La reprise d’entreprise est l’une des voies privilégiées par les cadres souhaitant se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Mais phénomène nouveau, c’est en province que les repreneurs cherchent les meilleurs potentiels, afin de concilier aventure entrepreneuriale et qualité de vie.

Reprise et transmission d’entreprise sont des phases délicates pour le cédant, mais aussi pour le repreneur. La transition est une période à fort enjeu non seulement pour les deux parties, mais aussi pour le personnel concerné. De nombreux cadres expérimentés parisiens choisissent cette stratégie de rachat pour se lancer et devenir chef d’entreprise. Un autre critère intervient fréquemment, celui du changement de cadre de vie, en lâchant la capitale ou les grandes métropoles pour choisir un autre environnement. Il peut s’agir d’une envie de grand air comme d’un retour aux origines. En bref, un changement de vie professionnelle et privée qui représente souvent un défi à haut risque personnel.

Une envie et son contraire

La crise sanitaire a changé la donne dans la vie professionnelle de la plupart des cadres citadins. Entre télétravail et modification de l’organisation, ils mettent en avant dans les derniers sondages le fait que la vie privée devient de plus en plus importante pour leur équilibre global, se rapprochant en cela des préoccupations des jeunes générations. Plus d’un million de salariés ont démissionné en France ces derniers mois, pour aller vers une meilleure opportunité ou choisir un métier et un environnement plus conformes à leurs désirs. Une nouvelle vie plus « porteuse de sens », où la notion de liberté prend toute sa place. Ces deux dernières années ont également mis en lumière le travail en freelance à temps partiel pour s’investir dans une activité indépendante, sans pour autant remettre totalement en cause la sécurité financière du foyer.

Un écueil à éviter ou affronter

Plus rares sont ceux qui vont jusqu’à reprendre une entreprise. Ceux qui se lancent ont généralement travaillé dans de grands groupes, ce qui leur procure des atouts certains, une méthode de travail, une expérience, des compétences ainsi que des moyens financiers.
En revanche, un écueil est toujours bien présent. Le revers de la médaille dans les débuts d’une reprise est que le profil du cadre de grande entreprise se trouve confronté à une culture d’entreprise bien différente, celle d’une PME ou d’une TPE. C’est le moment où il convient de faire preuve d’ouverture sans pour autant céder à sa propre personnalité, ce qui n’est pas toujours simple, preuve en est que certains échecs sont causés par ce point très particulier : la greffe ne prend pas toujours.

Des exemples gagnants

Quand on cherche à reprendre une entreprise en province, il existe de très nombreuses sources, dont bien entendu les chambres consulaires, les fédérations professionnelles, les circuits financiers, comptables et bancaires, sans oublier les bases de données permettant d’explorer les opportunités grand angle (parmi ces dernières : TransEntreprise, TransPME, Cédants et Repreneurs d’Affaires ou pour l’artisanat, la BNOA, la Bourse Nationale d’Opportunités Artisanales). Ils sont nombreux les Français à avoir franchi le pas de la reprise partout en France, voire même en Europe. En voici quelques exemple gagnants.

La RH, pierre angulaire

Les deux points souvent délicats sont en premier lieu la phase de transition. Il arrive que la phase de cohabitation avec l’ancien dirigeant puisse s’avérer compliquée au fil des semaines, en fonction des profils des deux personnes. Le second est la mise en place de la relation avec le personnel. Il est très rare qu’un audit des ressources humaines intervienne, du moins de façon sérieuse, car l’aspect financier prévaut dans les débuts. Mieux vaut connaître le type de management du prédécesseur afin de pouvoir mieux se positionner sans appliquer des recettes toutes faites. Le salarié doit d’abord être rassuré quant à la continuité de son propre poste, avant de pouvoir véritablement adhérer à un nouveau projet.

DAP : le pari du couple Veilex

L’histoire de DAP commence il y plus d’un demi-siècle, en 1966, en Isère, la société est devenue au fil du temps une spécialiste de la fabrication de stratifié, personnalisé et sur-mesure. Le succès s’est bâti dans les débuts sur la stratification des cartes Michelin, ce qui sans adaptation aurait pu mener à une impasse. Mais de nouveaux débouchés ont été développés. Aujourd’hui, DAP est le leader européen de la personnalisation de ce type de produit grâce à des investissement réguliers et importants dans les nouvelles technologies qui lui ont permis d’ouvrir les marchés internationaux.

L’âge de la retraite étant venu, Pierre Prat, le fondateur, a cherché des successeurs. A la même époque, un couple franco-danois, Line et Laurent Veilex sont en quête d’un changement de vie. Pour Laurent, l’envie de reprendre une entreprise était un vieux rêve, mais comme souvent, il a fallu un concours de circonstances pour passer à l’acte. Cadre dans un grand groupe pharmaceutique, Novo Nordisk pendant une dizaine d’années, il bénéficie d’une bonne rémunération, voyage fréquemment pour aller vers de nouveaux défis et tout va pour le mieux. Du moins jusqu’en 2014, lorsqu’une promotion souhaitée ne se concrétise pas, réveillant le désir de se lancer dans l’entrepreneuriat. Cela se formalise rapidement par une formation au CRA (Cédants et Repreneurs d’Affaires), permettant l’élaboration d’un projet. Les critères sont établis, Laurent Veilex souhaite se lancer dans un secteur avec un produit vraiment spécifique et un marché potentiellement international.

L’entreprise DAP va représenter la belle opportunité, avec un produit technique, une petite équipe, de belles perspectives de développement en termes commerciaux. L’affaire est conclue en 2017 et la famille s’installe à Grenoble. Laurent Veilex est Lauréat 2017 du Réseau Entreprendre Isère pour le projet de reprise de DAP. L’envie est là, mais comme toujours, certaines difficultés voient le jour, comme le départ prévu ou pas de certains collaborateurs clés. Les remplacements peuvent se faire en interne, et l’aventure se poursuit depuis lors, l’entreprise travaillant sur de très nombreux projets dans le monde.

Volpaiole : le coup de foudre d’Olivier-Paul Morandini

La profession de lobbyiste à Bruxelles est pour le moins prenante, voire même usante, même si le métier reste lucratif et passionnant. Paul-Olivier Morandini a travaillé pendant vingt ans dans le microcosme européen, et notamment poussé à la transparence dans le biologique, il s’était fait remarquer avant cela par la mise en place du 112, numéro unique d’appel d’urgence en Europe. En 2010, le professionnel fête ses 40 ans. On le sait, le milieu de vie est souvent porteur de changement et de décisions. Il part avec sa famille de Bruxelles pour s’installer dans la province italienne de Toscane et réaliser son rêve de viticulture.

Il est en effet tombé amoureux des vignobles de Volpaiole (la tanière des renards) et rachète un domaine qu’il baptise Fuori Mondo, « hors du monde », en décidant de le convertir en biologique. Au départ, seul 1,2 hectare est concerné, mais avec la location de terres, le tout passe rapidement à 4 ha. Il faut avoir la conviction chevillée au corps pour s’installer sur cette terre éloignée, belle, mais loin de tout. Cette passion pour les vignobles de la zone le mène aussi en partie à revenir à ses origines, son grand-père maternel était en effet originaire du Frioule en Italie, même si lui-même est né à Charleroi. Paul-Olivier Morandini décide donc de poursuivre des choix rigoureux, surprenants parfois pour ses voisins viticulteurs.

Exigeant, il cherche le vin idéal sans compromis, même si la productivité doit s’en ressentir. Mais les résultats sont là, l’homme met en pratique ses convictions et son instinct, tentant de « faire aboutir un rêve ». Le travail porte ses fruits, l’entrepreneur n’a pas attendu la crise sanitaire pour commencer à vendre sur internet, et a même réussi à s’introduire sur la carte des meilleurs restaurants gastronomiques français.

V and B : une reprise en franchise

Il ne faut pas toujours avoir travaillé dix ou vingt ans dans un grand groupe pour exercer des responsabilités et avoir envie de se lancer dans la vie entrepreneuriale. La preuve avec Jocelyn Carli, un jeune homme d’origine bayonnaise qui termine ses études commerciales à Toulouse et prend la direction d’un magasin ; une aventure de trois années qui va lui donner des ailes. Cette première expérience lui suffit pour le motiver à lancer son propre concept à 27 ans. Son idée ? Un endroit qui soit plus qu’un bar, avec une activité de dégustation. C’est en approfondissant son projet qu’il découvre l’existence de l’enseigne franchisée « V and B », entre cave à vin et bière et bar. Avec des ouvertures de 10h à 21h, le but est d’accueillir notamment les afterworks, selon le concept anglo-saxon.

L’enseigne organise également des dégustations de vins, bières et de produits locaux. Il se trouve que l’un des points de vente, situé à , est à vendre. L’affaire n’est pas florissante, mais le défi tente Jocelyn Carli, d’autant que l’emplacement est intéressant, en pleine zone commerciale et de bureaux. Il reprend les murs et l’affaire fin 2020, alors que la période de pandémie est loin d’être terminée et que la zone commerciale est évidemment au plus bas. Pour commencer, il met immédiatement en place une activité de Click & Collect et de livraison à domicile qui fait ses preuves pendant les périodes festives. Avec 5 employés en CDI et alternance, le jeune entrepreneur avoue être très satisfait d’avoir choisi une franchise, qui lui permet d’être beaucoup plus « terrain », au contact des clients et des fournisseurs, ce qui correspond à son tempérament.

Le pari est en passe d’être remporté, car si au départ, le commerce perdait de l’argent, l’appui de la franchise derrière le jeune repreneur représente une garantie de longévité ; les deux parties ayant intérêt à ce que l’activité soit relancée de façon pérenne. Jocelyn Carli a trouvé une activité qui lui plaît, dans une région agréable, qui lui demande évidemment beaucoup de travail, mais l’avenir s’annonce bien.

Labojal : relancé par Eric Goudou

Ce diplômé de l’INSEEC et de l’EDHEC a longtemps travaillé en tant que banquier d’affaires à la Société Générale en région parisienne. 17 années passées dans la finance, et une fois encore la quarantaine venue, l’envie de changer de vie vient taquiner Eric Goudou, qui a grandi dans une famille d’entrepreneurs. Avant d’aller plus loin, il consulte son épouse, car il s’agit de quitter Paris pour s’installer avec les enfants en province, et ce point doit faire au préalable l’objet d’une décision commune. En termes financiers, inutile de dire que l’homme est plus que prêt et dispose d’un bon réseau.

Cela ne l’a pas empêché de se faire accompagner par Althéo, car la reprise d’une entreprise reste affaire de spécialiste. Cela a été rondement mené, en moins d’un an ; les négociations ayant rapidement abouti notamment grâce aux contacts pris avec le fonds Siparex et les banques accompagnatrices. C’est l’entreprise Labojal qui a retenu son attention parmi une quinzaine d’entreprises sélectionnées. Créée en 1974, la société fabrique une large gamme de produits d’hygiène pour les professionnels, y compris sous leur marque. Élément primordial, le cédant, Jacques Longères a immédiatement été favorable à la candidature d’Éric Goudou, permettant à la reprise de se faire. Ils travaillent actuellement ensemble à des projets de développement, tels que la création d’un centre R&D à Lyon avec l’aide de BpiFrance.

De l’industrie à l’immobilier : un nouveau défi

Patrick Mamichel n’a que 42 ans lorsqu’il se met en recherche d’un nouveau poste dans l’industrie. Il n’a pas conscience qu’il est déjà quasiment un senior dans le monde professionnel. Il a pourtant déjà passé presque vingt ans dans ce secteur, dont dix à la direction commerciale d’une PME à Lyon. L’entreprise est vendue, l’homme a un salaire trop confortable, il coûte cher au repreneur, il est donc temps pour lui de chercher ailleurs. Pourquoi pas après tout ? Patrick Mamichel est au milieu de sa vie professionnelle et se dit que tout cela ne s’est pas fait par hasard, qu’il est sans doute temps de chercher un autre poste, sauf que cela ne se fait pas.

Pour de nombreux candidats, devenir chef d’entreprise n’est en effet pas toujours un choix, mais une porte de sortie face à une situation complexe. L’ex-cadre se mue donc en entrepreneur et choisit le secteur de l’immobilier et de la franchise pour se lancer en bénéficiant d’un soutien pour cette première expérience et surtout d’une véritable formation. Il lance son agence du côté de Chambéry, à Pontcharra, une nouvelle vie en montagne, un nouveau cadre de vie qu’il apprécie. Aujourd’hui il l’avoue, il regrette même de ne pas s’être lancé plus rapidement dans cette aventure indépendante.

A.L.

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