Barbecue ou plancha ?

Depuis cinq ans, la plancha grignote des parts de marché sur le barbecue. Un marché qui fait le bonheur de quelques entreprises françaises.

La mauvaise réputation du charbon de bois et des allume-feux a fait le lit de la plancha, mais n’a pas encore enterré le barbecue. Le marché des ventes de barbecues, classiques, à gaz ou électriques, continue en effet à croître et la tendance est bonne. Un phénomène encore plus marqué pour les planchas dont le succès ne se dément pas depuis une petite dizaine d’années. Et ce ne sont pas les pays du sud qui sont les plus « accros » contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’Allemagne est le premier pays en termes de foyers équipés, suivie de la France.

Un chiffre multiplié par 4

Depuis 2004, les études mettent en avant un quadruplement du chiffre d’affaires de la plancha, qui s’explique non seulement par les quantités vendues, mais aussi par l’apparition d’un nouveau segment premium. A ceci s’ajoute la vente des matériels professionnels. Les accessoires sont aussi un segment en plein essor ; les clients ayant de plus en plus recours à ce mode de cuisson pour varier les recettes, avec couvercles, rôtissoire, etc. La consommation décroissante de viande aurait pu menacer le marché, mais la cuisson de légumes et poissons à la plancha est à présent entrée dans les mœurs. En 2020, le marché a finalement enregistré une hausse de quasiment 10% des ventes.

Des fabricants sur la piste écologique

Les fabricants travaillent de plus en plus sur le côté écologique de leurs appareils, avec des consommations réduites, notamment au niveau du gaz ou des allume-feux. Weber, le grand manitou du marché, travaille aussi beaucoup sur l’innovation, et a su saisir tout l’intérêt des planchas, des équipements faciles d’utilisation et d’entretien qui conviennent à la perfection à des consommateurs qui veulent cuisiner plus sainement. Les leaders sont Weber et Camping Gaz, sans oublier tous les fabricants chinois sur les bas de gamme.

Le marquier retrouve la croissance

La PME de Saint Martin de Seignanx s’est vue pousser des ailes en pleine crise sanitaire avec un chiffre d’affaires en croissance de 20% pendant cette période. L’entreprise n’est pas une nouvelle venue. Cinquantenaire, elle réalise aujourd’hui un chiffre de 10,6 millions d’euros dont 70% consacré aux barbecues et planchas, elle prévoit 15 millions cette année. De quoi réjouir son président, Régis Flusin. Cet ancien de Weber a repris la maison Marquier, créée en 1971, en 2017. L’entreprise fabriquait des planchas et accessoires de cheminée, mais connaissait des problèmes.

Deux associés aux commandes

Régis Flusin a fait ce que bien d’autres souhaitent faire : passer du salariat à la reprise d’entreprise. Pas si facile lorsque l’on est celui qui a monté et présidé les filiales pour la France et l’Europe de l’Ouest d’une marque comme Weber, que l’on quitte pour racheter une entreprise en difficulté. Il a suivi son instinct et son envie de mettre en avant un engagement qui lui tenait à cœur : produire en France. Être en faveur du renouveau industriel de la France est assez facile. Passer à l’action l’est beaucoup moins. Le nouvel entrepreneur se lance avec toutes les qualités requises : un secteur dont il est un ultra pro et un associé qu’il connaît bien. Bruno Mabille, ex secrétaire général de Gallimard, au profil financier, va en effet l’épauler pour relancer l’activité. A eux deux, ils démarrent la transformation de l’entreprise, ce qui commence à porter ses fruits. Cependant la trésorerie se fait rare.

La carte du Made in France

En 2018, les moyens manquent obligeant les associés à mettre en place une procédure de sauvegarde : il faut trouver un nouvel investisseur. Chose faite en 2018 avec l’intervention de la holding Aryes. Ce spécialiste du redressement a permis à Le Marquier de présenter un plan de sauvegarde basé sur un apport en fonds propres et un crédit de campagne afin de financer la saison 2019. Depuis, l’action de Régis Flusin a été très rapide, toute la gamme a été revue et les résultats sont au rendez-vous. Il a aussi contacté l’un de ses amis, propriétaire de la marque Traeger, un acteur important aux Etats-Unis dont le produit phare est le barbecue à pellets (un mode de cuisson lente et écologique) avec qui il a signé il y a trois ans un contrat de distribution exclusive. La maison basque joue à fond la carte du Made in France avec le label Origine France Garantie, la garantie à vie sur la fonte et les brûleurs, le design avec des modèles allant environ de 350 à 1 500 euros, sans oublier un tout nouveau service de réparation. Un vrai challenge lorsque l’on connaît les caractéristiques de la production chinoise.

ENO, la centenaire

Antoine Thomas est le codirigeant des planchas ENO, une marque plus que centenaire, entreprise du patrimoine vivant, qui parie également sur la fabrication française avec le label Origine France Garantie. Fondée en 1909 par la famille Haineaux (ENO en phonétique) dans les Ardennes, l’entreprise a été transférée à Niort pendant la première guerre mondiale. Cinq générations plus tard, une revente intervient en faveur d’un groupe suédois, un épisode d’une dizaine d’années qui se solde par un dépôt de bilan dans les années 90. L’entreprise repart ensuite, sur des bases plus modestes, grâce aux deux dirigeants actionnaires. Antoine Thomas et Laurent Colas ont investi 1,9 million d’euros pour racheter l’entreprise. Ils se connaissent depuis des années, Laurent aux manettes finances et industrie, Antoine, ex de Coca-Cola et Casino, est au commercial et au développement produit.

Une vraie stratégie de conquête

Si les deux hommes ont su trouver la voie du succès, c’est aussi sans doute car ils avaient goûté une première fois à l’entrepreneuriat et en avaient tiré les leçons. Ils sont repartis de plus belle dans l’aventure ENO, il y a dix-huit ans. Au départ, les dirigeants se sont positionnés sur le cœur de métier, la cuisson, mais pour les bateaux ! Un segment très particulier qui leur a porté bonheur, car depuis une dizaine d’années, ils sont le leader reconnu au niveau mondial sur ce créneau. Cela est passé par le rachat d’une entreprise au Canada, et une commercialisation dans plus de 40 pays. Cette activité représente quasiment la moitié du chiffre de l’entreprise. L’autre face de la production est constituée par les planchas grâce au savoir-faire maison de l’émaillage de la fonte.

La gamme est sans cesse renouvelée et le travail continue avec un succès qui se confirme. Ces deux anciens chasseurs alpins avaient pris leur temps pour choisir ENO, deux ans de recherches avant de concrétiser le rachat d’une entreprise de 7 millions d’euros qui en a réalisé 12 l’an dernier, et vise les 16 millions d’euros cette année. Avec 80 salariés et plus d’un million d’euros investis pour moderniser la chaîne de production, les efforts devraient continuer à alimenter la croissance.

V.D.

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