Jeu en ligne : Ani Atabekyan, femme de cœur et d’épée

De notre envoyé spécial Antoine Bordier

En Arménie, elle fait partie de la génération des femmes qui comptent. Ani Atabekyan est Directrice de développement des activités de VBET, une société présente dans une centaine de pays. Dans un monde essentiellement masculin, celui du jeu en ligne, elle a été vite reconnue par ses pairs.

Ani Atabekyan, vous êtes à moins de trente ans la Directrice de développement des activités de la société VBET. Basée en Arménie, cette société est l’un des opérateurs mondiaux majeurs des jeux de casino, mais, aussi, des évènements sportifs. Pouvez-vous vous présenter personnellement ?

Je suis née à Erevan. Mes parents, eux, sont de Géorgie, à quelques kilomètres de la frontière. J’ai passé tous les étés de mon enfance dans le village de mes grands-parents. De cette enfance est né mon amour pour la nature, et, les gens authentiques. Mon père gère une usine minière. Et, ma mère, après avoir travaillé dans différents domaines, a décidé de s’occuper de sa passion : la création de mode, principalement pour moi. Je suis en quelque sorte sa muse. Mon frère est programmeur. Il a 2 ans de moins que moi. Il est mon ange gardien. J’ai eu une enfance heureuse. Mes parents voulaient que je fasse de très bonnes études. Malgré toutes les difficultés, ils m’ont envoyé dans la meilleure école, et après, dans la meilleure université, l’UFAR.

Vous avez, donc, effectué toutes vos études à l’Université Française en Arménie. Quelle spécialité avez-vous choisi ?

J’ai fait une licence en marketing. L’UFAR m’a permis d’entrer dans le monde de la francophonie. J’ai découvert, aussi, la France, en faisant mon stage de fin d’études à Lyon, chez France Telecom Orange. A mon retour, j’ai travaillé un an et demi dans la branche locale du groupe français Pernod Ricard dans le marketing. C’était un job de rêve. Je travaillais avec les marques d’alcool les plus connues, et, j’organisais des fêtes pour les promouvoir. Voulant continuer mes études, je suis partie à Genève pour faire mon Mastère en Gestion Stratégique. Il comprenait un semestre d’échange, que j’ai choisi de faire à l’université Paris-Dauphine. C’est là que je suis tombée amoureuse de Paris.

Vous êtes donc francophile. Pouvez-vous nous résumer votre rapide ascension ?

Après mon Mastère, je suis revenue en Arménie et j’ai commencé à travailler pour un projet de l’ONU qui visait à développer l’industrie textile. Puis, j’ai reçu une offre de BetConstruct. En février 2018, j’ai intégré la société comme Responsable France. En février 2019, nous lancions le site de notre partenaire Partouche, en juin, c’était au tour de notre propre site de VBET. En même temps, étaient officialisés les partenariats avec le club Arsenal FC et le stade Emirates. Ensuite, je suis devenue la Directrice régionale de VBET France. L’année dernière, en août, j’ai été nommée Directrice du développement des activités de VBET. J’ai en charge plus de 10 équipes régionales.

Votre carrière semble impressionnante. Revenons un peu plus à votre famille, et, à vos valeurs familiales. Il semblerait qu’ici les femmes soient très attachées aux valeurs traditionnelles. Qu’en est-il pour vous ?

Ma famille est à la fois traditionnelle et moderne. Mes parents et mon frère tiennent toujours à garder les meilleures traditions. Ils aiment aussi les nouveautés. Pour ma mère, la famille est l’ultime bonheur, la maison est son royaume, et, il n’y a rien d’autre qui compte que le bien-être de ses enfants. Je ne sais pas si je serais comme elle, mais j’apporterais ses valeurs dans ma propre famille, c’est sûr.    

Parlez-nous, maintenant, de l’Arménie. Comment présenteriez-vous l’Arménie avec les derniers évènements tragiques et la guerre dans le Haut-Karabakh ?

L’Arménie est le berceau de la civilisation, au carrefour du monde entre l’Europe et l’Asie, entourée de pays musulmans et chrétiens. Nous sommes un ancien peuple, qui a toujours été dans la tourmente des enjeux géopolitiques. C’est incroyable de constater qu’étant si pacifique, nous avons pu survivre à tant de guerres et de massacres. Nous avons eu la force et la foi de continuer à vivre et à nous développer. C’est immuable. Et, nous sommes devenus très résilients. Je dois ajouter que ma famille est originaire de l’Artsakh. Les Atabekian étaient des seigneurs de la maison princière d’une des principautés. La devise de notre maison est “Avec le coeur et l’épée”. Cette devise décrit si bien la femme arménienne, toujours à cœur ouvert et toujours prête à défendre ses terres et sa famille.

L’Arménie est un petit pays chrétien de 3 millions d’habitants. Pour vous, est-ce que la foi est importante ?

La foi a toujours joué un rôle central dans notre histoire. Nous sommes le premier pays qui a adopté la chrétienté comme religion nationale, et ce n’était pas par hasard, les valeurs enseignées par la chrétienté collent bien avec les valeurs de notre nation et avec notre mentalité. Je ne suis pas croyante, mais pour moi la foi est la valeur qui unit les gens et qui leur permet de marcher sur le bon chemin de vie.   

Le 8 mars dernier on fêtait la Journée internationale des femmes. Que pensez-vous de cette journée ?

Avec le temps ces journées, comme la journée des pères, la Saint Valentin, et, même Noël, sont devenues très artificielles et commerciales. Je ne me considère pas comme une féministe. Mais, c’est vrai que les femmes sont toujours en marche sur ce long chemin d’égalité des droits avec les hommes. Le 8 mars a toujours été une belle occasion pour apprécier les femmes. Dans la famille, dans les écoles, les universités, les bureaux, partout nous recevons des fleurs et des cadeaux. En Arménie nous avons une autre journée dédiée aux femmes le 7 avril, la journée de la maternité et de la beauté. C’est pour cela qu’ici on célèbre les femmes du 8 mars au 7 avril. D’ailleurs, on l’appelle le mois des femmes.

Revenons à votre métier et à vos responsabilités. Pourquoi avez-vous choisi cet univers du jeu ? Qu’est-ce qui vous y fascine, en tant que femme ?

 La vie est comme un jeu et les gens ont une envie naturelle de jouer, c’est pourquoi l’industrie du jeu est si populaire. Le jeu apporte des émotions, de l’excitation, de l’adrénaline et mon métier me donne les mêmes sensations. Tout se passe très vite dans le monde du gaming, surtout quand on est présent partout dans le monde. Chez VBET, même le travail en 24h/24, 7j/7, ne suffit pas pour suivre toutes les évolutions dans ce domaine. Ce que j’aime le plus dans mon métier et dans l’entreprise c’est qu’il n’y a pas de limites : si tu as une idée valide et de la volonté, tu auras toutes les ressources pour la réaliser. Petit ombre sur le tableau : l’univers du jeu est dominé par des hommes, surtout dans les hautes positions. J’ai souvent été la seule femme présente aux réunions. C’était pour moi un challenge. J’avais l’impression de représenter toute la gent féminine. C’est avec joie que je remarque que peu-à-peu la situation change.  Je suis très heureuse dans mon métier.    

J’ai cru comprendre que vous aimiez la poésie…

Oui j’avoue. Au fond, je suis très romantique. Je peux m’émouvoir d’une belle musique, d’un arbre fleuri, d’une démarche de quelqu’un, de petites choses simples dans la vie. Mais en même temps, je suis très pragmatique, surtout dans la vie professionnelle, où c’est plutôt ce côté qui se manifeste. Je suis romantique, peut-être, parce j’ai beaucoup d’amour. L’amour en la vie, en ma famille, l’amour des gens, de la nature.

La fémininité c’est quand la femme se sent en harmonie avec l’univers, et, avec son entourage. Si c’est le cas, les valeurs féminines s’expriment à plein et c’est beau. Les femmes qui m’inspirent sont celles qui arrivent à être à la fois charmantes, intelligentes et fortes.

Dernières questions : quels sont vos projets personnels et professionnels pour 2021 ? Quand revenez-vous en France, et, pour quoi faire ?

Aujourd’hui, je ne fais pas de différence entre ma vie professionnelle et personnelle. J’essaye de prendre du plaisir et de vivre pleinement chaque instant de ma vie. Chez VBET, nous allons ouvrir de nouveaux marchés et renforcer nos positions actuelles. La France est un marché stratégique, et, nous avons beaucoup de projets pour l’avenir. Ces projets me donneront l’occasion de revenir en France, après le confinement. Je suis heureuse et pleinement épanouie dans tout ce que je fais. En plus, avec SoftConstruct, notre maison-mère, j’ai eu l’occasion de participer à des projets connexes en France, en dehors de mon activité au sein de VBET. Je pense, notamment, aux projets avec l’UFAR, à ceux de l’école Anatole France, du CCAF, de la Fondation Charles Aznavour, de l’Ambassade de France, etc. J’ai apporté ma petite contribution dans les relations franco-arméniennes. J’ai vraiment un coup de cœur pour tout cela.  

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