Par Catherine Muller

Tribune. En qualifiant de « raisonnement digne d’un Néandertalien » la décision  des gouverneurs du Texas et du Mississipi de mettre fin au port du masque et de rouvrir tous les commerces, Joe Biden a dit deux choses, dont l’une est fausse et l’autre vraie : il ne se trompe pas quand il dit qu’il y a du Néandertal en nous, mais il est dans l’erreur, comme les paléontologues eux-mêmes l’ont été, quand il pense que ces lointains ancêtres étaient des brutes épaisses sans intelligence et sans culture.

« Homo stupidus »

Découvert en 1856 dans une grotte près de Düsseldorf, l’homme de Néandertal a d’abord été qualifié d’« homo stupidus », tant ses caractéristiques apparaissaient comme grossières, comparées aux  nôtres. Mais des études plus affinées ont changé cette première vision,  cet aïeul était tout sauf stupide ! Il était capable de chasser de gros gibiers, d’inventer des outils, et même de créer une organisation sociale suffisamment évoluée pour prendre soin des individus handicapés, comme l’attestent les fouilles de la Chapelle-aux-Saints en Corrèze.

La connaissance que nous en avons maintenant montre qu’il était déjà très actuel dans sa vie de tous les jours ; il mangeait « bio » bien sûr, mais aussi de façon très diététique, de la viande cuite et des légumes bouillis, et l’état de sa dentition révèle un régime alimentaire aussi diversifié que le nôtre. S’il tombait malade, il se soignait avec des plantes médicinales dont il avait appris les vertus analgésiques et antibiotiques.

Il ne faisait pas que gérer  sa vie quotidienne avec beaucoup d’habileté, il la sublimait aussi : c’était un artiste talentueux dont on a découvert des œuvres, vieilles de quarante mille ans,  dans une grotte près de Gibraltar ; il en a orné les parois de figures géométriques, illustrant un art abstrait déjà très maîtrisé. Décorateur d’intérieur, il était aussi styliste, et se servait de divers pigments pour colorer les peaux de ses vêtements. Bienveillant, sensible et élégant, on ne peut pas vraiment dire que ces qualificatifs soient ceux d’une brute !

Quelque chose en nous de Néandertal

Il y a quarante mille ans, Homo Sapiens a quitté les terres d’Afrique , qui étaient son berceau, pour émigrer vers l’Europe ; là, il s’est trouvé nez à nez avec l’homme de Néandertal qui y était chez lui depuis trois cent mille ans. Ils se firent la guerre, c’est sûr, mais ils se firent aussi l’amour, enfantant des petits métis au patrimoine génétique mélangé. C’est ainsi que nous, les « hommes modernes », nous avons  quelque chose comme 2% d’ADN néandertalien, qui participent à nos défenses immunitaires, et nous permettent de combattre les virus, notamment celui de la grippe.

«Il est, en fin de compte, assez logique que les hommes modernes aient emprunté aux Néandertaliens des défenses génétiques,» explique David Enard, professeur en biologie de l’évolution à l’Université de l’Arizona,  «attendre que leurs propres mutations adaptatives se développent aurait pris beaucoup plus de temps ». Et c’est quasi sûrement cette hybridation qui a permis à Sapiens de mieux résister aux bactéries et aux virus, d’augmenter son espérance de vie  et de s’adapter à son nouvel environnement, favorisant ainsi son expansion planétaire.

Le Projet « génome de Néandertal »

Science ou science-fiction, Georges Church, professeur de biologie synthétique à l’université d’Harvard, a affirmé dans les colonnes du journal « Der Spiegel », qu’il était  « techniquement possible de reconstituer l’ADN d’un homme de Néandertal et de modifier des cellules vivantes humaines en conséquence ».

Pour lui, Néandertal est l’avenir de l’homme, et il s’en explique,   « l’homme de Néandertal pense différemment de nous. On sait que sa boîte crânienne était plus grande que la nôtre. Il pourrait même être plus intelligent. Le jour où nous aurons à faire à une épidémie, que nous devrons quitter la planète ou quoique ce soit, il est concevable que sa manière de penser puisse nous être bénéficiaire ». Persuadé qu’intervenir directement sur notre ADN nous donnera une meilleure vie,il a d’ores et déjà réfléchi à un protocole d’expérimentation,  avec en tout premier lieu le clonage d’une néandertalienne, qui, comme Ève, serait la mère de toute une nombreuse descendance.

Eternel recommencement ? Eve fut conçue, selon  la Bible, à partir d’un os, et précisément d’une côte d’Adam, et l’ADN néandertalien a été extrait d’un os également , un fémur trouvé en Allemagne ! Dans un tel contexte, assimiler les hommes de Néandertal à des sauvages, sans cœur et sans cerveau, est très injuste pour eux à qui nous devons tant !

Dr Catherine Muller
Membre du comité scientifique de SOS Addictions
Docteur en psychologie
Member of the World Council of Psychotherapy
Member of the American Psychological Association

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