Tribune. Le bruit commence à circuler que les jeux n’auront pas lieu et que le gouvernement sera obligé de suspendre leur programmation devant les répercutions des événements malheureux du stade de France. Si la police ne peut empêcher une telle dégradation de la sécurité publique quand il s’agit de quelques milliers d’individus, qu’en sera-t-il quand le monde déferlera sur la ville ? La question est brûlante. Aux quasi- émeutes quotidiennes qui surviennent dans certains quartiers suburbains, il faut ajouter l’insécurité nocturne qui gagne des arrondissements de la capitale. N’a-t-on pas vu récemment un promeneur se faire assassiner, au sortir de son domicile dans le XIII ème arrondissement ? A ces troubles graves de l’ordre public s’ajoute le chahut qu’organisent rituellement à l’Assemblée nationale les élus new-look propulsés  par des citoyens d’un nouveau style.

Le pouvoir s’inquiète fort légitimement, car bien qu’ayant fait de Paris un champ de ruines propice à l’éclosion de la délinquance, il semble acquis que la responsabilité d’un drame survenant pendant le déroulé des jeux, ne sera pas imputé à la municipalité, mais au Président de la République. D’où l’inquiétude qui sourd et l’idée qui chemine de suspendre les jeux. Parallèlement à cela, la très haute fonction publique se prend à regretter la fin de la tutélisation de la capitale par un préfet issu de ses rangs. Peut-être y reviendrons-nous? De tout malheur pouvant résulter un grand bonheur, ce serait l’occasion de reconstituer à l’identique la ville lumière comme au temps de sa splendeur.

Il n’est pas dit qu’avoir troqué La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau contre les pires scènes de violences urbaines sorties des films américains se passant dans le quartier du Bronx, soit du goût de tous les parisiens. En tout cas pas ceux de l’ancienne manière.

Le style c’est l’homme, dit le philosophe, alors posons la question du style.

La féminité voulant par ailleurs s’exprimer, non plus seulement au travers de la représentation qui en était faite par les tableaux de Kees Van Dongen  ou de Jean-Gabriel Domergue, mais également par le spectacle de colosses mafflues se filant des peignées sur un ring, sur un terrain de football ou de rugby, force est de remarquer sans jugement aucun que c’est bien la question du style qui se pose.

En bref, est-ce bien la France que nous avons connue et aimée ?

Je lisais sur internet le commentaire d’un spectateur fortuit de la pièce de Paul Valery, Mon Faust , interprétée avec le brio et la distinction qui le caractérisait par le grand Pierre Fresnay. Ses seuls mots résumant ce chef d’oeuvre étaient les suivants: « sans intérêt ».

Au delà de la question qu’on peut se poser soi-même, qui est de savoir si le scripteur de cette insanité est lui-même digne d’un quelconque intérêt, cette agression contre l’intelligence et le bon goût démontre à quel point il est vain, inutile et dangereux  de vouloir recueillir toutes les opinions qui circulent pour en faire un florilège d’inepties, et à quoi servent réellement ces réseaux sociaux qui sont davantage des égouts que  des canaux, mais surtout le problème est posé de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là.

Qu’est-ce qui motive l’effondrement d’une culture qui fut l’un des phares de l’Occident, depuis le mobilier du siècle classique, la peinture, la sculpture et la musique sans oublier la poésie ?  Il faut vivre avec son temps , nous disent les fatalistes. Et pourquoi ne pas vouloir changer son temps ? En réaction contre le laisser aller romantique il y eu bien le Parnasse, et les stoïciens ont su montrer aux romains ce que savait être un style justement.

Pour revenir aux jeux olympiques, la réflexion s’impose, et pour une fois la réunion d’une commission ad hoc ne serait pas inutile.

Ce qui est vrai pour les jeux l’est aussi pour la guerre.

Est-ce bien à la hauteur de l’exemple qui nous fut donné à l’origine de la V ème république par le général De Gaulle,  de gesticuler vainement en moulinant les bras dans la mêlée des états européens alors que nous sommes les seuls à disposer d’une armée réelle puisque les britanniques ont quitté l’Europe. Le style toujours !

Jean-François Marchi

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