Invyo est une jeune pousse française spécialiste du traitement et de l’analyse de la data. Son fondateur et CEO, Alexandre Velut, analyse pour Entreprendre les enjeux du métavers, nouvel univers virtuel, sorte de doublure numérique du monde physique, accessible via Interne.

Entreprendre : Quels sont les enjeux du métavers pour les entreprises ? 

Alexandre Velut : Plus qu’une révolution industrielle qui engage les entreprises existantes, le métavers donne la possibilité de créer un nouveau monde avec des nouvelles entreprises régies par des nouvelles règles et une nouvelle économie. Les entreprises vont subir une transformation profonde de leur environnement interne et externe. Elles devront inévitablement s’adapter aux nouveaux usages et modes de consommation qui vont émerger pour rester compétitives. Sur le plan de la cyber sécurité par exemple, les entreprises devront non seulement protéger leurs salariés, leurs infrastructures, ou encore leurs clients « réels » mais aussi leurs équivalents « virtuels ». Cela implique de repenser en profondeur les stratégies cyber de ces entreprises. Sujet d’autant plus complexe quand on connaît les difficultés qu’ont les entreprises de mener une politique cyber efficace dans le monde actuel. Certes le chemin est encore long avant d’entrer dans le métavers mais les enjeux de transformation sont quasiment infinis. 

Pouvez-vous nous expliquer l’évolution des datas dans ce « nouvel internet » ? 

Là où nous avons encore aujourd’hui une séparation, bien que de plus en plus faible, entre monde réel et monde virtuel, tout sera virtuel dans le métavers. En d’autres termes, absolument toutes mes informations et mes données seront d’une manière ou d’une autre exploitables par un tiers. La donnée sera la matière première qui permettra au système de fonctionner. Sans données, pas de métavers. Pour générer et exploiter toute cette donnée, il faudra nécessairement des capacités de calcul gigantesques. D’où les annonces récentes par les géants de la tech d’investir des milliards de dollars dans les technologies d’intelligence artificielle ou d’informatique quantique qui seront indispensables pour espérer ouvrir un jour les portes du métavers.

Quels seront les nouveaux modèles d’interaction ? Et notamment dans le travail ? 

Sur le plan des interactions au travail, on peut aisément concevoir que le sujet du télétravail deviendra obsolète. Plus besoin de se réunir sur Zoom puisque mon double virtuel pourra se connecter en présentiel et en un instant avec ses collaborateurs, où qu’ils soient dans le monde. A l’image d’un jeu vidéo de type Fortnite ou Roblox mais en situation de vie réelle. Pour les plus optimistes, le métavers pourrait d’une certaine manière permettre de rompre l’isolation sociale causée par les machines puisque nous pourrions vivre une vie sociale dans la machine et non plus à travers celle-ci. Pour les plus pessimistes, ce sera tout l’inverse.

Les entreprises qui vendent des produits / services pourront-elles les commercialiser via cette nouvelle interface ? Quels seront les nouveaux modèles de consommation ? 

Cette promesse de nouvel internet représente d’une part un eldorado business pour les entreprises qui peuvent espérer y trouver des nouveaux leviers de croissance.  Un produit ou service réel pourra ainsi se vendre dans sa version numérique pour s’adapter aux nouveaux modes de consommation. Elle donnera d’autre part naissance à des nouveaux produits et services, à l’image des NFTs qui révolutionnent le domaine de l’art et du divertissement.

Une nouvelle économie verra-t-elle le jour ? 

Là où le métavers est encore au stade de concept, la nouvelle économie est déjà une réalité. Les monnaies virtuelles (crypto) ou encore la finance décentralisée (aussi appelée DeFi) qui commencent à se répandre dans notre économie réelle seront probablement des standards dans le métavers. Suite aux annonces récentes, nous devrions voir émerger de nouveaux modèles économiques et financiers dans les prochaines années.

Au sujet de la réglementation, sera-t-il possible d’avoir un cadre légal pour légiférer l’utilisation de ces données, de nos données personnelles notamment ? Qu’en pensez-vous en tant qu’expert de la data ? 

Tout est possible, encore faut-il comprendre les intérêts de chaque entreprise de se positionner dans le métavers. Je crois surtout que l’Europe a une carte à jouer dans la cause réglementaire du métavers puisqu’elle fait office de pionnière en matière de protection de données personnelles. Sans cadre légal clair, le métavers n’aura aucune chance de trouver ses adhérents à grande échelle. Les entreprises comme Facebook l’ont bien compris, en témoigne leur annonce récente de recruter plus de 10 000 personnes en Europe pour travailler sur son métavers.

Quel contrôle apporté dans l’analyse de ces données jamais produites auparavant ?

Tout l’enjeu du métavers sera donc de redonner le contrôle de la donnée aux consommateurs, au risque de ne pas trouver l’adhésion d’une grande partie de la population de plus en plus soucieuse de suivre l’utilisation de leurs données personnelles. Savoir qui aura le contrôle sur ma donnée et quel en sera l’usage sera incontournable dans un monde qui, contrairement au nôtre, se construira dès le premier jour sur un seul socle : celui de la donnée. 

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