Début septembre, Jack Ma, fondateur du géant chinois du commerce en ligne, a cédé sa place à Daniel Zhang, son ancien directeur général. Quels sont les enjeux de cette succession hors norme ? Quelles peuvent être les conséquences pour Alibaba ? Nous avons posé ces questions à Frédéric Marquette, directeur associé au sein du cabinet EIM.

Que peut-on dire de l’arrivée de Daniel Zhang au sein d’Alibaba à ce stade ?

Sa communication à venir est cruciale : les premiers pas et les premières paroles d’un nouveau dirigeant sont scrutés tant en interne qu’à l’extérieur du groupe. Daniel Zhang ne doit surtout pas jouer l’homme providentiel d’une part, et ne doit pas heurter d’autre part la fierté de l’entreprise en reniant son passé et ce qui a fait son succès. La communication doit être permanente mais doit aussi demeurer simple, concrète et proche du terrain. Les actions et l’exemple donné auront plus de poids que les paroles.

Quels sont les premiers chantiers à mener pour Daniel Zhang ? En quoi ses 100 premiers jours seront-ils cruciaux ?

Le remplacement de Jack Ma, charismatique patron fondateur d’Alibaba, par Daniel Zhang pose une question à laquelle les managers de transition sont régulièrement confrontés dans leurs missions : comment assurer la succession d’un patron historique et comment gérer ses 100 premiers jours ? Il existe quatre chantiers prioritaires à mener pour Daniel Zhang : une communication efficace, une focalisation sur les priorités immédiates, la formation de son équipe et l’application de son propre leadership sur l’entreprise.

A quels enjeux doit-il faire face ?

L’équipe en place étant la mémoire de l’entreprise, Daniel Zhang ne doit pas « décapiter » celle-ci. Il ne doit cependant pas hésiter à se séparer rapidement de personnes qui, trop liées à l’ancien dirigeant ou autres concurrents en lice pour reprendre ce poste, apparaitraient comme des opposants irréductibles. En revanche, promouvoir quelques jeunes talents afin de préparer la relève et recruter en externe quelques compétences pointues qui manqueraient constituent des solutions envisageables.

Quelles sont ses forces pour reprendre cette place ?

De façon très concrète, Daniel Zhang peut s’assurer du contrôle des décisions clés et des zones de risques. Il est en mesure d’organiser les instances dirigeantes et de fixer les rituels, sans oublier de définir et de faire respecter strictement les valeurs adaptées à son propre style et visant à l’efficacité de l’entreprise. Certaines entreprises en restructuration se posent d’ailleurs fréquemment cette question : est-il possible de trouver un nouveau dirigeant pour succéder au patron historique d’un grand groupe, reconnu dans sa profession ? L’historique des missions de transition montre que personne n’est irremplaçable, à condition d’être évidemment compétent et de ne pas se tromper d’agenda et de communication.

Quels sont les atouts d’un plan de succession anticipé et maitrisé ?

Un nouveau dirigeant ne doit pas annoncer de grands objectifs qui tarderont à se concrétiser. Définir plutôt un plan d’action concret et jalonné permet ensuite de démontrer l’avancement pour construire la confiance, tant de l’interne que de l’extérieur (partenaires, analystes, médias, etc.). La résolution rapide de quelques dysfonctionnements patents peut s’avérer décisive pour un nouveau dirigeant. Ce dernier doit en résumé faire preuve de pragmatisme et rester focalisé sur les priorités immédiates.

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