Avec ses porte-clés connectés « made in France », la jeune pousse parisienne fondée par les frères Lussato domine le marché de la perte d’objets. Le succès rencontré chez les particuliers permet à l’entreprise parisienne de lancer son offre de services et d’accélérer sur le BtoB. Son président, Bruno Lussato, veut maintenant bâtir un empire.

Qui n’a pas égaré ses clefs, perdu son smartphone ou laissé égarer son chien ? C’est sur ce créneau basique que s’est engouffré Wistiki. Un superbe concept initié en 2014 par trois frères : Hugo, Centrale Lyon de 25 ans, Théo, Edhec de 27 ans, et Bruno, ex-consultant de 28 ans.

L’entreprise tente de répondre à l’étourderie avec ses traqueurs connectés qui permettent de retrouver toutes sortes d’objets personnels – clés, portefeuille, smartphone… –, voire son animal de compagnie, en les faisant sonner. « Le marché de l’étourderie est gigantesque, il représente plusieurs milliards d’euros », souligne Bruno Lussato, désormais seul aux commandes.

Après 4 ans d’existence, Wistiki aurait déjà vendu près de 600 000 de ses unités designées par Philippe Starck, un chiffre qui ne serait qu’un début « au regard du potentiel du produit ». Lorsqu’on lui demande s’il a fixé un objectif pour 2019, le patron de Wistiki préfère évoquer un horizon à trois ans : 10 millions de ventes d’ici 2021.

Et des « centaines de millions » à plus long terme. Le principal concurrent de Wistiki, l’americain Tile, revendique 15 millions d’unités vendues depuis son lancement en 2012 – parmi les autres acteurs, on peut également citer Adero (ex- Trackr), qui a réalisé une levée de fonds de 50 M€ à laquelle a participé Amazon, Chipolo, Musegear

Disponible chez Fnac, Auchan et Carrefour, l’entreprise californienne propose des prix similaires à ceux de son homologue française. Mais dans l’Hexagone, Wistiki domine encore les débats sur le marché des trackers connectés, aucun autre acteur français ou européen n’ayant vraiment émergé.

Une nouvelle levée de fonds à venir

La France est le premier marché de Wistiki, talonné par le Japon. « Les Japonais raffolent du made in France », glisse l’entrepreneur, dont la start-up est également présente au Bénélux, à Taïwan, mais aussi aux Etats-Unis, notamment dans les boutiques du Museum of Modern Art (MoMA) à New York.

Si Bruno Lussato envisage de s’implanter progressivement sur le marché américain, dont le « potentiel est énorme », le coût élevé de pénétration nécessitera des apports financiers supplémentaires. « On n’aura pas une stratégie de déploiement massif avant d’ avoir fait une grosse levée de fonds. » Une levée de fonds qui pourrait avoir lieu dans les six prochains mois.

Outre le financement du développement outre-Atlantique, ce tour de table contribuera également à accélérer sur le BtoB. « On travaille avec des entreprises qui intègrent la technologie Wistiki dans leurs produits, notamment dans la maroquinerie. Ils peuvent ainsi vendre des produits imperdables. »

Car si l’entreprise parisienne s’est faite connaître pour ses porte-clés connectés, elle propose désormais des services. « On ne veut plus se contenter du produit, du hard-ware, précise Bruno Lussato. Les étourdis peuvent également avoir besoin de services. »

C’est tout le sens du lancement fin 2018 de Wistikeys, un système de gardiennage de clés permettant de se faire livrer son double de clés à toute heure du jour et de la nuit et ainsi ne plus subir la mésaventure d’être enfermé dehors.

« Made in France »

Contrairement à d’autres start-up françaises qui ont fait le choix de produire à bas coût en Asie ou ailleurs, Wistiki conçoit et fabrique ses produits exclusivement en France. « Parmi les start-up de la French Tech qui font de l’électronique, on est quasiment les seuls à fabriquer en France. »

Pourquoi produire en France plutôt qu’en Chine ? Bruno Lussato, qui reconnaît avoir été sollicité pour délocaliser sa production, cite trois raisons.

« La première est très pragmatique. Quand on conçoit des centaines de milliers de produits comme Wistiki, il est important d’être à moins d’une heure de la ligne de production. En cas de pépin, on peut le régler facilement. Je pense à mes amis qui produisent en Chine et doivent faire 14 heures d’avion pour aller à Shenzhen (4ème ville chinoise, NDLR)… »

Autre raison invoquée par l’entrepreneur parisien : le gage de qualité que représente le « made in France ». « Nos études ont démontré que les produits de qualité étaient tous fabriqués par des industriels français. C’ était crucial car si nos produits sont abordables, ils n’en restent pas moins premium. »

Enfin, le troisième facteur ayant poussé Wistiki à produire dans l’Hexagone tiendrait à « la vision et aux convictions » : « On participe à notre manière et à notre niveau à la réindustrialisation de la France. On a un devoir vis-à-vis de l’industrie française. »

Pour fabriquer ses portes-clés, la start-up parisienne fait notamment appel à deux industriels de l’électronique : l’usine Bosch de Mondeville, en Normandie, et BMS Circuits à Bayonne.

Selon Bruno Lussato, Wistiki, via ses sous-traitants, ferait indirectement travailler une centaine de personnes réparties dans une quinzaine d’entreprises. « Si toutes les start-up et PME qui conçoivent des objets électroniques faisaient le choix de produire en France, cela aurait un énorme impact économique. »

« L’acteur de référence de l’étourderie »

En février 2018, dans un entretien accordé au Parisien, Bruno Lussato affirmait que son but était de « bâtir un empire Wistiki ». Lorsqu’on lui demande quelle forme prendra cet « empire », il précise :

« On a de grandes ambitions, mais on ne veut pas devenir un géant de l’IoT (Internet des Objets, en français, NDLR) : on n’a pas vocation à rester cantonné à ce secteur, même si c’est notre expertise technique. Wistiki doit devenir l’acteur de référence de l’étourderie. Il y a une vraie place à prendre, personne ne s’est positionné sur ce créneau. »

Pour conquérir ce marché en construction, Wistiki bénéficie de la confiance de ses actionnaires. La pépite française de l’IoT peut notamment compter sur la présence à son capital des principaux patrons des opérateurs télécoms français – Xavier Niel (Free), Stéphane Richard (Orange), Martin Bouygues (Bouygues), tous présente à titre personnel –, mais aussi sur l’ancien président d’ Airbus Fabrice Brégier.

« Ils ont à chaque fois réinvesti lors des levées de fonds successives », précise Bruno Lussato. Mais le soutien de ces dirigeants renommés ne s’arrête pas à un apport en capital. Dans le cas de Stéphane Richard, par exemple, la relation va plus loin. « On le rencontre régulièrement, il nous donne des conseils », précise Bruno Lussato.

Des deux côtés, ces contacts entre le premier opérateur français et une start-up en devenir ne sont dénués de visées stratégiques. « Tout opérateur peut être un partenaire industriel à l’ avenir », conclut Bruno Lussato. Certains ont déjà pris position. Le succès appelle le succès.

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