L’Union Européenne, première victime de la guerre en Ukraine

Tribune. Je ne crois pas que Vladimir Poutine soit fou, ni que la politique russe a radicalement changé depuis le dix-neuvième siècle, à l’époque de Nicolas 1er par exemple au moment du sac de Varsovie (1831).

C’est l’étonnante naïveté, pour ne pas dire l’ignorance crasse de l’histoire, des dirigeants occidentaux qui nous questionne.

A moins qu’il ne s’agisse, en la matière, d’un époustouflant cynisme de qui nous gouverne, peu enclin à tirer les leçons d’une histoire bien connue mais qui gêne.

Passer outre les  conséquences  prévisibles d’une politique entreprise peut se comprendre, en termes de calcul effectué sur la seule base de la balance coût/avantage, c’est la loi de l’aventure. Quand on est un autocrate, c’est plus facile à assumer. Il ne faut pas oublier pour autant que les démocraties sont logées à la même enseigne, et que la politique internationale, la géopolitique, se pratique à plusieurs, et que les conséquences de la position occidentale étaient elles-mêmes prévisibles, dont l’effondrement de l’économie européenne et le risque d’embrasement généralisé. Cela les dirigeants  occidentaux n’en ont pas informé clairement leurs mandants, les électeurs ! De là vient cet entêtant pathos logorrhéique déversé à pleines bouches télévisées pour justifier l’impardonnable légèreté d’une décision qui ne vise qu’à restaurer la guerre froide et son inévitable rideau de fer ! Ah, la vision du monde de la finance et des banquiers ! On lui doit déjà la guerre de  1914 et son  corollaire, celle  de 1939. C’est d’ailleurs une erreur de lunettes de penser qu’il y eu au XX ème siècle deux guerres mondiales quand il n’y en a eu qu’une seule, débutée en 1914 et qui n’a eu son épilogue final qu’après la guerre de Corée, en1953.

Guerres de financiers plus  que de nationalistes, les uns utilisant la profonde naïveté des autres, pour ne pas dire leur bêtise. La laideur intrinsèque du chiffre, c’est qu’il ne vibre pas. En amour, celui qui aime le plus part désavantagé dit la rengaine, et c’est Carmen qui trompe et ridiculise Don José. Mais voilà, Don José finit par tuer Carmen , comme Othello, Desdemone.

C’est le risque que ne voient  jamais totalement les protagonistes d’un conflit armé, qu’aveuglent les calculs et la passion.

Il serait temps de bien y réfléchir. Le nationalisme est une passion amoureuse, l’appât du gain en est une autre n’en déplaise aux nigauderies atlantiques de messieurs  Schumann et Monet.

Tout ceci est bien entendu habillé de part et d’autres de nobles sentiments, il ne faut pas en être dupe. Parfois le drame oscille. C’est le moment d’en arrêter la chute.

Seule l’opinion publique, si elle se réveille de l’état de narcose dans lequel les augures trompeurs l’ont plongée, peut éclairer la scène et empêcher le dénouement tragique de  s’accomplir. Comme le roi Lear portant le cadavre de sa fille Cordelia tant aimée, l’Europe est un rêve animé chargé du fardeau de l’illusion d’avoir été. Hurlez, Hurlez, Hurlez, ô vous êtes des hommes de pierre, je voudrais avoir vos voix pour faire trembler les cieux.

Bonne année 2023 !

Jean-François Marchi

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

3 × quatre =