Le 10 juin dernier, les projecteurs ont été braqués sur Believe, puisque l’entreprise française faisait son entrée en bourse à Paris, sur Euronext. Des débuts un peu chahutés qui n’entament en rien les objectifs de la licorne, à présent valorisée à près de deux milliards d’euros. Son dirigeant, Denis Ladegaillerie, est un homme à part. Fondateur de Believe en 2005, il est allé jusqu‘au bout de son rêve et il a bien fait.

Une levée de 300 millions

Les 300 millions levés lors de cette opération sont d’ores et déjà alloués. Le dirigeant prévoit de mener plusieurs plans d’action, à la fois des investissements en matière d’amélioration des compétences technologiques, un besoin vital dans un monde digital qui ne cesse de progresser, et des opérations de croissance externe. Cette levée va donc permettre l’autofinancement de ses opérations pour les deux années à venir. Le but ultime étant de faire de Believe la plateforme de référence en matière d’accompagnement des artistes et ce, au niveau mondial. Rien de moins.

Un modèle digital unique

Denis Ladegaillerie est un passionné de son entreprise, il a mis au point avec Believe un « modèle unique pour apporter les solutions digitales les plus adaptées aux besoins de chaque artiste et label indépendant ». L’homme prévoit que d’ici six ans, 80% des contenus musicaux mondiaux seront distribués sur des médias digitaux. Certains perdent de vue la révolution qui a eu lieu ces dernières années dans le monde de la musique, qui est passé en l’espace d’un clic de la vente de CD au téléchargement illégal jusqu’au streaming pour tous. Un chamboulement total de ce marché qui a vu des descentes aux enfers et des (re)naissances. Si la réussite de Believe en a surpris et bousculé quelques-uns dans le monde musical, c’est qu’ils n’ont pas procédé à l’analyse du marché comme l’a fait Denis Ladegaillerie. Car la passion n’exclut pas la réflexion chez cet homme, bien au contraire, il est un analyste de haute volée.

Une vision bâtie pas à pas

Le dirigeant de Believe est devenu un homme écouté, et ce n’est pas par hasard. Détenteur de diplômes reconnus tels Sciences-Po Paris, l’ESCP et la Duke University, en master de droit, il passe plusieurs années au Canada où il fait son service militaire, puis travaille en tant qu’avocat au barreau de New-York. C’est à ce moment que le déclic se fait. Il partageait à l’époque un appartement avec quatre jeunes américains, qui avait tous de superjobs, pourtant tous ont démissionné pour tenter leur chance dans des startups, c’était en 1999. Denis Ladegaillerie réfléchit et agit : « Je me suis demandé ce qu’ils faisaient, ce qui m’a amené à réfléchir et à entrer chez Vivendi en mars 2000 en plein éclatement de la bulle internet ».

C’est l’époque Jean-Marie Messier pour ceux qui s’en souviennent, une époque charnière et passionnante où Denis Ladegaillerie dit avoir rencontré des gens extraordinaires. Il est business analyst dans la société au départ et intègre peu à peu tout ce qui fera ensuite le succès de Believe. En se remémorant cette époque, il pense que « J2M » était en avance sur son époque, le concept était novateur, mais la France par exemple n’était équipée, en bas débit, que chez 15% des foyers. Le monde d’avant. Ce passage a été « fondateur pour ma réflexion » confirme le dirigeant, qui a exercé les fonctions de directeur stratégique et financier des activités numériques de Vivendi Universal par la suite.

Un entrepreneur qui y croit

Il faut être sûr de soi et de ses capacités pour s’attaquer à un marché détenu depuis des années par des « Majors » incontournables tels qu’Universal Music, Warner ou Sony Music.
Denis Ladegaillerie l’est. Pas seulement par flair, même si tous les entrepreneurs en sont pourvus. Son instinct est toujours suivi d’une réflexion approfondie, un mode de fonctionnement qui fait partie de sa personnalité et l’a mené à créer un outil adapté au monde de demain. Aux oubliettes le temps où l’on vendait des millions d’albums en maisons de disque et en grande distribution. D’ores et déjà, les ventes digitales prennent le pas sur les ventes physiques. Le nouveau monde en matière musicale est en marche et Believe en est l’un des grands acteurs.

Il faut être sûr de soi et de ses capacités pour s’attaquer à un marché détenu depuis des années par des « Majors » incontournables tels qu’Universal Music, Warner ou Sony Music.
Denis Ladegaillerie l’est. Pas seulement par flair, même si tous les entrepreneurs en sont pourvus. Son instinct est toujours suivi d’une réflexion approfondie, un mode de fonctionnement qui fait partie de sa personnalité et l’a mené à créer un outil adapté au monde de demain. Aux oubliettes le temps où l’on vendait des millions d’albums en maisons de disque et en grande distribution. D’ores et déjà, les ventes digitales prennent le pas sur les ventes physiques. Le nouveau monde en matière musicale est en marche et Believe en est l’un des grands acteurs.

Un trio de cofondateurs

Denis Ladegaillerie a fondé Believe en 2005 avec Arnaud Chiaramonti et Nicolas Laclias. L’idée de départ est claire s’appuyer sur deux transitions, celle de l’usage qui se tourne vers le digital, et celle des artistes qui se sont orientés vers l’autoproduction et la distribution numérique. Nous ne sommes alors qu’en 2005 et en pleine anticipation d’une révolution digitale dans le monde de la musique. Les six premiers mois, tout ce beau monde travaille dans la salle à manger de Denis Ladegaillerie, rue Lafayette, avant que de premiers bureaux ne soient loués pour poursuivre la mise au point du concept de Believe. Il faut avoir foi en son idée pour se lancer dans un marché digital quasi inexistant qui représentait seulement 400 000 euros en 200 !

Un peu de patience avant le succès

Pour bien comprendre la profonde conviction de l’entrepreneur, et toute sa passion à faire croître l’entreprise, il faut intégrer le fait qu’il a investi à cette époque l’argent qu’il avait eu l’opportunité d’épargner jusqu’alors et ne s’est pas versé de salaires les trois premières années. Il avait les moyens de le faire, mais tout un chacun ne prendrait pas une voie qui, objectivement, pouvait apparaître aussi risquée. Pour Denis Ladegaillerie, ce risque était maîtrisé, il voulait un modèle de croissance profitable, pour « être libre et avoir le pouvoir ».

Il a fallu travailler intensément et il se souvient encore des gains consécutifs à la première opération menée au mois de juin 2005 avec des artistes en développement pour la fête de la musique. Un gain de 30 euros sur Virgin Mega ! Le démarrage est lent, mais le dirigeant est patient et surtout, il sait où il va. La première phase, jusqu’en 2010 est consacrée à la rédaction du modèle, à l’analyse de la chaîne de valeurs, à la création des contrats et au démarrage du recrutement.

A la pointe de l’innovation

Le point crucial du concept selon Denis Ladegaillerie, c’est que les relations de dépendance sur lesquels fonctionnent les Majors avec leurs artistes sont terminées. Pour Believe, tout doit se faire dans l’accompagnement et la transparence. L’entrepreneur a vu juste. La société devient profitable dès 2009 et s’autofinance jusqu’à la première levée de fonds en 2014 ayant pour but la croissance externe. C’est le moment pour Believe d’une très forte accélération à l’international. A cette époque, Apple fait un audit pour se développer dans une cinquantaine de pays, et Believe fait partie des 3 sociétés sélectionnées, entraînant de nombreux et rapides recrutements.

De 2015 à 2020, Believe est dans un monde qui bascule du téléchargement vers le streaming. Pour ceux qui veulent entrer dans le marché, la barrière technologique s’est renforcée, car la donnée a explosé. Depuis, le défi des équipes est de rester à la pointe de l’innovation dans un marché en pleine accélération.

La technologie au service de l’humain

Il ne faudrait pas déduire de ce qui précède que le dirigeant de Believe est un geek pour qui la technologie est reine. « Je ne suis pas un croyant de la technologie pure, l’équilibre entre technologie et humain joue un rôle fondamental ». Si cet aspect humain est essentiel dans les relations avec les artistes, il l’est aussi en interne où la culture de l’entreprise, l’engagement de respect et d’équité sont des enjeux essentiels. Pour Denis Ladegaillerie, « la partie la plus difficile à gérer est la partie humaine. Chez Believe, le succès n’est que collectif ». Encore un qui connaît la musique.

A.F.

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