Pas d’athlètes russes aux JO de Paris 2O24 ? Et pourquoi ne pas interdire aussi Dostoiewski et Gogol, tant qu’on y est ?

Tribune. Quand on a le goût délétère de détruire, on ne s’arrête pas en chemin. Après Paris, réduit à l’état de champ de ruines, qui veut marquer son temps par un comportement empreint de rage et de bêtise, tissu probablement de la frustration et de l’envie sociale, s’attaque maintenant aux institutions internationales comme le CIO, merveilleux instrument de rapprochement des peuples par le sport.

Demain ce sera la musique et la proscription des musiciens russes. Et pourquoi pas interdire Dostoiewski et Gogol tant qu’on y est !L’Himalaya de la sottise culmine à des sommets, jadis effleurés par l’ineffable Sapeur Camembert cité lors de l’une de ses conférences de presse par l’estimé Président Georges Pompidou. Le baron Pierre de Coubertin avait très justement réinstauré les jeux olympiques dans le souci de dépasser le nanisme des politiciens opposant les peuples entre eux par intérêt aveugle. Ce sont rarement les peuples qui courent à la guerre, mais les faux prophètes, faux sages et derviches en tous genres qui les dirigent.

Admettons-le une fois pour toutes, les russes ne sont pas le décalque de leur gouvernement. Il en est de même de la musique.Va-t-on expulser les chinois et les russes, les iraniens, les syriens et leurs alliés de la fréquentation des festivals ? Ah ! mon Dieu, qu’on est bête quand on est vraiment bête ! Avec ou sans vélo !

La bonne conscience du politiquement correct, on en a maintenant la confirmation la plus implacable, n’est pas  autre chose que le masque  de l’hypocrisie.

Mais pour lire Tartuffe demain, sans glossaire, il faudra que les insensés qui s’acharnent à détruire la langue française, dans le souci de de bâtir une société plus égale dans laquelle l’ignorance et la vulgarité ne seraient plus inférieures à la sagesse et la beauté, disparaissent. Le singe enfin hissé à la hauteur de l’homme ? Quel exploit ! En parlant de singe, enfin nous y sommes. Il prenait le Pirée pour un homme dit La Fontainedans la fable Le singe et le dauphin. Hélas ils continuent de le faire.

Pour résumer, interdire aux athlètes russes de concourir aux jeux olympiques, c’est le contraire des valeurs qui ont présidé à leur recréation par le baron de Coubertin, qui voulait qu’ils fussent un trait d’union entre les peuples. Il faut arrêter de suivre les illuminés qui veulent embraser la planète. La lâcheté et le suivisme aveugle guidant les pas de ceux qui nous dirigent, tout est à craindre. Je me revois lisant Giraudoux vers mes dix-huit ans, La guerre de Troie n’aura pas lieu, et je suis mortifié par la répétition de la tragédie.

Jupiter rend fou ceux qu’il veut perdre.

Jupiter dementat quos vult perdere, pour parler notre langue originelle, la notre, pas celle de la brousse !

Non il ne les rend pas que fous, il les rend c…

Et nous ?

C’est toute la question. Abasourdi d’inanités sonores, comme le dit le poète,  répandues à flots continus par les chaines de télévision, sauf deux, C News et C8, ainsi que par une bonne partie des la presse écrite, le verbiage et le galimatias s’emparent des esprits. D’où le saccage de la langue, pour aider à la circulation des âneries que la culture classique ne peut plus filtrer. C’est la lecture des classiques le remède à l’imbécillité, rien d’autre ! Dans le remarquable Tribulat Bonhomet, livre du Marquis Villiers de l’Isle-Adam, le personnage poursuit de son axiomatique bornée le lecteur, putatif interlocuteur, jusqu’à déclencher de sa part un fou rire inextinguible, fruit de la panique qu’entraîne l’obtusité d’une logique fondée sur le seul non-sens matérialiste. C’est bien ce qui arrive aujourd’hui quand la lecture du seul règlement de la SNCF est évidemment impuissante à stopper une locomotive emballée qui fonce vers la gare. Tribulat veut écouter le chant du cygne dont on lui a révélé qu’il était le plus beau autant qu’il était le dernier. Il va donc étrangler des cygnes la nuit au bois de Boulogne. C’est la logique de Tribulat, que poursuivent nos maîtres. Attendons de voir.

Il y a une fin hélas à tout. Qui nous conduit se perd et nous perd. Du saccage de Paris à celui tenté des organismes internationaux comme le CIO, c’est la civilisation et la raison qui sont niées. Celui qui laisse faire en est donc le complice, qui de la ville comme du pays tout entier. Il n’y aura pas à faire le tri.

NB. Lisez Le coup d’état de Cheri Bibi de Gaston Leroux et La Négresse blonde de Georges Fourest et vous vous sentirez mieux.

Jean-François Marchi

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