Alors que Rallye, la maison-mère du groupe Casino, fait l’objet d’attaques spéculatives à répétition, la déléguée syndicale du groupe, Laurence Gilardo, monte au front pour défendre les emplois…
La secrétaire générale FO SNTA Casino, à l’origine d’une pétition de salariés, interpelle Bruno Le Maire et Muriel Pénicaud ; selon elle, « il est temps que chacun prenne ses responsabilités » !

  • Rallye a été placé en procédure de sauvegarde le jeudi 23 mai 2019. Quelles pourraient être, selon vous, les conséquences pour les salariés du groupe Casino ?

En réalité, c’est le PDG qui a demandé à ce qu’on enclenche une procédure de sauvegarde. Autrement dit, ce n’est pas une décision qui a été imposée de l’extérieur. C’est une mesure qui permet notamment d’éviter que le groupe se retrouve en situation de cessation de paiement. Cela permet donc à Jean-Charles Naouri d’avoir plus de temps pour négocier avec ses créanciers.

Pour les salariés, cette décision est plutôt rassurante. La procédure en elle-même ne menace en effet pas les emplois ; au contraire cela permet de gagner du temps. Mais à dire vrai, les salariés restent assez éloignés de ces préoccupations, ce qui les préoccupe en revanche, c’est les risques qui pèsent sur leur emploi. Ils sont mêmes très inquiets, avec tout ce qu’on peut lire dans la presse… Car derrière Rallye, il y a de très nombreuses filiales, que vous connaissez sans doute, comme Monoprix, Go Sport, ou encore Cdiscount.

Au total, en 2017, l’entreprise employait plus de 230 000 personnes à travers le monde[1], dont 75 000 salariés en France. Et selon les décisions qui vont être prises, selon les délais de paiement qui vont être accordés par les banques, cela peut évidemment avoir des répercussions sur les salariés. Dans le pire des scénarios, on peut même envisager le démantèlement du groupe, avec toutes les conséquences sociales qu’on peut imaginer : baisse des salaires, plans de licenciement…

Ce qu’il faut savoir par ailleurs, c’est que la procédure de sauvegarde est une procédure juridique qui dure théoriquement 6 mois, mais qui peut être renouvelée deux fois. Le premier renouvellement peut être obtenu avec une simple demande, tandis que pour le second renouvellement il faut immanquablement l’accord d’un juge du tribunal de Commerce. Ainsi, il faudra attendre au maximum 18 mois pour que nous soyons fixés sur notre sort…

  • Vous êtes à l’origine d’une pétition appelant les pouvoirs publics à se mobiliser en faveur du groupe. Quelles pourraient être les mesures des institutions en faveur du groupe Casino ?

Ce que j’espère avant tout des pouvoirs publics, c’est qu’ils se mobilisent en faveur de l’emploi ! Qu’ils gardent à l’esprit la situation de ces hommes et de ces femmes qui se lèvent tous les jours avec la fierté d’appartenir à un groupe familial de plus de 120 ans ; et qui obtiennent d’ailleurs des résultats commerciaux très satisfaisants. Car d’un côté, il y a les milieux financiers, et de l’autre, il y a l’activité commerciale, qui elle se porte plutôt bien en ce moment. Tous ces gens-là, il faut qu’ils puissent continuer à faire tourner la boutique. Voilà ce qui est vraiment primordial à nos yeux.

Maintenant, il est temps que chacun prenne ses responsabilités ! Car derrière ces 75 000 salariés, il y a aussi des familles, des vies à préserver. Et c’est justement le message que nous voulons faire passer avec la pétition mise en ligne sur Change.org par la Fédération générale des travailleurs de l’agriculture, de l’alimentation, des tabacs et des activités annexes Force Ouvrière (FGTA-FO)[2]. On l’a vu avec l’exemple du glyphosate, c’est avec ces nouveaux outils de mobilisation qu’on peut faire bouger les choses.

  • Prévoyez-vous d’autres actions pour interpeller les pouvoirs publics sur la situation du groupe ? 

Tout d’abord, nous avons conscience qu’il faut être rassemblés afin de véritablement peser dans la balance. Seulement, les employés du groupe sont en première ligne dans cette histoire, et si certains sont vraiment en colère, d’autres ont peur. C’est pourquoi, ils n’osent pas toujours bouger ; ils se retrouvent comme tétanisés face à la menace de se retrouver au chômage.

Aussi, une fois que nous aurons récolté encore quelques signatures, nous nous rendrons au ministère de l’Économie, et au ministère du Travail, pour faire entendre leurs voix. Nous aurons alors l’occasion d’alerter Bruno Le Maire et Muriel Pénicaud, sur le risque réel d’assister à une vente à la découpe du groupe, morceau par morceau… Ensuite, dans un second temps, nous nous rendrons à l’assemblée générale du Syndicat national des travailleurs de l’agroalimentaire (SNTA). Nous interrogerons alors les élus professionnels sur l’opportunité d’organiser une manifestation physique, sans doute devant le siège social de Casino à Saint-Etienne.

  • Depuis plusieurs mois déjà, des fonds activistes multiplient les attaques contre le groupe Casino. Pourquoi le groupe Casino est-il particulièrement visé par ces acteurs ?

Pour les fonds spéculatifs, un groupe endetté comme Rallye est une proie facile. Ces hedge funds, souvent américains, ne se préoccupent à aucun moment de la stratégie de l’entreprise ; la seule chose qui les intéresse, c’est les bénéfices qu’ils vont pouvoir engranger à court terme. Les vendeurs à découvert attaquent, sans scrupule, les sociétés qui présentent un risque par rapport à leur taux d’endettement. Ils cherchent à mettre le doigt où cela fait mal, pour en quelque sorte extorquer la plus-value de l’entreprise.

Pour parvenir à leurs fins, ils font ce qu’on appelle des emprunts d’actions, et parient de facto sur la baisse du cours de bourse. Bien souvent, ils travaillent sur ce genre d’opérations avec d’autres acteurs de la finance, qui des agences de notations, ou des titres de la presse spécialisée. Et inévitablement, une spirale négative s’enclenche ; mais le pire, c’est sans doute que toutes ces manœuvres sont parfaitement légales ! Néanmoins, l’Autorité des Marchés Financiers enquête actuellement à ce sujet. C’est donc qu’elle soupçonne probablement quelques entorses aux règles. Au regard de la fréquence des attaques dont est victime Rallye, on peut effectivement avoir certaines raisons de penser qu’une entente aurait pu être passée entre les analystes et les acteurs du marché. Pour l’instant cela dit, à ma connaissance, personne ne dispose des preuves matérielles suffisantes pour que l’on puisse les condamner…  

  • Pensez-vous que Bruno Le Maire puisse tout de même mettre fin à ces attaques spéculatives ?  

Ce que je peux vous dire, c’est que Casino n’est pas la seule société française à être victime de ces pratiques financières agressives. Mais que peut faire Bruno Le Maire, ça je ne saurais pas vous le dire… Si ce n’est bien sûr parler aux banques françaises pour les rappeler à leurs obligations… Car si on laisse la situation se détériorer indéfiniment, on ne sait pas jusqu’où cela peut aller ! 

Or, pratiquement, des solutions existent pour préserver l’activité et l’emploi, cela pourrait prendre par exemple la forme de l’annulation d’une partie de la dette, ou même simplement celle d’un rééchelonnement de la dette. Enfin, on pourrait aussi parfaitement envisager l’ouverture du capital à de nouveaux acteurs, surtout si des synergies sont envisageables entre les partenaires. Je pense qu’il faudra de toute manière actionner plusieurs leviers, mais pour l’instant nous sommes forcés d’attendre, sans rien savoir des tractations en cours, et sans avoir notre mot à dire, c’est cela le plus angoissant.  


[1] http://www.rallye.fr/medias/editor/file/RALLYE_DREF_2017.PDF

[2] https://www.change.org/p/minist%C3%A8re-de-l-economie-et-minist%C3%A8re-du-travail-salari%C3%A9s-de-casino-en-danger-non-au-d%C3%A9mant%C3%A8lement

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