A l’image de tout le secteur, le numéro 1 français de l’événementiel, Comexposium, a subi un choc économique sans précédent lié à la crise du covid-19. Mis sous cocon grâce à une procédure de sauvegarde lancée en septembre 2020 puis renouvelée en mars dernier, le groupe est aujourd’hui écartelé entre deux stratégies diamétralement opposées : réenclencher, en septembre prochain, une troisième procédure de sauvegarde lui permettant d’entretenir un statu quo fragile pour six mois de plus, ou accepter l’offre de ses prêteurs, qui proposent d’injecter 175 millions pour préparer la relance. En filigrane, deux façons d’affronter la crise s’opposent, l’une attentiste, l’autre volontariste.

A l’image des hôteliers, des restaurateurs ou encore des artistes du spectacle vivant, les acteurs de l’événementiel ont subi de plein fouet les conséquences du Covid-19. L’interdiction de rassemblements massifs de population et l’annulation des petits et grands événements a entraîné une onde de choc sur toute la profession, qui organise d’habitude jusqu’à 2800 congrès, 1200 salons et foires et 380 000 autres événements dans l’Hexagone chaque année.

Une dette de 580 millions d’euros

Afin de se protéger de leurs créanciers, de nombreuses entreprises du secteur ont entamé des procédures de sauvegarde, leur permettant de suspendre le paiement de leurs dettes pour une période de 6 mois. C’est le cas de Comexposium, numéro 1 français et numéro 3 mondial de l’événementiel, organisateur du Salon de l’Agriculture ou encore du Salon de l’étudiant, connu pour avoir notamment multiplié les acquisitions ces dernières années – soit le rachat d’une quinzaine d’entreprises du secteur d’une valeur de 80 millions d’euros.

Bouleversant la donne, le Covid a poussé Comexposium à renoncer au rachat d’Europa group, société spécialisée dans l’organisation d’événements scientifiques, pour 220 millions d’euros, l’obligeant à négocier des indemnités. Comexposium doit par ailleurs un reliquat assez conséquent de paiement (300 millions d’euros) au titre de quatre rachats. En tout, la dette du groupe atteint 580 millions d’euros. En procédure de sauvegarde depuis le 22 septembre 2020, ouvrant la voie au gel de ses créances pendant 6 mois renouvelables deux fois, Comexposium envisage donc un troisième étalement de sa dette en septembre 2021.

Plan de sauvegarde… du statu quo ?

Une manœuvre qui n’a pas été sans conséquences, puisqu’elle a fait imploser le pool de prêteurs historiques (Crédit Agricole CIB, HSBC, BNP Paribas, ING, CLO), qui ont tous cédé leurs créances, à l’exception de Crédit Agricole CIB. Strategic Value Partners et Attestor, deux hedge funds, se sont portés acquéreurs et font désormais partie des principaux créanciers aux côtés des prêteurs historiques KKR et Hayfin. Pour sortir Comexposium du marasme dans lequel la crise l’a plongé, ce quatuor propose une thérapie de choc : l’injection de 175 millions d’euros, couplée à l’échange de la moitié de la dette du groupe en actions.

Un scénario qui verrait ce nouveau pool de prêteurs devenir actionnaires de la société, aux côtés des actionnaires historiques. Ces derniers, l’assureur Predica (Crédit agricole) et la Chambre de commerce d’industrie de Paris Ile-de-Francen (CCIP), conseillés par l’homme d’affaires Jean-Marie Messier, freinent des quatre fers et refusent le renflouement de fonds et la réduction de moitié de la dette du groupe, qui les diluerait de fait. « Le seul intérêt des actionnaires est de vouloir garder le contrôle au détriment de l’intérêt social de l’entreprise. Une procédure de sauvegarde, même si elle doit se conclure par un report des échéances de crédit ne résoudra pas le problème de cash de l’entreprise », confie un proche des fonds.

Effet domino du gel des créances

Ces derniers craignent que les échéances de dette ne s’étalent sur toute la décennie – un étalement de 10 ans rendu théoriquement possible par la procédure collective – et préfèrent consolider la politique d’acquisition pour sauver l’emploi de Comexposium en montant massivement au capital. En effet, la procédure de sauvegarde, très peu contraignante pour le dirigeant, ne protège pas l’entreprise d’un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). A l’heure actuelle, la Direction de Comexposium refuse de communiquer sur l’existence d’un tel plan social. « J’ai de l’argent pour tenir, se défendait le 22 septembre 2020, Renaud Hamaide, président du groupe dans le journal Les Echos. Mais il doit servir pour l’entreprise en évitant que les près de 600 millions d’euros de dettes contractées auprès d’une quarantaine de banques ne deviennent exigibles ».

Doit-on craindre un plan social de grande ampleur ou un dépôt de bilan pour Comexposium ? « Predica et la CCIP sont des actionnaires peu sophistiqués. (…) Ils n’ont pas perçu l’effet domino qu’allait provoquer l’ouverture de la sauvegarde. Depuis plus de six mois, il n’y a plus aucun échange avec les prêteurs. C’est le principe même de la sauvegarde qui est dévoyé », confiait un proche du dossier au magazine L’Agefi en avril dernier. En plus de représenter une menace pour l’emploi, la stratégie attentiste des actionnaires de Comexposium pourrait leur aliéner la confiance des créanciers, avec le risque pour le groupe de perdre à terme sa capacité à lever de nouveaux fonds.

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