De notre envoyé spécial Antoine Bordier

Né à Londres, Hayk Mnatsakanyan a fait le choix de rentrer en Arménie pour entreprendre. Il est, aujourd’hui, à la tête de deux entreprises, StartDoon et RINArmenia. Portrait d’un jeune francophone amoureux de son pays, qui est aussi un artiste.

Il est né à Londres en 1994. Hayk s’est formé pendant toute sa jeunesse à l’esprit européen et à la Francophonie. A 3 ans, toute la famille rentre au pays, à Erevan. Il y vivra jusqu’à ses 9 ans. En 2003, c’est à Genève qu’il part vivre. En raison des activités professionnelles de son père, il déménage souvent. A l’âge de 14 ans, ce sera la France, Strasbourg où il effectue toute sa scolarité secondaire. « A 18 ans, explique-t-il, j’ai décidé de rentrer, définitivement en Arménie. J’avais le mal du pays. Je me sentais déraciné. Et, je voulais faire quelque chose pour mon pays. »

Formé en France, principalement, c’est tout naturellement qu’il s’inscrit à la faculté de marketing et de gestion de l’UFAR, l’Université Française en Arménie. Avec le recul, il ne regrette pas être rentré : « J’aime beaucoup mon pays. Si je n’étais pas rentré, et, si je n’avais pas fait ces études à Erevan, je ne serai, sans doute, jamais resté. Car j’étais, déjà, très européanisé ».

Un jeune entrepreneur avec des valeurs

Hayk parle de ses valeurs et des traditions arméniennes. « J’aime la famille et la valeur de la loyauté. Notre vie communautaire est très familiale. Nous sommes proches, très proches les uns des autres. Et, nous nous entraidons beaucoup. » Entre 2012 et 2018, il effectue, donc, ses études à l’UFAR. Il doit les interrompre à cause du service militaire. Il ne regrette pas d’avoir donné deux ans de sa vie. Pour lui cette parenthèse n’a pas été un problème en soi. Beaucoup de jeunes ne reprennent pas leurs études, après le service militaire, et, entrent dans la vie active.

« J’étais certain de mes objectifs. Et, quand j’ai commencé mon service militaire, le chronomètre s’est déclenché, et, je savais qu’il s’arrêterait deux ans après. Le service militaire apporte beaucoup de valeurs comme la discipline, la vie en caserne. »

Il termine ses études en 2018, l’année de la Révolution de Velours. Après la chute de l’ex-URSS, l’Arménie devient une république démocratique et indépendante. La corruption y est, cependant, omniprésente, comme dans la plupart des autres pays de l’ancien bloc soviétique. Le 23 avril le président Serge Sarkissian est obligé de démissionner sous la pression de la rue. Il avait voulu changer la constitution pour devenir Premier ministre, et, garder le pouvoir. Pendant cette période, l’Arménie a perdu près d’un million d’habitants. Hayk a fait un autre choix, il est rentré au pays pour entreprendre.

StartDoon, un accélérateur d’affaires

Lancé en juin 2017, StartDoon, est un accélérateur d’affaires franco-arménien. Il a été lancé par Philippe Poux, qui a un poste clé chez SAP, et, qui réside principalement en France. Chaque année, il se rend plusieurs fois en Arménie. Il est, aussi, président de G2ia, le Groupement Interprofessionnel International Arménien. Les deux hommes se connaissent bien. Et, Philippe décide de lui confier les rênes de cet accélérateur, avec une équipe de 5 personnes. « Nous travaillons sur deux axes d’accélération, explique Hayk. Tout d’abord, l’axe PME et ensuite l’axe start-up. Nous avons, déjà, accompagné de nombreuses PME, comme la société Donos Conseil, qui est une société française. »

En octobre 2019, cette société ouvre une filiale en Arménie. En mai 2019, Hayk se rend, sous les couleurs de Startdoon et du pavillon arménien, à l’évènement phare de VivaTech. Il a lieu chaque année à Paris depuis 5 ans, et, c’est la référence européenne, qui accueille l’éco-système digital mondial sur 3 ou 4 jours, avec plus de 10 000 start-ups et plus de 3 000 fonds et investisseurs, venant d’une centaine de pays.

« Nous avons eu d’excellents contacts, avec des start-ups, notamment. » Du côté des start-ups, StartDoon a participé au développement, par exemple, de Cyber Mantis Games, d’Illuria Security, de Forge Fiction et d’Outmind. En tout plus d’une cinquantaine de start-ups sont passées par l’accélérateur. Forge Fiction est une plateforme de création artistique. Elle a très certainement touché Hayk et ses goûts artistiques.

Un entrepreneur artiste

Avec une partie de sa famille qui est artiste, Hayk ne pouvait que développer des talents artistiques. C’est ce qu’il fait entre 2014 et 2017, lorsqu’il met en scène des pièces de théâtre. Avec la fondatrice de sa troupe, Mariam Bektashyan, il met en scène « en 2014 une pièce de Molière, Le malade imaginaire. En 2017, j’ai, aussi, adapté mon écrivain fétiche, John Steinbeck, et sa pièce, La lune noire, qui décrit une ville occupée par l’armée allemande dans une ville d’Europe du nord. » Son rêve ? Devenir réalisateur. Passionné par le théâtre et le cinéma, il a pour l’instant mis cette passion sous le boisseau. Pandémie oblige, en 2020, l’Arménie vit une crise économique. Les activités de StartDoon, après quelques difficultés, repartent néanmoins.

Avec son équipe, Hayk travaille, actuellement, sur de nouveaux projets qui concernent, cette fois, le secteur de l’agriculture et le développement durable. Il suit de près l’école gratuite d’agriculture que vient de lancer en France Xavier Niel. Le multi-milliardaire avait lancé en 2013 l’école de coding gratuite, 42. Cette-dernière s’est, d’ailleurs, implantée en Arménie en 2020. L’Arménie regorge de petites pépites similaires. C’est en Arménie qu’est sortie de terre en 2011 l’école TUMO, qui forme des enfants de 12 à 18 ans aux technologies de l’information, au coding, au gaming, à la 3D et à la robotique.

Cette excellence arménienne se diffuse partout, malgré un environnement proche hostile, et, une histoire qui voit encore le peuple arménien souffrir. Hayk n’en parlera pas, mais il s’est porté volontaire pour défendre les terres arméniennes de la république auto-proclamée Artsakh, dans le Haut-Karabakh. Il est comme cela Hayk : artiste, entrepreneur, et, patriote. Et, il regarde vers l’avenir.

La French Tech et RINArmenia

 En 2019, avec l’Union Générale Arménienne de Bienfaisance, l’UGAB, la communauté French Tech est lancée par Hayk et Philippe. Hayk en est, actuellement, le président. Auparavant les deux associés ont lancé RINArmenia. « C’est l’avenir d’internet, explique Hayk, sa nouvelle architecture. RINA, c’est l’acronyme pour Recursive Inter Network Architecture. » A la clôture du 17è Sommet de la Francophonie, qui s’est tenue à Erevan, en 2018, toute l’équipe lance officiellement, en compagnie de Louis Pouzin, l’un des fondateurs d’internet, ce nouveau projet en Arménie, dont l’ambition est de « révolutionner internet ». L’objectif est de remplacer l’architecture actuelle, la TCPIP.

« A l’origine, c’est la communauté autour de Louis Pouzin, sous l’impulsion scientifique de John Day, qui a lancé le projet. Nous avons intégré la communauté en 2019 et avons lancé la branche de recherche et de développement scientifique, ici. L’objectif est de faire de l’Arménie le premier pays qui adopterait cette nouvelle technologie. 4 ingénieurs développeurs travaillent à temps plein sur le sujet. Nous travaillons avec toute la communauté. » Hayk n’en dira pas plus mais il a, déjà, réalisé une levée de fonds, et, les perspectives commerciales sont très prometteuses. Entrepreneur, littéraire, metteur en scène, Hayk à 27 ans est aussi un visionnaire.

Ambitieux pour son pays, il l’est également pour la Francophonie. L’amitié franco-arménienne, il veut la hisser au plus haut de l’affiche, comme Charles Aznavour, qu’il apprécie tout particulièrement. Lui qui a vécu une bonne partie de son enfance en France, espère que de nombreuses entreprises françaises viendront très prochainement investir en Arménie.

Textes et photos de notre envoyé spécial Antoine BORDIER

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