Prix Etienne Marcel : « Le temps des entreprises n’est pas le temps institutionnel »

Le prix Etienne Marcel récompense chaque année les PME et PMI pour leurs performances économiques, leur engagement responsable et surtout leurs implications dans la vie des territoires. Les lauréats sont des entreprises et personnalités menant des actions innovantes pour l’emploi, la formation professionnelle, l’égalité des chances et le développement durable. Fondateur du prix Etienne Marcel et président de la CPME Paris Île-de-France (confédération des petites et moyennes entreprises), Bernard Cohen-Hadad nous parle de ce prix pas comme les autres.

Le think tank Etienne Marcel, qu’est-ce que c’est ?

C’est un lieu de réunion des personnalités du monde de l’entreprise, des institutionnels, des médias, mais aussi du monde économique, voire culturel. On y parle sans langue de bois sur les grands sujets de notre temps, dans une optique d’engagement républicain et de vision progressiste de la société.

Dans une interview, vous avez déclaré : « On ne peut pas penser l’entreprise sans penser l’entreprise dans la cité ». Qu’entendez-vous par là ?

Je pense que ce qui m’a fait entrer dans l’entreprise, c’est de penser qu’elle était d’abord sur un territoire. Ce n’était pas pour gagner de l’argent, sinon je ne serai pas où je suis. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas besoin d’argent pour vivre. Je vois dans mon cabinet (il est assureur de métier, ndlr), des gens qui le 15 du mois n’ont plus d’argent, des gens à qui le boulanger fait crédit… Je ne suis pas sûr que tout le monde soit au courant de cela.

Une entreprise a donc un rôle dans la société, c’est ce que l’on appelle les entreprises citoyennes ou responsables. Elle est engagée et crée du lien social sur le territoire, comme le faisaient nos ancêtres boutiquiers. D’où la référence à Etienne Marcel, le prévôt des marchands de Paris, dont l’actuelle maire est l’héritière.

De quelles manières sélectionnez-vous les entreprises françaises éligibles au prix Etienne Marcel et comment les départagez-vous ?

On retient des entreprises qui font de la responsabilité sociétale, de l’engagement responsable dans leurs territoires, de la promotion d’un savoir faire, mais aussi des parcours d’entrepreneurs. Nous nous adressons uniquement à des entreprises de plus de 3 ans avec un EBE positif (excédent brut d’exploitation) et des entrepreneurs femmes et hommes souvent patrimoniaux.

Un mot sur les vainqueurs du prix cette année, Crézé et Metafer ?

Ce sont deux entreprises dirigées par des hommes qui ont repris l’entreprise. On parle de transmission par des membres ne faisant pas partie de la famille. Ils ont promu l’apprentissage et la création en créant de l’emploi et des produits nouveaux. Ils ont eu la bonne idée de se regrouper pour créer ensemble un centre d’apprentissage en Bretagne. Au-delà de ce qui pouvait les séparer, comme la concurrence économique et professionnelle, ils se sont réunis pour être plus fort et agir main dans la main. Cette année, j’ai souhaité un focus sur l’artisanat, car cette année plus que les autres les artisans sont moins récompensés.

Mis à part le prix et les retombés éventuelles, proposez-vous un accompagnement aux entreprises lauréates ?

Nous avons un petit prix. C’est un prix du cœur, un prix de reconnaissance d’entrepreneurs pour d’autres entrepreneurs. Il ne permet pas de donner une dimension internationale aux lauréats. Par contre, nous les valorisons durant l’année de leur nomination auprès de tous les réseaux que nous connaissons. Dans le monde l’entreprise, surtout de la petite entreprise, la meilleure publicité est le bouche-à-oreille.

L’Etat et les régions aident-ils suffisamment les petites entreprises qui agissent à échelle locale ? Comment peuvent-ils les aider davantage ?

La loi Pacte est élément déclencheur d’une prise de conscience. Les PME sont dans une dynamique de développement économique pour l’emploi, il est important de limiter les contraintes. On le voit bien avec les ordonnances de Macron sur le social, comme le droit à l’erreur, on va dans le bon sens. Ma seule préoccupation, c’est de penser que le temps des entreprises n’est pas le temps institutionnel. Les entreprises ont besoin qu’on aille vite. L’effet des mesures prises met souvent du temps à se produire. Depuis quelques mois, les réformes sont faites de manière positive pour les entreprises, leur permettant un développement et un meilleur partage de la valeur travail.

Le prix Etienne Marcel existe depuis 2011. Quel est le projet entrepreneurial qui vous a le plus fasciné ?

C’est difficile, mais j’ai une affection particulière avec le premier prix Etienne Marcel. L’entreprise s’appelle All Content, c’est une agence de communication présidée par Olivier Breton, un entrepreneur exceptionnel. Elle est passé de 12 à plus de 50 salariés. Bien sûr, quand on crée quelque chose, la première édition est celle qui marque le plus, bien qu’il y ait toujours eu de belles découvertes depuis l’existence du prix.


Le 27 juin dernier a eu lieu, au Sénat, l’édition 2019, où furent décernés les prix suivants :

  • Le “Prix Etienne Marcel d’Honneur” à Stéphane Layani, Président de Rungis Marché International.
    Le “Prix Etienne Marcel 2019” ex-aequo à CFER Metafer, entreprise plaintelaise spécialisée dans la métallerie d’art et la ferronnerie du patrimoine, et Crézé SAS, entreprise jacquolandine spécialisée dans la serrurerie, la métallerie d’art et la ferronnerie.
  • Le “Prix Spécial du Jury 2019” à Pains d’épices Mulot et Petitjean, entreprise dijonnaise spécialisée dans la fabrication et la vente de pains d’épices et de spécialités à base de pain d’épices (nonnettes, glacés minces, etc.).
  • Le “Coup de Cœur” à Maison Fey, entreprise parisienne spécialisée dans la gainerie sur cuir.

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