapeutiques, avec une usine de fabrication intégrée. Interview croisée de Sandra Fournier, Directrice générale de Moderna France et Arnaud Cheret, Directeur Médical de Moderna France.

Les études sur l’ARN messager sont au cœur des travaux de Moderna et ont permis de nombreuses avancées médicales. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

S.F : « En effet, Moderna a investi près de 2,5 milliards de dollars pendant plus de dix ans dans une technologie nouvelle, sans développer le moindre produit commercial. Nous avons su tirer parti de nos recherches afin de développer un nouveau type de vac-cin pour faire face à la pandémie. Et nous ne comptons pas nous arrêter là, puisque c’est une technologie qui va j’en suis sûre révolutionner la science et la médecine ».

A.C : « Nous avons 46 programmes en cours de développement. Un certain nombre de ces programmes concernent des maladies infectieuses : il y a par exemple la grippe et le virus respiratoire syncytial, notamment responsable des épidémies de bronchiolites chez le nourrisson et les enfants de moins de deux ans. Nous travaillons également activement sur les virus latents – ces virus, présents dans le corps, pouvant se réveiller à l’occasion d’une baisse d’immunité par exemple. Nous avons des candidat-vaccins contre le VIH, contre l’herpès, et le zona-varicelle, sans oublier les pistes qu’ouvre l’ARNm dans le traitement des cancers et des maladies rares.

Moderna est désormais connu pour sa mise sur le marché de vaccin à ARNm. Quels ont été selon vous les facteurs de réussite de cette mise sur le marché et de la reconnaissance par le gouvernement des États-Unis pour le développement de vaccins dans le cadre de l’Opération Warp Speed ?

S.F : « Si le grand public connait maintenant Moderna et son premier vaccin à ARNm, celui-ci est, comme évoqué précédemment, le fruit de nombreuses années de recherche et de développement sur l’ARNm par nos scientifiques. Nous avons acquis une telle expertise tout au long de ces années qu’à partir du moment où le séquençage du virus a été connu, nous avons pu convertir notre expertise pour produire un premier lot de candidat-vaccins pour les essais cliniques en 42 jours. Ce sont donc, à mon sens, nos années de recherche et de développement ainsi que nos investissements importants dans nos capacités de production qui ont conduit à la réussite de cette mise sur le marché ».

Quels sont les atouts des vaccins utilisant la technologie à ARNm par rapport aux autres types de vaccins ?

A.C : « Ce type de vaccin consiste à injecter dans l’organisme des molécules d’ARNm. Sur la base des instructions fournies par ces molécules, l’organisme produit la protéine spécifique du virus en question, ce qui suscite une réponse immunitaire capable de protéger l’individu contre ce virus. Les vaccins basés sur cette technologie ne consistent donc pas à injecter du virus dans l’organisme, mais simplement des instructions de fabrication de protéine.

Stéphane Bancel annonce son intention de donner à des œuvres de charité les revenus issus de la vente de ses stock-options, soit 331 millions d’euros. Cet acte est-il emblématique de la philosophie de votre entreprise ?

S.F : « Moderna ne commente pas les achats ou les ventes effectués par des dirigeants, des investisseurs ou des groupes individuels. Mais la création de la Moderna Charitable Foundation, lancée cette année, est emblématique de nos valeurs. Cette Fondation soutient les organisations et les causes qui promeuvent la santé publique et l’accès à des soins de qualité, en faisant progresser l’éducation scientifique et l’innovation à travers le monde, en plaidant pour la diversité et l’inclusion. Dès le mois d’avril dernier, la Fondation a ainsi annoncé l’octroi d’environ 5 millions de dollars de subvention à cinq organisations à but non lucratif ».

La firme américaine a aussi promis d’investir 460 millions d’euros pour produire des doses de différents vaccins destinées au continent africain. Elle a d’ailleurs choisi le Kenya pour établir sa première usine de vaccins à ARNm en Afrique. Quelles seront les retombées pour Moderna et pour Nairobi ?

S.F : « Très clairement, il s’agit pour Moderna de garantir un accès durable à l’innovation stratégique que constitue l’ARNm sur le continent africain et ainsi contribuer à la santé publique de manière générale. Cette initiative s’inscrit dans un projet plus global puisque Moderna s’est engagée à réduire les différences d’accès aux vaccins en vue de faire progresser la santé mondiale ».

Moderna travaille-t-elle sur d’autres chantiers d’importance ?

S.F : « Comme vous l’avez dit, les études sur l’ARNm sont au cœur des travaux de Moderna. Nous avons un certain nombre de programmes en cours de développement, dont nous sommes très fiers. Prenons un exemple : le cytomégalovirus, ou CMV. Le mois de juin marquait le mois de prévention et de sensibilisation à ce virus, qui est la cause la plus fréquente d’infection congénitale dans le monde. L’enjeu est donc de taille. Notre candidat-vaccin est en cours d’étude en phase 3 et les résultats de phase 2 se sont montrés prometteurs ».

A.C : « Il faut souligner que Moderna n’est pas seule dans tous ces chantiers d’importance, comme vous le dites. Nous avons noué des partenariats dans certaines aires thérapeutiques. Nous sommes particulièrement fiers de collaborer avec l’IAVI dans le cadre d’un programme de développement d’un vaccin à ARNm contre le VIH. Un premier essai clinique vient d’être initié en Afrique ».

Sans chercheurs, pas de recherche, pas de vaccin et pas d’avancée médicale d’envergure. Peut-on ajouter un mot sur les équipes Moderna ?

S.F : « Je suis tout à fait d’accord avec vous. Ce sont les chercheurs et les collaborateurs qui ont conduit aux avancées que nous connaissons. Moderna compte désormais environ 3 200 employés à temps plein, contre environ 1 500 au 31 mars 2021. Nous sommes très fiers de cette évolution ».

Enfin, un dernier mot sur les enjeux de Moderna pour les prochaines décennies ?

S.F : « En ce qui concerne l’ARNm, le travail ne fait que commencer. L’enjeu : faire avancer la recherche et la science, de manière à réaliser le plein potentiel de cette technologie que nous maitrisons à présent ».

A.C : « Il s’agira également de poursuivre nos 46 programmes de recherche pour apporter des nouvelles solutions prophylactiques ou thérapeutiques et répondre à des besoins médicaux non satisfaits, offrir de nouvelles perspectives dans la prévention des maladies infectieuses, la lutte contre certaines formes de cancer et le traitement de maladies génétiques rares ».

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