De notre envoyé spécial Antoine Bordier

Dans l’arrière-pays Niçois, à Saint-Paul de Vence, les touristes sont de retour depuis le mois de mai. Dans ce petit coin de paradis, les hôteliers ont souffert à cause de la pandémie. Immersion avec Joël Azoulay, le gérant de l’hôtel des Bastides, qui redonne du bonheur à ses clients.

Qui connaît Saint-Paul de Vence et Joël Azoulay ?  De Nice, il faut mettre moins de 40 mn pour rejoindre en voiture ce village médiéval niché sur une colline rocheuse à 200 m d’altitude. Avant d’arriver au village où Simone Signoret avait sa petite maison, à quelques pas de la Collégiale, Joël Azoulay avait conclu notre dernier échange téléphonique par une invitation : « Arrêtez-vous à l’hôtel des Bastides, je vous ferai faire la visite. » Il y a 50 ans, en décembre 1971, les deux amoureux les plus célèbres du cinéma français de l’époque, Montand et Signoret, décident de se marier à Saint-Paul de Vence. C’est là qu’ils s’étaient rencontrés en 1949. Joël aime bien le couple.

« C’est un couple mythique qui a marqué mon adolescence. Je suis très heureux d’avoir quitté Paris, pour venir vivre ici. » Il y met les pieds la première fois en 2017, alors qu’il est en train de vendre ses activités de blanchisserie et ses biens immobiliers. Il est littéralement tombé amoureux de la région. Avec sa compagne, Alla, qui est Russe, il a investi plusieurs millions d’euros dans l’hôtel des Bastides.

« C’est une acquisition-coup de coeur, explique-t-il. En plus nous avons fait beaucoup de travaux pour donner une nouvelle jeunesse au lieu. » L’endroit est bien placé, à 10 mn du village. « Nos 24 chambres sont toutes occupées, ajoute-t-il. L’hôtel est plein, nous attendions cela depuis un an. Notre hôtel est ouvert toute l’année » Pourquoi avoir quitté Paris ? Pour Matisse, le célèbre peintre, qui a fait connaître cet endroit merveilleux où ombres et lumières se faufilent à travers les collines et les pinèdes alentours.

Est-ce à Saint-Paul de Vence que le peintre, graveur et sculpteur français a chamboulé les codes de la peinture ?  Non, le Fauvisme est né avant. Mais, c’est à Saint-Paul de Vence qu’il donne libre-cours à son goût pour l’art religieux. Pendant 4 ans, il y construit la Chapelle Matisse pour son amie Sœur Jacques-Marie. Une religieuse dominicaine qu’il a connu quelques années auparavant, quand elle était son infirmière. Le point commun avec Joël ? La foi, la religion. « J’y suis très attaché, explique-t-il. Je suis Juif. Matisse n’était pas pratiquant, mais il était croyant. Cette chapelle en est bien le signe. »

Un serial entrepreneur

Joël n’est pas du tout artiste. Même s’il ne peint pas, il voue une admiration pour les peintres Dali, Matisse, Miro et Picasso. Avant d’arriver à Saint-Paul de Vence, il a eu une première et une seconde vie d’entrepreneur. Pendant une trentaine d’années, il s’est lancé dans le service. Il s’occupait d’une PME de nettoyage. Après l’éclatement de la bulle internet, il fourmille d’idées digitales et décide de lancer ses start-ups dans le secteur. « En 2003, j’ai commencé à travailler sur un nouveau concept de moteur de recherche.

A l’époque, souvenez-vous, il y avait Altavista, Google, Yahoo. Qwant n’existait pas encore. Et, il n’y avait aucun moteur de recherche d’entreprise. C’est ce que j’ai voulu faire en lançant Trylog en 2005. » Avec sa petite équipe d’une demi-douzaine de développeurs, Joël jongle entre les activités de son pressing, et, celles de sa start-up. Il s’occupe, également, à travers sa SCI parisienne, des premiers locataires en mode coworking. Dans le 5è arrondissement de Paris, à quelques pas de Notre-Dame, il a investi dans un immeuble pour proposer ses services de location. L’équipe de Trylog travaille dans l’ancienne cave qu’il a réaménagé pour la circonstance, et, au rez-de-chaussée des jeunes start-uppers indépendants occupent ses bureaux. Trylog est opérationnel en 2007.

« Nous avions une bonne indexation des sites professionnels, et, notre différenciation était, justement d’apporter une réponse rapide et fiable sur les recherches sectorielles. » Malheureusement, l’histoire de Trylog ne décolle pas. Pendant cinq ans, tenace, Joël continue à investir. Son chiffre d’affaires basé sur la publicité n’est pas suffisant. En 2012, il doit cesser ses activités. « J’ai le sentiment d’avoir eu raison trop tôt. Car, nous avions des milliers de visiteurs uniques chaque mois, mais ce n’était pas suffisant. Pour vraiment décoller, il nous en aurait fallu 100 fois plus. » Effectivement, la start-up ne décolle pas. En décembre 2011, Joël cesse les activités de Trylog. La même année un nouveau moteur de recherche, Qwant, est fondé. Il connaîtra, lui, le succès.

Le nouvel hôtelier de Saint-Paul de Vence

Entrepreneur dans l’âme, Joël aspire à de nouveaux projets. Il veut explorer de nouveaux secteurs. Ce sera celui de l’hôtellerie. « Avec ma nouvelle compagne nous avons décidé de reprendre cet hôtel, qui nous correspond en tout point. Nous sommes accueillants de nature, et, nous avons toujours désiré donner du plaisir aux autres. Là nous le faisons dans le cadre de l’hôtel qui a plusieurs attraits : c’est un hôtel familial qui prend soin de chaque client. Nous passons du temps avec nos clients pour bien comprendre leur besoin. Toutes les décorations de nos chambres sont différentes. Nous offrons des services trois étoiles. Depuis longtemps, j’avais cette passion du tourisme en moi. »

Il n’y a pas d’atavisme dans la passion de Joël. Ses parents, Marcel et Rolande, étaient dans le commerce de vins et spiritueux. Son frère, Richard, est informaticien, et, sa sœur, Martine, tient un salon de coiffure. Finalement, ce qui lie la famille c’est le service. Son fils aîné Jason est développeur informaticien, et, le second, Ilan est étudiant dans l’audiovisuel. Depuis 3 ans qu’ils ont démarré leur nouvelle vie, Joël et Alla ont découvert la région. Ils connaissent (presque) par cœur Saint-Paul de Vence et son histoire. « Nous aimons vraiment déambuler dans les ruelles du village qui sont remplies d’œuvres d’art. A chaque fois que nous nous y rendons, il y en a de nouvelles. » Côté clients, ils semblent satisfaits. Comme Fabien, qui parle d’un endroit très « accueillant, beau et calme » Il a même pu observer de sa chambre « la pleine lune avec un télescope à disposition sur le balcon ».

Aima et Jonathan (les prénoms ont été changés) sont de passage. Ils profitent de la piscine comme des amoureux. « Des amis nous avaient parlé de cet hôtel familial. Nous reviendrons car le couple qui tient l’hôtel est charmant et très accueillant. La chambre est spacieuse et très propre avec le balcon, qui nous fait dire que nous sommes comme à la maison. Nous avons pris notre petit déjeuner copieux sur la terrasse. Il y a ici beaucoup de verdure et une très belle piscine. Nous en avons bien profité. » Alors que les premiers clients matinaux rendent leurs clefs à Alla, Joël doit partir pour les courses. « Il sait tout faire, assure-t-elle. » Avant de repartir, Joël confie : « Je projette de faire venir des start-ups, ici, sur une durée de 3 à 6 mois. » Il se pourrait qu’il renoue, ainsi, avec sa passion des années 2005-2011, et, qu’il lance un programme pour accueillir des geeks, en immersion. A suivre…

Reportage réalisé par Antoine BORDIER, Consultant et Journaliste Indépendant

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

trois × 1 =