La chronique économique hebdomadaire de Bernard CHAUSSEGROS

Le secteur événementiel sort de deux années que l’on peut qualifier de cauchemardesques. Des milliers d’emplois supprimés, des dépôts de bilans par dizaines, des frustrations par milliers, et du dépit. Un dépit partagé par tous, des organisateurs au public en passant par les assurances et les collectivités.

Une descente aux enfers

La crise sanitaire a entrainé, dès le début de l’année 2020, un arrêt immédiat des manifestations, un arrêt brutal, sans que, depuis, de réelles perspectives de retour à la normale se profilent. Un véritable coup de massue pour le secteur de l’événementiel qui concerne 455.000 emplois directs et indirects en France, et qui regroupe les salons et les foires, les congrès et tous ces évènements suscités par les entreprises et les institutions.

La pandémie survient comme un coup dur de plus pour le secteur événementiel, déjà largement fragilisé au cours de ces dernières années, d’abord par les attentats, puis par les effets de la crise des gilets jaunes et enfin par des grèves à répétition. Cette fois, il lui sera plus difficile de se relever. L’arrêt de l’événementiel en 2020 aurait causé une perte de 3,4 milliards d’euros pour la seule région Francilienne.

Réduite à néant sur la période de fin d’année, qui représente plus de 45% des recettes du secteur, l’activité est tombée à genoux. De nombreux évènements ont été annulés et les entreprises ont donc dû se « réinventer ».

Une lumière dans ce tunnel obscur : le digital

2020 : Compte tenu de la propagation du coronavirus et des mesures de confinement mises en place par les autorités, la quasi-totalité des événements culturels et sportifs sont progressivement annulés ou reportés. L’année devient alors l’année du tout numérique avec des spectacles « on line » et un public « derrière l’écran ».

Après le succès des outils de visioconférence, comme Zoom ou Teams, on assiste à un engouement profitable au secteur. Les visios deviennent la norme dans la communication de l’entreprise comme des particuliers, mais se développent également les webinars, les visites virtuelles et de nombreuses « cyber-activités ». On assiste alors à la démultiplication des événements sur la toile. De nombreuses entreprises ont ainsi pu développer leur chiffre d’affaires ou booster leur notoriété.

C’est le cas de la société britannique Hopin. Cette startup, avec un portefeuille de 80 000 clients à travers le monde, qui comptait moins de 10 employés l’année dernière, en emploie désormais 400 ! Elle vient de réaliser une nouvelle levée de fond de 400 millions de dollars, portant sa valorisation à 5,65 milliards de dollars.

De telles plateformes permettent de transformer tout type d’événements en « 100% numérique », tels que des rencontres professionnelles, des forums, des colloques ou des séminaires d’entreprise, voire des salons. Elles proposent tout ce qui est nécessaire pour diffuser des conférences en vidéo (en direct et en rediffusion), de l’interactivité avec des espaces de discussion, une gestion automatique des inscriptions, sans oublier des agendas pour les participants et des statistiques pour les organisateurs. Ces solutions existaient déjà avant la pandémie, mais les entreprises du secteur qui ont pris le virage espèrent bien que l’engouement continuera après.

Le « phygital », période hybride ou avenir du secteur ?

Par peur de la contamination ou parce qu’ils craignaient d’enfreindre, même involontairement, les règles sanitaires strictes imposées par le gouvernement, certains organisateurs n’ont pas voulu engager leur responsabilité et d’autres n’ont pas voulu se lancer dans l’organisation d’un événement qui ne répondrait pas à toutes ces contraintes. Le coronavirus aura même eu raison du Salon de l’agriculture (prévu du 27 février au 7 mars 2021) et décalé en 2022. C’est dire l’ampleur des conséquences sur des manifestations aussi importantes et attendues, autant publiquement que politiquement.

Mais certains organisateurs ont su tenir bon et s’adapter aux nouvelles conditions et réglementation. Une lueur d’espoir apparaît ainsi après un premier semestre 2021 bien terne, grâce à quelques rassemblements comme Vivatech, qui a pu se tenir du 16 au 19 juin 2021, porte de Versailles, et qui a pu se dérouler avec une jauge maximum de 5 000 visiteurs. Ce « show », organisé par Les Échos Publicis Groupe, a été mis en place sous une forme totalement « hybride » : deux jours à distance et deux jours en physique afin respecter les distanciations sociales ainsi que les gestes barrière.

L’année 2021 est-elle l’année du « phygital » ? Et doit-on imaginer voir se pérenniser pour l’avenir des matchs dans des stades sans public « physique », des concerts sans spectateurs ?

D’un point de vue strictement technique, il faut remarquer que certaines plateformes d’événementiel en ligne vont très loin dans les novations, y compris en créant des environnements virtuels en 3D, comme dans les jeux vidéo. Les techniques progressent de façon vertigineuse, même s’il reste bien des choses à inventer, par exemple en matière d’hologrammes. C’est forcément oublier le contexte humain des événements et cette déshumanisation est inquiétante dans ce qu’elle détruit ces liens si forts qui unissent le public de ces manifestations.

Réjouissons-nous, entre autres, de la reprise du festival d’Avignon, cette belle manifestation de l’art théâtral sous toutes ses formes qui malgré un protocole sanitaire de près de 200 pages se tient et regrettons l’annulation de la braderie de Lille du mois de septembre prochain. Faut -il se demander si les responsables ne condamnent pas trop vite les évènements XXL sur l’autel du manque d’imagination et d’initiatives ?

Il faut toutefois se rendre à l’évidence ! Cette évolution technologique ne supprimera pas tous les événements en présentiel, mais on est en droit de reconnaitre qu’un tournant est pris dans ce secteur.

Le contenu et l’évènement au cœur des foyers

Entre l’obligation de présenter un test PCR ou antigénique, ou de prouver que l’on est vacciné, aller au spectacle ou au stade, risque de devenir « un chemin de croix » et les entreprises du secteur vont devoir repenser totalement leur modèle économique en se reportant sur des évènements « plus intimistes » basés sur l’interactivité et le 360 °.

Un groupe l’a notamment bien compris, VIVENDI sous la houlette deson duo de stratèges, Vincent et Yannick BOLLORE.

Le groupe dispose en effet d’un écosystème de création et de diffusion de contenus qui offre aux marques une activité 360°, en digital & en live, tout en respectant les enjeux du développement durable « RSE » et Diversité.

Sa stratégie de marketing est multiple. Elle va de l’édition du livre à la promotion de spectacles, dans des salles classiques ou dans des lieux virtuels, la création de jeux vidéo, le recours massif aux médias, le développement du tourisme, mais aussi le « brand content » cette stratégie de promotion des produits et des marques au moyen de messages médiatiques souvent ludiques.

Le groupe table sur une présence quasi totale et bien plus encore, il a un objectif : mettre Vivendi au cœur des foyers..Enfin un champion français qui rivalise avec les majors américaines.

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