Accueil Éco Les yachts : mastodontes des mers au cœur tous les scandales

Les yachts : mastodontes des mers au cœur tous les scandales

Ils sont les symboles de toutes les dérives des ultra-riches, perçus comme les lieux de tous les abus et de toutes les prédations. Aux scandales financiers s’y mêlent volontiers les affres sexuelles de quelques grandes fortunes. S’y ajoutent souvent les dérives de chefs d’État et de gouvernement, dont l’obtention d’un yacht apparaît comme la conséquence d’une prédation incontrôlée des richesses nationales. Les yachts fascinent, autant qu’ils scandalisent… Retour sur ce qui, aujourd’hui, apparaît comme l’extériorisation la plus manifeste de la réussite sociale et économique.

La flotte plaisancière française comporte 500 000 bateaux, qu’il est d’usage de classer parmi les yachts. Mais la plupart ne dépassent guère les 10 mètres de long. Ils sont d’ailleurs très répandus dans les classes moyennes des villes côtières. Loin de ces navires très modestes, ce sont les super-yachts, propriétés des ultra-riches aux dimensions faramineuses, qui génèrent le plus de passions. Ils ne sont que quelques milliers dans le monde et ont connu une croissance exponentielle dans les années 1980 et 1990. Ceux de plus de 100 mètres n’outrepassent pas les quelques dizaines d’unités. Véritables palaces flottants, ils cumulent salle de sport, spa, suites de luxe et, évidemment, un ou plusieurs héliports sur le toit.

Des mastodontes au coût et à l’entretien exorbitants

Leur coût à l’achat atteint des sommes stratosphériques. L’Azzam, propriété de Khalifa ben Zayed Al Nayhane, vaudrait dans les 400 millions de dollars. Le Dilbar, qui appartient à Alicher Ousmanov, est estimé à 600 millions. Un coût qui ne couvre qu’une partie des dépenses. Car on estime que le coût de l’entretien d’un yacht correspond, chaque année, à environ 10 % du prix d’achat. D’autant que les plus grands bénéficient d’un équipage très nombreux, regroupant non seulement le capitaine, ses adjoints et des matelots, mais encore les cuisiniers, personnels d’entretien ou encore des ingénieurs et mécaniciens, parés à affronter toutes les difficultés inhérentes à une sortie en mer. Un personnel nombreux, dont les conditions de travail sont parfois au centre des critiques.

Le Scheik Khalifa ben Zayed al Nayhane, propriétaire de l’Azzam

Comme avec l’IDOL, propriété de l’héritier de Décathlon, Thomas Leclercq. Les conditions de travail étaient jugées déplorables et fondées sur le recours massif à un personnel non déclaré, majoritairement philippin, sans couverture sociale et forcé à travailler entre 70 et 85 heures par semaine, sans compensation financière ou jour de repos. Une tendance prononcée au mépris du droit du travail qui a entraîné la saisine de son yacht en novembre 2019.

Au cœur des scandales financiers

Pour faire face à ces lourdes dépenses, la location ponctuelle est la stratégie privilégiée des propriétaires. L’Eclypse, par exemple, le superyacht de Roman Abramovitch, qui fut longtemps l’un des plus grands du monde, se loue à hauteur d’un million d’euros la semaine, hors frais d’équipage et taxes portuaires évidemment. L’homme d’affaires est un habitué des navires de luxe. Il a longtemps possédé le Luna et ses 115 mètres de long, cédé en 2010 à l’un de ses amis, l’oligarque Farkhad Akhmedov. Et, comme souvent avec les yachts, les affaires pointent à l’horizon. Farkhad Akhmedov est actuellement au cœur d’un scandale et, en plein divorce, accusé d’avoir volontairement dissimulé des avoirs matrimoniaux, comme des œuvres d’art, des actifs financiers et, évidemment, le Luna. Aujourd’hui immobilisé à Abu Dhabi, il attend de revenir entre les mains de son ex-femme Tatiana Akhmedova qui, selon la justice britannique, est sa propriétaire légitime. En avril 2019, Farkhad Akhmedov a même réclamé 115 millions de dollars en dommages et intérêts à la justice dubaïote pour l’immobilisation du Luna. Une demande rejetée en janvier 2020 par le Tribunal des délits de l’émirat. La décision est confirmée en mai 2020 par la Cour d’appel, qui ne donne pas suite à la demande de l’homme d’affaires. La Cour de Cassation a définitivement clos l’affaire la semaine du 7 octobre en rejetant définitivement les appels de Farkhad Akhmedov. Il tente maintenant de recourir aux tribunaux religieux émiratis, une juridiction parallèle appliquant la charia, en se présentant comme un sincère musulman, pour ne pas avoir à remettre des actifs à son ex-femme.

Farkhad Akhmedov (à gauche) dans une partie de casino à Las Vegas, en février 2017 (source : courthousenews)

Traditionnellement, les yachts font partie du circuit de blanchiment d’argent sale, aux côtés des voitures de luxe ou encore des biens immobiliers de standing, comme le souligne l’ONG Transparency. Et ils sont aussi au cœur des affaires de fraudes et d’évasion fiscale. Waldemar Kita, propriétaire du club de football du FC Nantes empêtré dans le scandale des Panama Papers, s’est ainsi fait saisir le K.Grace, son yacht personnel, dont le coût est estimé à 2,5 millions d’euros. La Malaisie a saisi et vendu aux enchères l’Equanimity pour 112 millions d’euros, un yacht monumental au cœur du scandale 1MBD, qui a mis brutalement fin à la destinée politique de l’ancien Premier ministre, Najib Razak.

Des lieux dédiés au vice ?

Dans l’esprit du grand public, le yacht est aussi un lieu de vices, propice à toutes les dérives. C’est ainsi qu’en octobre 2019, Zsolt Borkai, maire d’une ville acquise à la majorité présidentielle de droite du Président Hongrois Viktor Orban, s’est retrouvé empêtré dans un scandale dont il semblerait délicat de se délivrer. Quelques jours avant les municipales, une vidéo de lui sur un yacht, s’amusant dans une véritable orgie avec des prostituées, accompagnée des traditionnelles bouteilles d’alcool et lignes de cocaïnes, a été diffusée. Insupportable pour les électeurs de la très traditionaliste Hongrie.

Plus récemment, c’est Wanda Nara, la sulfureuse femme de l’attaquant parisien Mauro Icardi, qui fut prise dans un scandale. Accusée d’« utilisation illicite des mineurs » par une association italienne, elle a en effet été prise en photo sur un yacht, en petite tenue et dans des positions suggestives, par l’un de ses fils mineurs, qui apparaît parfois sur les clichés publiés sur son compte Instagram aux 7 millions de followers. Compliqué à digérer en Italie, où les valeurs conservatrices restent, malgré tout, bien présentes dans des franges entières de la population.

Clin d’œil funeste de l’histoire, c’est aussi au large de son yacht, dans la mer des Caraïbes, qu’a été retrouvé mort dans des circonstances mystérieuses Robert Maxwell, père de Ghislaine Maxwell, alors criblé de dettes et ciblé par une partie de l’opinion publique. Bien des années plus tard, sa fille se retrouvera au cœur de l’un des scandales pédocriminels les plus médiatisés de l’histoire, en tant que compagne attitrée et pourvoyeuse de jeunes filles mineures de Jeffrey Epstein.

Car ils symbolisent l’argent et le pouvoir, les yachts sont des lieux tant inaccessibles que mystérieux. Qui ne semblent pas avoir fini de faire parler d’eux…

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