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Ces expatriés qui portent les couleurs de la France à l’étranger

L’expatriation n’a pas toujours fait flores en France, les candidats étant parfois difficiles à convaincre de quitter la mère patrie. Cela change et certains s’épanouissent au-delà de nos frontières, mettant en valeur le savoir-faire et les valeurs de leur pays d’origine.

Ces dernières années, les cadres sont de plus en plus prêts à partir pour l’étranger, en particulier les plus jeunes, et pas seulement parce que leur situation familiale semble a priori plus simple à gérer. Ils ont fréquemment effectué des séjours à l’étranger, via les programmes d’échanges entre écoles et universités, comme Erasmus, ou un VIE en entreprise, ce qui leur a donné le goût d’ailleurs.

Chiffres officiels

Le nombre d’inscrits au registre consulaire était de 1,82 million en 2017, en progression de 2,2% par rapport à l’année précédente. 61% de ces résidents vivent à l’étranger depuis plus de cinq ans, avec une égalité femmes/hommes.

Une tendance qui se confirme

Un autre élément joue un rôle important dans cette tendance : les grands groupes français internationaux, tels LVMH, Total et bien d’autres. Ils ouvrent des fenêtres d’opportunité à leurs salariés dans le cadre de la gestion de leur carrière en leur permettant d’aller à l’international pour y effectuer des missions souvent passionnantes permettant d’assouvir leur curiosité. L’expatriation est donc de plus en plus un choix, et non pas un simple facteur d’accélération professionnelle. L’enrichissement personnel, l’intérêt de se frotter à d’autres cultures sont clairement des motivations essentielles pour les nouvelles générations de cadres et les millenials.


TÉMOIGNAGE D’UN EXPATRIÉ À MIAMI

Une love story agroalimentaire avec les USA

Difficile pour certains cadres de témoigner à visage découvert. C’est le cas d’Emmanuel, un cadre supérieur français du secteur agroalimentaire parti aux Etats-Unis avec son épouse, avec l’idée d’y rester 2 ou 3 ans. Dix années plus tard, le voici toujours sur place, mais passé de salarié à entrepreneur.

Quel fut le déclic de votre départ ?

E. : Au départ, c’est une personne du groupe Cemoi pour lequel je travaillais, qui part travailler pour un autre groupe de chocolat, et me contacte. Cette société ne fait pratiquement pas d’export, il y a tout à bâtir ! Je dis banco, uniquement à condition de travailler aux Etats Unis. Nous tombons d’accord.  Au-delà du travail, cette envie de partir en 2002, c’était aussi la curiosité de vivre autre chose au niveau du mode de vie, appréhender une nouvelle culture, et aussi redonner du tonus à ma vie personnelle et professionnelle.

Pourquoi les Etats-Unis ?

E. : Parce qu’au niveau professionnel justement, et dans l’agroalimentaire en particulier, c’est un des plus gros débouchés au monde. Près de 400 millions d’habitants, une pénurie (ou presque) au niveau du vivier alimentaire et du goût, et une curiosité sans cesse renouvelée des Américains pour  tester des nouveautés. Et pour le rêve américain, celui d’entreprendre, de façonner son emploi du temps et ses horaires de manière libre et non dirigée !

L’adaptation fut-elle facile ? 

E. : Oui, grâce aussi au choix de Miami, ville cosmopolite, agréable au niveau familial et au niveau climatique, avec une communauté française très forte de plus de 30 000 personnes !

Quelle fut la suite ?

E. : 8 ans de travail pour cette société avec beaucoup d’indépendance (loin du siège social, pas de réunions, horaires décalés de 6 heures, etc..). Rien de tel pour provoquer des envies de créer sa propre structure et sortir du cadre «chocolat» pour proposer autre chose à mes clients ! Le déclic ? En 2008, la rencontre avec Alex, un Français venu à Miami pour faire de l’immobilier (en pleine crise des subprimes…) et avec qui je discute de produits innovants français. On parle de la compote en gourde, qui cartonne depuis 2000 en France et n’existe pas encore aux USA ! Nous achetons quelques échantillons en France, proposons le concept a une grande enseigne nationale, Trader Joes, qui adore et le lance à sa marque… Un fabricant français, Charles Faraud, nous confirme son accord, et les premiers containers partent quelques mois plus tard, ce qui me permet de me mettre à mon compte en m’associant avec Alex.

Vous vous êtes bien développé depuis ?

E. : Oui, en effet. Avec ces volumes très importants, notre fabricant de compote « Charles et Alice » ouvre sa filiale en Pennsylvanie en 2015 pour fabriquer directement sur le territoire US. En plus de cela, nous reprenons une carte française de chocolats, Marquise de Sevigné, qui vient de racheter la marque Yves Thuriez. S’en suivent de très belles années de commercialisation, avec en particulier les « Macarons chocolat » et les « Carrés gourmands ». Nous lançons également une marque de gâteaux prêts à cuire, Go Cake, et travaillons sur des actions spécifiques avec la chocolaterie alsacienne Abtey, spécialisée dans les chocolats alcools et le fameux Calendrier de l’Avent.  Bref, de belles cartes solides depuis 2008, et des opportunités au gré des rencontres et des produits. 

Quelle projection à 3 ans ?

E. : Certainement un retour en France, pour revivre une aventure nouvelle, celle de la ré-expatriation vers mon pays d’origine ! Un business bien implanté avec des réseaux de clients solides, la mobilité géographique facilitée par les transports, internet et téléphone à distance, c’est sans doute le moment après presque 20 ans, de revenir a mes racines !

Les Français sont 300 000 au Royaume-Uni…

Dans ce pays dont le soft ou hard Brexit fait palpiter la vie des médias économiques  depuis plusieurs mois, la plupart des résidents français sont installés à Londres et Edimbourg. On le sait, les chiffres consulaires sont sous-évalués par rapport à la réalité, les expatriés ne s’inscrivant pas tous sur les registres officiels. On estime donc que loin des 140 000 personnes enregistrées, ce sont plutôt 300 000 qui vivent dans ce pays sur une durée moyenne de presque 6 ans. Cette population comprend plus de femmes que d’hommes et 17,6% de binationaux. Environ 100 000 appartiennent à la tranche des 25-40 ans, car il est depuis longtemps facile d’y trouver un job, avec des secteurs particulièrement en demande, comme l’hôtellerie-restauration (cuisiniers), l’enseignement (professeurs de français), la pétrochimie, l’informatique et les finances, sans oublier le commerce qui fonctionne dans tous les territoires.

Vous avez dit « expatrié » ?

 Le terme d’expatrié ne désigne pas uniquement un statut. Au contraire, la dernière étude Cadremploi met en avant que les cadres qui ont choisi l’étranger pour leur vie professionnelle ne bénéficient pas de ce cadre social pour la majorité d’entre eux. Certains sont envoyés par leur entreprise, et choisissent ensuite de rester dans le pays où ils sont, y compris lorsque leur contrat se termine, d’autres font un VIE et optent pour la vie dans le pays qu’ils ont appris à connaître. Le cadre français à l’étranger type a moins de 40 ans, est diplômé et exerce une fonction commerciale.

Quid du Brexit ?

La vie d’expatrié n’est pas un long fleuve tranquille, y compris sur le territoire européen que l’on pensait préservé. Depuis le dernier référendum, les Français de Londres attendent de savoir à quelle sauce ils seront mangés lors de la sortie du pays de l’Union Européenne. Aujourd’hui, les résidents bénéficient d’un « settled status » d’une durée illimitée s’ils vivent au Royaume-Uni depuis plus de cinq ans, les autres sont en « pre-settled status », statut provisoire à condition de pouvoir justifier que l’on habite de façon continue dans le pays depuis six mois avant la demande de régularisation. Il semble pourtant que cette population n’ait pas trop de soucis à se faire, les dernières dispositions semblent confirmer un statut migratoire spécifique pour ceux qui sont déjà dans le pays, qu’il s’agisse de hard ou de soft Brexit. Une façon de régler également par réciprocité le statut des Britanniques résidant en France. Cependant, rien n’est encore prévu pour le régime des futurs candidats. D’autant que le système de sécurité sociale du pays, le fameux NHS, connaît une crise financière depuis plusieurs années, ce qui devrait avoir un impact sur l’ouverture migratoire du Royaume-Uni.

France-Québec, une histoire d’amour numérique

Le Canada a pratiqué une politique d’accueil très ouverte aux immigrés car le plein emploi était et est toujours une réalité. Si les portes se sont un peu refermées récemment, ce n’est pas le cas au Québec où les Français continuent de tenter leur chance.  Selon une étude Cadremploi/BCG, le Canada est le 3ème choix des candidats à l’expatriation dans le secteur du numérique, après la Suisse et les Etats-Unis. La qualité de vie n’est pas un vain mot, l’ambiance est plus « cool » qu’en France, et l’on y parle français ce qui facilite la vie de certains. Si l’on ajoute à cela qu’il existe un accord bilatéral de reconnaissance des diplômes depuis 2008, le portrait est brossé. On le sait peu, mais Montréal est la cinquième ville pour la production de jeux vidéo, Ubisoft est installé sur place et 20% de ses employés sont français. Les profils recherchés sont ceux avec expérience et, cerise sur le gâteau, les rémunérations sont plus élevées qu’en France.

Pour aller plus loin

En dehors de l’entreprise, de nombreuses informations sont fournies par des organismes tels que l’APEC, l’Union des Français à l’Etranger, Business France, CCI France International, les Conseillers du Commerce Extérieur de la France, les ambassades et consulats, ou EURES (portail européen sur la mobilité de l’emploi). A consulter également : les réseaux sociaux dédiés aux « expats » qui donnent de nombreux conseils pratiques et permettent d’avoir une meilleure idée de la vie sur place.

A.F.

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