Collège Roland Dorgelès : 200 anciens élèves témoignent du comportement « plus que déplacé » d’un enseignant

Incompréhension et colère. Alors que plusieurs enseignants du collège Roland Dorgelès, dans le 18è arrondissement de Paris, se sont mis en grève pour soutenir l’un de leurs collègues suspendu pour suspicion d’attouchements vis-à-vis d’une jeune élève, 200 anciens élèves de l’établissement témoignent de leur malaise dans une lettre ouverte bouleversante.

Ce matin, les cours n’ont pas pu reprendre au collège Roland Dorgelès, dans la tourmente depuis que plusieurs enseignants ont lancé un mouvement de grève en soutien à leur collègue, objet de plusieurs signalements et d’une plainte pour attouchements et « gestes déplacés ». La direction de l’établissement, montrée du doigt pour son « indulgence » envers cet enseignant, refuse de s’exprimer et se mure dans un silence pour le moins désarmant.


Nous, anciennes et anciens élèves du collège Roland Dorgelès

« Nous, anciennes et anciens élèves du collège Roland Dorgelès, qui sommes maintenant adultes, vous écrivons aujourd’hui concernant une situation qui a réveillé des souvenirs pénibles. 

Une jeune élève de l’établissement aurait, il y a peu, rapporté des faits d’attouchements sexuels commis par un professeur de sport du collège. Dès que nous l’avons appris, nous avons toutes et tous, sans exception, pu mettre un nom sur ce professeur. Nous sommes dépité.e.s de voir à quel point les choses n’ont pas évolué.

Nous avons toutes et tous à un moment ou à un autre, au cours de notre scolarité au collège Roland Dorgelès, été témoins (quand nous ne l’avons pas subi), du comportement plus que déplacé, à l’époque déjà, de ce professeur. C’est à ce titre que nous jugeons important de témoigner, en premier lieu pour la jeune fille qui a porté plainte et en second lieu pour tous les autres élèves passé.e.s et présent.e.s du collège éberlué.e.s par le prétendu « mouvement de solidarité » envers cet enseignant.

Nous ne pouvons ni comprendre ni admettre qu’on fasse grève pour soutenir un collègue mis en cause pour des gestes déplacés qui se sont répétés chaque année pendant plus de dix ans.

Nous comprenons encore moins qu’on prétende proposer une aide psychologique à cette personne au lieu de recueillir la parole des élèves qui en ont été victimes. 

En fait, ce « mouvement de solidarité » est une insulte au témoignage de l’élève qui a eu le courage de rapporter les faits. Comment des professeurs qui n’ont jamais assisté aux cours de sport de cet enseignant, que ce soit au stade ou au gymnase, se jugent-ils fondés à se porter garants de son comportement ?

Nous réalisons aujourd’hui que nous n’avions pas les mots à l’époque pour verbaliser ce malaise ambiant durant beaucoup de séances avec lui, mais nous ne pouvons plus nous taire, à plus forte raison quand certains essaient de défendre l’indéfendable.

Nous considérons le comportement de ce professeur déplacé, humiliant et plus que malsain. 

Déplacé à cause de son manque de respect de l’intimité et de l’intégrité physique des jeunes filles dont il avait la charge. Il entrait systématiquement dans les vestiaires du gymnase ou dans les douches à la piscine. Déplacé comme ses gestes sur les filles déjà formées, particulièrement pendant les exercices d’acrosport et de gymnastique. Le choix des élèves, pour les démonstrations devant la classe notamment, portait trop souvent sur les filles dont la tenue pouvait laisser apparaître la poitrine.

Humiliant, par sa tendance marquée à dévaloriser les élèves, notamment ceux en surpoids. Par son habitude de prendre avantage de leur vulnérabilité psychologique en les prenant seul à seul pour leur faire des reproches ou leur donner des « conseils » sur leurs fréquentations et leurs amitiés. Il est arrivé qu’il pousse des élèves à « se dépasser » lors des exercices sportifs à tel point que ceux-ci finissent par vomir d’épuisement, et qu’il les oblige aussitôt à reprendre l’exercice. Aux élèves garçons, il martelait une injonction à « être virils ». Ce rapport de force extrême nous mettait en tant qu’élèves dans des situations d’impuissance totale car nous craignions les punitions.

Malsain enfin, car il essayait d’instaurer une relation de « confiance » et de proximité avec certaines élèves, par exemple en leur prenant ou en leur caressant la main. 

Ce comportement était installé. Il suscitait des discussions entre élèves.  Aujourd’hui encore, y repenser nous laisse un goût amer, et il nous arrive souvent, lorsque nous nous retrouvons presque dix ans plus tard, d’en reparler.

Ne doutez pas de notre détermination. Si besoin est, nous nous déplacerons, nous témoignerons aux côtés des élèves du collège qui subissent l’humiliation que cet enseignant soit érigé en victime par certains.

Parmi les signataires de cette lettre, certain.e.s ont fait figurer leurs années de scolarité au collège en lieu et place de leur nom, par crainte, aujourd’hui encore, d’éventuelles répercussions de la logique punitive (pour les petites soeurs et les petits frères) et de l’aveuglement volontaire entretenus au sein de l’établissement. »


Note de la rédaction : certains des signataires de cette lettre ouverte étant mineurs, nous ne publions pas leurs noms.

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