Tribune. Le vendredi 6 mars Facebook a annoncé avoir fermé ses bureaux à Londres et une partie de ses locaux à Singapour « , après qu’un employé du réseau social dans l’archipel d’Asie du Sud-Est ait été testé positif au nouveau coronavirus. « Nous avons immédiatement fermé les zones affectées pour un nettoyage en profondeur et conseillé à nos employés basés dans les zones affectées de travailler depuis chez eux jusqu’au 13 mars », a indiqué le groupe américain dans un communiqué.

Cette situation est difficile à imaginer en France. La question suivante se pose : aujourd’hui, une entreprise française est-elle capable de fermer totalement ses bureaux et de lancer une procédure d’urgence de télétravail ?

L’épidémie du coronavirus bouscule notre quotidien et plus particulièrement notre organisation au travail. Le gouvernement repositionne ses pions sur les sujets de la sécurité sociale, des assurances chômages, des fermetures d’école, des assurances privées…. Les réunions de crise au sein des directions organisationnelles se multiplient, les interrogations des salariés français sur leur organisation au travail grandissent de jour en jour.

Cette partie d’échecs montre que les entreprises françaises ne sont pas préparées à ce genre de situation. La digitalisation des entreprises est au cœur de l’actualité et pourrait être une première réponse d’anticipation.

Dans ce contexte difficile, le mot qui ressort dans toutes les bouches des français aujourd’hui est : le télétravail. Les premiers signes du télétravail apparaissent en 1950 où Norbert Wiener, alors architecte, supervise depuis l’Europe la construction d’un bâtiment aux Etats-Unis. Mais le télétravail débute réellement lors de l’invention du fax et du téléphone en 1970 porté par le terme “Téléwork”, apparu pour la première fois dans un article du Washington Post. Le développement des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) dans les années 1990, intègre de façon définitive le télétravail comme nouvelle méthode de travail.

Force est de constater qu’en France cette notion n’est toujours encore démocratisée, 50 ans après l’apparition de cette pratique. Ainsi, selon le cabinet de recrutement Robert Half :

  • seul un collaborateur sur trois aurait eu recours au télétravail en 2018 ;
  • seuls 3 % des salariés le pratiqueraient une fois par semaine ;
  • toujours selon ce guide, 38 % des entreprises admettent avoir seulement mis en place le télétravail ces trois dernières années ;

Les outils digitaux tels que les CRM managériaux, les logiciels de mesure de la performance ou encore de visio-conférence ne sont pas encore totalement démocratisés en France. D’une part, une certaine disparité d’équipement existe au niveau territorial. D’autre part, la culture managériale française est basée sur le « présentiel », au détriment d’un management à la performance.

Dans cette crise du coronavirus, les TPE/PME sont les premières à souffrir de cette carence en digitalisation. Un rapport gouvernemental publié en juillet 2019 fait le constat que les citoyens et consommateurs sont globalement à l’aise avec l’outil numérique, mais où de nombreuses PME et TPE ont du mal à opérer leur propre révolution numérique. Manque de culture et de compétences numériques, insuffisance de l’accompagnement financier, fracture numérique territoriale, relations ambivalentes avec les plateformes en ligne : les dirigeants de PME et TPE sont confrontés à un ensemble d’obstacles. De quoi être alarmé, quand on sait qu’elles constituent 99% des entreprises françaises.

Ces obstacles sont aussi expliqués par leur perception des outils digitaux. Ils apparaissent comme des éléments complexes sur deux aspects : leur implémentation et leur gestion. Toutefois, elles comprennent leur intérêt et les valeurs ajoutées dans le gain en productivité.

Pour ce type d’acteurs trouver la solution idéale peut alors devenir un véritable parcours d combattant. Sans accompagnement dans leur transformation digitale, elles passent d’un outil mal implémenté à un autre outil à paramétrer entrainant frustration et hésitation qui s’avèrent un véritable frein dans leur transformation.

Ce contexte de crise sanitaire montre que les grandes et petites entreprises doivent mettre en place une certaine forme d’agilité. Le but étant d’inscrire dans le temps une véritable stratégie de digitalisation des outils, sans pour autant que cela soit un parcours du combattant. Il est nécessaire de créer une stratégie autour des outils digitaux de l’entreprise, de ce fait une anticipation est donc possible et cela permet d’éviter une refonte en profondeur de l’organisation actuelle. Le numérique apparait alors non plus comme un frein mais plutôt comme une étape dans un processus de transformation.

Ce retard dans ce processus de transformation digitale des entreprises a probablement un effet négatif dans cette crise du Coronavirus. A en croire les propos de Bruno Le Maire : « l’impact du coronavirus sera sévère sur la croissance française en 2020 (…) cet impact sera de l’ordre de plusieurs dixièmes de points de PIB ». Les conséquences économiques auraient été probablement plus faibles en anticipant davantage ce type de problématique.

Le coronavirus servira certainement de prise de conscience économique à moyen terme, les temps changent et l’environnement de travail est en constante évolution. Les entreprises françaises peuvent se faire accompagner dans leur transformation digitale et dans leur adaptation à leur environnement car leur pérennité et notre croissance économique en dépendent !

Sébastien Riquelme, Consultant Senior Square 

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