De notre envoyé spécial Antoine Bordier

Les origines de son groupe immobilier familial remontent à 1886, lorsque la régie de gestion locative Dunand est créée. Depuis, le groupe familial a bien grandi. Il a connu la crise du Covid-19, qui a impacté ses activités et lui a ouvert de nouveaux champs d’innovation. Eclairage sur un homme devenu incontournable dans un secteur d’activité qui se réinvente.

Il est onze heures, lorsque Jérôme Félicité nous reçoit dans la salle de réunion qui jouxte son grand bureau. Son siège social est situé sur les hauteurs de Genève, à Château-Bloch. Elancé, la barbe finement taillée, dans son complet-veston bleu-foncé, il est affable sur son histoire. Il parle sans ambages de son développement actuel, et, de ses projets. En regardant par la grande baie vitrée de la pièce, il commente l’avancée des travaux d’un chantier.

« Regardez les grues là-bas, nous avons commencé en mars dernier la commercialisation des 1200 logements qui composeront à terme ce nouveau quartier, qui s’appelle le Quartier de l’Etang. C’est un projet majeur pour Genève. Nous avons une équipe d’une quarantaine de salariés qui y travaillent à temps plein. » En se penchant un peu plus, au loin, dans le prolongement de son immeuble, on aperçoit au milieu d’une végétation verdoyante, 4 ou 5 grues qui orchestrent des mouvements aériens et déposent des matériaux de construction sur le chantier. Jovial et souriant, précis et connaissant par cœur l’histoire familiale, il enchaîne l’entretien en parlant de son père, Pierre, qui a lancé la marque Gerofinance à la fin des années 50.

« C’est lui qui a créé l’activité de gestion. Au fil des années et de notre collaboration, il m’a beaucoup aidé et inspiré dans mes décisions. » Les valeurs familiales du groupe sont un doux mélange entre l’expertise, l’entrepreneuriat et l’esprit pionnier. Jérôme parle de « son adn d’entrepreneur ». Comme il aime à le répéter lui-même : « c’est notre marque de fabrique. » Comme son père, il est indépendant et travaille beaucoup. Après le décès de son père, en janvier 2017, Jérôme s’est recentré sur les valeurs familiales. Elles sont omniprésentes. Il aime citer sa mère, Françoise, qui l’a toujours soutenu dans ses entreprises. Pour rendre hommage à son père et continuer son œuvre, il a ouvert de nouvelles agences. La dernière en date se situe à Neufchâtel.

Un entrepreneur passionné

Il y a 15 ans, en 2006, Jérôme le rejoint. Entre 2006-2007, il commence à insuffler un nouvel esprit entrepreneurial basé sur la croissance organique et sur la croissance externe en procédant à des acquisitions. Il commence par l’acquisition de la Régie Dunand, en 2007. Puis, en 2011, Gerofinance-Dunand fait l’acquisition de la Régie de la Couronne. 5 ans plus tard, il rachète l’enseigne Ed. Lacour et se rebaptise en Gerofinance-Dunand, Régie de la Couronne. Puis, en 2019, avant la pandémie, il finalise le rachat de la Régie du Rhône, avec Claude Berda.

Avec ces acquisitions, il devient le leader immobilier en Suisse romande. Outre la taille, qui pourrait donner le vertige, puisqu’il est passé de 100 à 800 salariés en 15 ans, il complète aussi son offre de nouveaux services. Comme il l’explique, « en développant notre réseau, nos 20 agences proposent une palette complète d’expertises et de services. Ce qui intéresse nos clients, c’est d’avoir une offre globale intégrée, dans laquelle, ils ont toute confiance. » Jérôme reparle de sa famille, de ses deux sœurs, de son enfance passée à Genève, où il est né en 1973. Il a fait ses études supérieures, entre 1995 et 1998, à l’école hôtelière de Lausanne. Puis, il décide de faire ses premières armes en dehors de la société familiale. « Dans la famille, nous sommes très indépendants. Avant de travailler avec mon père, j’ai travaillé pendant 11 ans à Lausanne, chez un confrère, la société De Rham. J’ai participé au développement de cette société en ouvrant des succursales. » Ce qui est étonnant chez cet entrepreneur, c’est qu’il est à la fois indépendant et très attaché aux valeurs familiales. Ces métiers de la pierre l’ont toujours fasciné, comme si c’était viscéral. « Depuis que j’ai l’âge de 13 ans, j’ai toujours aimé cet environnement. Je n’ai pas eu besoin de chercher ma voie. Je suis passionné par le secteur. Après mon expérience à Lausanne, j’ai rejoint mon père, et, nous nous sommes associés en 2006. »

Des métiers qui se « réinventent »

Sur la chaîne de valeur immobilière, le groupe est actif dans l’achat, la vente, les projets neufs, la location résidentielle, la gérance, l’administration de copropriétés, la rénovation et la mise en valeur patrimoniale. Sa croissance à deux chiffres pourrait impressionner.

Mais l’enjeu, pour le CEO, n’est pas uniquement là. Il a su s’entourer des plus belles marques, comme il l’a fait avec Barnes. En 2012, il lance Barnes Suisse, et, Partner Real Estate – Knight Frank. Aujourd’hui, comme s’il ouvrait un nouveau cycle de 15 années d’aventures entrepreneuriales, l’homme d’affaire, celui que certains de ses amis appellent « le Monsieur de l’immobilier », souhaite innover davantage. 15 ans après son association avec son père, le numéro 2 sur toute la Suisse, est à la croisée des chemins. Il veut consolider ses positions. « Mon père a toujours fait de la promotion immobilière, il a construit plusieurs milliers de logements à Genève. Il a, également, innover. Les Suisses lui doivent, notamment, la copropriété, créée en 1961.

Maintenant, avec mon nouvel associé, Claude Berda, nous allons investir dans la digitalisation du groupe. » Avec leur quinzaine de sociétés, les deux maestros de l’immobilier regardent de plus en plus vers les start-ups. Ils ont même lancé leur plateforme 3.0, qui s’appelle Dune. Ils croient beaucoup à l’intelligence artificielle, à la smartcity, et aux applications smarthome. « Nous avons une trentaine de personnes qui travaillent pour réinventer nos métiers et pour les orienter vers l’offre de services digitaux. Nous avons pris des positions dans certaines proptechs. Le sujet est stratégique, et, pour l’instant nous ne communiquons pas trop sur nos plans d’action et nos investissements. » Le sujet est, donc, top secret.

A l’assaut des proptechs       

Les deux hommes d’affaires changeraient-ils de costume pour revêtir le jean et le tee-shirt du start-upper ? Jérôme Félicité le porte de temps en temps. Sur le sujet, il n’est pas inquiet. Il anticipe même la vague high-tech qui est en train de secouer ce vieux secteur traditionnel qu’est l’immobilier. Avec Claude Berda, ils ont investi dans une vingtaine de jeunes entreprises de la proptech (ou property technology).

La pandémie de Covid-19 a accéléré ce phénomène de digitalisation. Dans son rapport 2020 sur le sujet, le Crédit Suisse, présente quelques chiffres clés. Il y décrit un processus de consolidation des places de marché on-line, leur nombre étant passé de 43, en 2019, à 36, en 2020. Certaines ont disparu et d’autres ont fusionné. Ce qui est certain, c’est, qu’aujourd’hui, il y a en Suisse plus de 300 proptechs. Ce qui fait de la Suisse le pays le plus dynamique en Europe. A titre de comparaison, en France, selon les experts du secteur, il y en aurait plus de 400. Toute la chaîne de valeurs du secteur est concernée par ces nouveaux entrants. Ce qui n’inquiète pas du tout Jérôme. Bien au contraire, comme il l’explique : « nous sommes très sollicités pour investir dans des start-ups existantes. Nous avons beaucoup de dossiers sur la table. »

Se réinventer passe par l’investissement dans les start-ups. Le groupe chasse, aussi, sur de nouveaux marchés, loin de la Suisse. Au Portugal, d’où est originaire son épouse, Silvia, Jérôme vient de prendre position avec des acteurs locaux. Passionné, cet amoureux de la pierre et des gens, qui travaille beaucoup, a besoin de souffler. Il se retire de temps en temps dans ses montagnes de Crans-sur-Sierre. Avec ses enfants, Margaux, Inès et Alexandre, il part faire de longues balades en peau de phoque. Il se ressource, également, avec ses amis, en dégustant l’un de ses vins préférés, un Château-Neuf-du Pape, à quelques pas du lac Léman et de son mythique jet d’eau, qui fête, cette année ses 130 ans.

Antoine BORDIER

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