Dans la Sarthe, à l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, « les hommes en noir », comme certains les appellent, sont une quarantaine à vivre selon la Règle de Saint Benoît. Le Père Abbé, Dom Philippe Dupont, fêtera en octobre ses 30 années de bons et loyaux services. Reportage derrière la clôture, dans les coulisses d’une vie bénédictine qui a démarré au 6è siècle !

Ah, la Sarthe et sa douceur de vivre. Ses petites collines, qui, parfois, culminent jusqu’à plus de 300 mètres. Ses terres agricoles où des vaches blanches et brunes broutent tranquillement l’herbe généreuse et grasse des près environnants. Ses vallons verdoyants, ses villages, typiquement gaulois, où ruissellent la rivière du même nom.

Sur cette terre verte, l’industrie a, également, droit de cité, avec, notamment, les Fromageries Bel. Lorsque vous arrivez du Mans, distant d’une cinquantaine de kilomètres, que vous passez par Sablé-sur-Sarthe et que vous plongez, plein sud, dans les premières ruelles de ce petit village de 1200 habitants, vous ne voyez qu’elle. Dans la brume matinale de ce début printanier, où les premiers rayons du soleil arasent, elle apparaît majestueuse, ou, plutôt, mystérieuse, drapée de son long manteau de granit. Ce n’est ni le prieuré reconstruit au 18è siècle, que vous apercevez en premier, ni l’église abbatiale, dont une partie date du 11è, non, ce sont, d’abord, les grands bâtiments monastiques édifiés à la fin du 19è et au milieu du 20è siècle. Pour la centaine de moines de l’époque, il fallait de la place. L’abbaye est bien au centre du village de Solesmes. Tel un joyau, vu du ciel, elle ressemble à une tiare, ou une couronne, posée le long de la Sarthe.

Dom Prosper Guéranger, le restaurateur

Mais qu’est-ce qui a bien pu le pousser à s’aventurer dans le projet de restaurer la vie monastique bénédictine à Solesmes ? Nous sommes dans les années 1830. La Révolution Française est passée par là, et, a voulu faire

table-rase de toute présence religieuse. Ou presque. Les fameuses « Lumières révolutionnaires » du prophète de malheur, Robespierre, ont apporté leurs lots de ténèbres et de persécutions religieuses dans tout le Royaume de France, dont la fin est scellée morbidement avec des têtes royales au bout d’une pique. Le clergé, la vie monastique et la vie religieuse ont été chassés, interdits de cité. Les ordres monastiques ont été dispersés, exit de France. Quelques années plus tard, le futur Dom Guéranger, un prêtre du Mans, décide de revenir aux sources du monachisme et du grégorien, en réintroduisant la vie bénédictine selon la Règle de Saint Benoît. Lui, qui était féru de liturgie et de littérature, comme d’autres sont épris de musique et de tradition, rachète en décembre 1832 – il y aura bientôt 190 ans, en décembre – le prieuré de Solesmes, qui fait toujours partie de l’actuelle abbaye. Avec une poignée de prêtres du Mans, la vie monastique est restaurée en 1833. Dom Prosper Guéranger en devient le 1er Père Abbé. 5 vont lui succéder jusqu’à Dom Philippe Dupont.

Dom Philippe Dupont, le développeur

Dans l’abbatiale, quelle que soit l’heure des offices, celle des vigiles, à 5h30 du matin, celle des laudes, à 7h30, ou celles des 5 autres offices, sans oublier la Messe conventuelle, le pas du Père Abbé Dom Philippe Dupont paraît, toujours, le même depuis 30 ans ! Dans sa grande coule noire, avec son scapulaire de même couleur et sa croix pectorale qui le distingue des autres moines, son allure ressemble à la souplesse du félin, la lenteur du chat, et, le rebond de l’écureuil. « Mon animal préféré ? C’est l’écureuil, car il engrange pour le court, le moyen et le long terme », répond-il malicieusement, le sourire aux lèvres. L’homme est vif et ses réponses sont précises, comme s’il avait été coaché pour cette conversation-interview d’une trentaine de minutes. « A mon époque, le coaching n’existait pas, explique-t-il. Le passage de relais entre l’ancien et le nouveau Père Abbé se faisait sur le terrain, sans trop de difficultés, car, la vie était plus simple et les moines étaient plus aguerris. Maintenant, oui, depuis quelques années, nous utilisons ces techniques modernes pour notre gouvernance. Le monde est devenu beaucoup plus compliqué. »

« Donner sa vie à Dieu et aux hommes »

De son côté, Dom Geoffroy Kemlin, le prieur (le numéro 2), a bénéficié de séances de coaching. Les équipes de Talenthéo sont intervenues pour l’aider à prendre ses fonctions et à devenir un bon manager !

« Chargé de la communication interne, je suis, en quelque sorte, l’interface entre le Père Abbé et les moines de l’abbaye. Je m’occupe, aussi, de la comptabilité. » A 43 ans, ce parisien d’origine, a, déjà, 23 ans de vie bénédictine derrière-lui. Aîné de 6 enfants, lorsqu’il a parlé à ses parents de son désir d’entrer à l’abbaye de Fontgombault (qui fait partie de la Congrégation de Solesmes), son père a fait barrage. « J’ai dû attendre un an, mais, finalement, je suis entré. Pour mes 3 sœurs, c’était un peu dur. » Aîné d’une fratrie de 6 enfants, le jeune Kemlin a embrassé une vie qui se situe entre Dieu et les hommes, entre le monde moderne marqué par les excès de l’hédonisme, du matérialisme, qu’il a rejeté, et, le monde ancien, celui du premier millénaire, qui a vu l’Europe entière se couvrir de monastères. Le Père Abbé en est persuadé : « Les moines ont participé à la construction de la civilisation européenne. Leur apport a été majeur. »

Tout comme lui, et, tout comme ces centaines de milliers de moines qui l’ont précédé (depuis les origines monastiques) Dom Geoffroy a fait le pari risqué de « donner sa vie à Dieu et aux hommes. Nous sommes des passeurs… », explique-t-il.

A l’école de Saint Benoît

Le prieur se transforme en guide. Nous passons la clôture, nous entrons dans les coulisses interdites aux hôtes de passage. Nous commençons par la visite, au pas de course, du scriptorium, une salle dédiée à l’origine à la copie de livres anciens, qui est, maintenant, la salle de lecture des moines. Puis, direction la salle du chapitre, qui est l’ancien réfectoire des moines, tout de bois vêtu. C’est dans cette salle que le Père Abbé réunit tous les moines et leur parle comme à un seul homme. C’est là, également, que toutes les grandes décisions sont prises. Nous empruntons un escalier, direction la bibliothèque et ses illustres 300 000 ouvrages. Un véritable trésor. Nous n’avons pas le temps de nous arrêter et de nous plonger dans quelques-uns livres très anciens, reliés de cuir. Les cloches viennent de retentir à la volée, c’est l’heure des Vêpres (17h), le 6è office de la journée, qui peut durer près d’une heure. La visite s’arrête-là. On visitera la salle de sport et la cave une prochaine fois. Le prieur s’éclipse et rejoint les moines qui se dirigent vers l’église abbatiale.

Le Père Abbé, un manager pas comme les autres

Après cet office, le Père Abbé reçoit dans son petit parloir privé, qui se situe dans une pièce toute simple, au rez-de-chaussée du prieuré. Il raconte, presque gêné ses 30 années de responsabilité « paternelle ». Il parle de « gouvernance, de Saint Benoît. De sa Règle qui est un véritable guide à la fois pour chaque moine, pour notre vie communautaire, mais, aussi, pour le monde. » Il parle de la vocation monastique. « Nous sommes d’abord des priants, avant d’être des éditeurs, des hôteliers, des gestionnaires. Nous avons quitté le monde pour chercher Dieu, pour le louer, ne rien préférer à l’amour du Christ, et, au prochain. Au fil des siècles, notre vie retirée du monde, notre règle (NDLR : celle de Saint Benoît) est devenue une référence même pour les cadres, les leaders, les managers. On enseigne de plus en plus l’éthique managériale dans les écoles de commerce. Et, ici, nous sommes une référence de sagesse. L’enseignement de Saint Benoît est universel. Il décrit les rôles de chacun. » Ici, derrière la clôture, qui délimite les lieux de vie privés des moines, la vie des hommes en noir est baignée par cette sagesse, ce nécessaire recul dont manquerait de plus en plus tout responsable de la société civile et de l’Etat (certains anciens Premiers ministres sont passés à l’abbaye). Le Père Abbé, comme son nom l’indique, est doublement père : il a en charge la vie des moines qui lui obéissent, comme des fils obéissent à leur père ; et, il est le gardien de la vie monastique. Il protège la Règle de Saint Benoît, comme d’autres protègent les lois de la République.

« 17 ans » !

« Je suis entré à Solesmes en 1964, j’avais 17 ans à l’époque. Mon prédécesseur, Dom Jean Prou, a remis sa démission en 1992. Et, je suis devenu Père Abbé à ce moment-là. Mais, auparavant, j’avais été son prieur pendant 7 ans, et, son secrétaire pendant 17 ans. J’avais, déjà, une petite expérience en matière de gouvernance. » Ce qu’il aime, particulièrement, dans la Règle de Saint-Benoît, c’est son prologue, qui commence par ces quelques mots : « Ecoute, ô mon fils, les préceptes du Maître, et, incline l’oreille de ton cœur. »

Depuis 30 ans, Dom Philippe Dupont a marqué la vie monastique locale, nationale et internationale, en développant les activités, en organisant des conférences, en essaimant et en ouvrant de nouveaux monastères en Lituanie, notamment. Pour s’amuser (il manie l’humour avec brio), il dit souvent : « Je suis le PDG d’une multinationale, qui regroupe 32 monastères. 31 cette année, puisque je vais fermer celui de Paris. Et, en tout, il y a près d’un millier de moines et de moniales. Mais, je ne suis pas là pour la performance, pour le rendement. Vous voyez, c’est une de nos différences avec l’esprit du monde : il est pour le court terme, et, nous sommes pour le long terme, pour l’éternité », dit-il en rigolant.

Des fondations et une économie… du salut     

Depuis qu’il est le Père Abbé de Solesmes, en tant que Président de la Congrégation de Solesmes, 4 fondations sont sorties de terre : 3 abbayes (dont une aux Etats-Unis) et 1 prieuré (en Lituanie). Il les visite tous au moins une fois tous les 4 ans. Humble, quand on lui pose la question de son bilan, il répond : « J’ai réussi peu de choses… J’ai l’impression de ne pas avoir réussi. » Puis, il se reprend : « Si, j’ai réussi la durée. Et, nous avons fait quelques fondations. Dès 1991, après la chute du Mur de Berlin, et, la dislocation de l’Ex-URSS, des Lituaniens sont venus se former chez nous. Puis, nous avons ouvert en 1998, là-bas. Cette fondation était merveilleuse. Ils sont, maintenant, une quinzaine. Elle ressemble aux premiers temps, à ceux de Saint Benoît. » C’est, certainement, le temps, qui explique la réussite de la vie monastique bénédictine, dans la durée. Dom Philippe Dupont, évoque « l’économie du salut », dont les ordres monastiques sont les porte-parole. « Notre société a de plus en plus besoin de s’arrêter, de prendre du recul, de souffler, de faire silence, de prendre le temps. Ici, vous ne verrez pas de gens dépressifs parmi les moines. Mais, nous accueillons, des personnes qui sont de plus en plus déboussolées par un monde qui va trop vite. » Retraite pour tous, serait sa proposition !

Vie de famille

Matériellement parlant, le Père Abbé s’occupe, aussi, du bien de chacun de ses enfants. Pour cela, il doit gérer le quotidien d’une quarantaine de moines. Son budget, dans cette grande maison qui fait plusieurs milliers de m2, et, plusieurs hectares de jardins, de terres agricoles et de bois, ressemble à celui d’une famille…très nombreuse. Le Père Abbé ne donnera aucun chiffre, mais son budget de fonctionnement se situerait aux alentours de 700€ par mois, et, par moine. Le Père Abbé, comme dans toute communauté humaine, doit, donc, trouver les ressources nécessaires pour faire vivre sa grande famille, et, investir dans les travaux nécessaires à l’entretien et au développement

de l’abbaye. Il intervient, également, pour subvenir aux besoins des communautés. Pour cela, il met en pratique la règle d’or des Bénédictins qui se résume en 3 mots : “ Ora et labora ” (en latin), “ Prie et travaille. ”

Les Editions de Solesmes, l’hôtellerie et la librairie

Premier travail, première entreprise, première économie monastique, les moines de Solesmes sont des éditeurs-entrepreneurs depuis au moins 1883. Les Editions de Solesmes, qui tournent avec peu de moyens, à la force des bras et de la plume bénédictine, ont publié, depuis le début, des best-sellers qui se sont vendus dans le monde entier à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. C’est le cas, bien entendu, de La Règle de Saint Benoît, des livres édités dans sa Collection Liturgie, et, notamment, de son Graduel. Les éditions publient, aussi, des biographies diffusées dans le monde entier, comme celle sur Dom Guéranger. Sur place, dans leur librairie de 300 m2, outre les livres, les BD de saints qui font fureur (auprès des jeunes surtout) depuis quelques années, les produits de l’artisanat monastique participent à la vie économique de l’abbaye. Elle produit son propre miel et son pain d’épice.

Grâce à son hôtellerie, dont s’occupent les pères Dom Michael Bozell et Dom Paul Debout, l’activité monastique tire son épingle du jeu. Restaurées il y a 8 ans (il y a, depuis, de l’eau chaude partout !), 35 chambres peuvent accueillir 300 jours par an (l’abbaye ferme quelques semaines ses portes lorsque tous les moines sont en retraite) une cinquantaine d’hôtes de passage (en moyenne par mois), qui viennent soit vivre une retraite, se reposer, ou préparer des examens (pour les étudiants). Après les mots clefs : écoute, humilité, prière, sagesse et travail, Dom Michael prononce celui de « l’accueil ». « Ici nous cultivons la paix, l’accueil et la prière. » Il a pris ses fonctions de Père-hôtelier il y a 10 ans. « Je suis entré, ici, à 25 ans. J’ai fait une retraite à 23 ans. Aujourd’hui, j’en ai 68. » C’est le numéro 3 d’une fratrie de 10 enfants.

A la question du bonheur, celui qui ressemble au roi David (il est roux), répond sans hésiter : « Oui, je suis un moine heureux. Comment ne pas être heureux ? Ici, nous accueillons le monde entier. Le plus jeune peut avoir 17 ans et le plus ancien peut dépasser les 94 ans ! Nous avons en ce moment des hôtes de Corée du Sud. » Le père est ravi de présenter son système de gestion informatique, qui a été développé par AppliDev’ et Ritrit. Il aime les start-ups, et, leur esprit ! Son logiciel sur-mesure a été financé par un bienfaiteur Suisse. Mais ce qu’il apprécie, particulièrement, ce sont ces écrivains et ces entrepreneurs célèbres (comme le Président des Entrepreneurs du Luxembourg), qui venaient « sans leur ordinateur, et, leur agenda, souffler une semaine ». La paix est inestimable ici. Et, semble de plus en plus être recherchée, surtout après la période de confinement.

Des hôtes du monde entier

Marc Hein est un hôte qui vient de loin, de très loin, de l’Ile Maurice. « C’est la première fois que je viens à Solesmes. Cette abbaye est un endroit magnifique chargé de mille ans d’histoire. Ce qui m’impressionne, surtout, c’est cette règle de Saint Benoît. » Avocat, ancien député de la République de Maurice, il se définit comme « un croyant qui cherche Dieu. Je m’intéresse à la spiritualité et à toutes les religions. » Il est admiratif de la vie monastique. Il est, également, attiré par le grégorien, ce chant liturgique de l’église catholique, multi-séculaire. Il est attiré, mais, il ne comprend pas le latin. Il se laisse, donc, bercer par la mélodie divine.

Parmi les hôtes, qui sont venus fêter Pâques, il y a, aussi, deux Coréens, deux Américains qui se préparent à la prêtrise pour la ville de San Diégo. Ils sont, actuellement, en formation à Rome. Il y a, enfin, des jeunes étudiants, et, des séminaristes de Nantes. L’hôtellerie est pleine en ces jours de fête.

Les hôtes viennent goûter, le temps d’un séjour, la vie monastique. Certains sont des habitués. Ils aiment le latin ! En latin, la devise du Père Abbé, Dom Philippe Dupont, qu’il a choisie le 2 octobre 1992 lors de son élection, est Quae sursum sunt sapite. Qui veut dire : “Savourez les choses d’en-haut”. C’est chose faite par beaucoup.

Un Premier ministre à l’abbaye

Terminons ce reportage par une très belle anecdote historique : le 12 octobre 1976, il y a 46 ans, le Premier ministre démissionnaire, Jacques Chirac, se rend à Saint-Pierre de Solesmes. Il fait la connaissance du Père Abbé de l’époque, Dom Jean Prou (décédé en 1999). Ce-dernier lui sert de guide et fait visiter au futur Président de la République de 1995 les coulisses de l’abbaye. Promenade à l’intérieur même de la clôture, balade dans le jardin du prieuré, découverte de la bibliothèque, etc. Jacques Chirac n’est pas venu faire une retraite, simplement une visite d’une journée. Accompagné de son épouse, Bernadette, il déjeunera entre hommes, à la table même du Père Abbé, pendant que la future Première dame déjeunera à l’extérieur.

Sur le livre d’or de l’abbaye, il laisse ces quelques mots : « Ici, la liturgie ancestrale de l’Eglise latine est conservée comme un Trésor, à la disposition de tous les hommes en quête d’Absolu. Elle élève le cœur et l’ouvre aux grands mystères. C’est une grâce de pouvoir y puiser le réconfort et la joie. »

A l’heure où nous bouclons cet article, nous apprenons que Dom Philippe Dupont, remettra sa charge de Père Abbé dans les jours qui viennent. La prochaine élection, après celle du (ou de la) Président(e) de la République, sera, donc, celle du Père Abbé de Solesmes. Son élection ressemblera à celle du Pape. Il n’y aura pas de candidat. Les moines inscriront le nom du successeur sur un bulletin. L’heureux élu sera choisi parmi la quarantaine de moines. Nos pronostics ? Respectons le vote des « hommes en noir ». Dans la Règle de Saint Benoît, « le Père Abbé représente le Christ ». Il partira avec le sentiment du travail accompli, aux pas de Dieu et des hommes. Il partira avec à la clef l’entrée de nouveaux postulants à la vie monastique qui viendront renforcer la présence des novices et des étudiants. L’abbaye Saint-Pierre de Solesmes a de longues années devant elle.

Antoine Bordier

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