par Loïk Le Floch-Prigent

Il y a d’abord un projet inutile, désastreux et couteux qui traine depuis 8 ans et qui est déjà dépassé. Considérant que la Bretagne n’est pas suffisamment équipée en production d’énergie un parc d’éoliennes est décidé en 2012 et désormais à cause du temps passé les retours d’expérience de toutes les réalisations alentour nous montrent qu’il est impératif de ne pas le construire, pas là en Baie de Saint-Brieuc, en face du Cap Fréhel et du Cap d’Erquy.

Ce genre de mésaventure a déjà eu lieu en Bretagne, il était envisagé une nouvelle Centrale Nucléaire à Plogoff près de la Pointe du Raz : c’était un endroit sacré, et les Bretons ont dit pas là, pas ça ! Je n’arrive pas à comprendre comment politiciens, administrations et journalistes n’arrivent pas à comprendre que le lieu choisi est impropre et qu’il faut stopper au plus tôt cette ânerie ou ce scandale, à chacun son vocable.

On peut facilement expliquer que l’arrêt est un impératif : plusieurs milliards dépensés pour satisfaire quelques pour cents de la demande en électricité, de façon intermittente, une économie de la mer ravagée, une détérioration irrémédiable de la faune et de la flore, des crustacés et poissons aux oiseaux et dauphins, une aquaculture gravement perturbée pendant les années de construction et même après, une addition salée pour le client et le contribuable au profit de l’investisseur qui obtient une rente de situation confortable sur vingt ans, et puis la fin d’un paysage de la mer qui est à la fois notre héritage et ce que nos descendants attendent de nous, l’immensité de la mer visitée par plus d’un million de personnes chaque année, en particulier lors du départ des grandes courses de voiliers.

Il n’y a pas un défenseur de l’environnement qui puisse accepter un projet aussi dément à coté du premier parc de coquilles Saint-Jacques d’Europe alors que qu’il est aussi cerné par des zones Natura 2000 avec des coraux de mers froides que beaucoup de pays peuvent nous envier. Mais puisque les volontaires pour cet investissement déclarent ouvertement que toutes les études d’impact ont été positives, il est bon de donner quelques détails sur le sérieux de cette affirmation. Le projet est accepté sans qu’il y ait encore d’études d’impact, celles-ci concluent rapidement (ouf !) par un avis positif. Mais il s’agit de 62 éoliennes avec des mats à près de 200 mètres, il faut ancrer profond et on commence par envisager 4 forages par éolienne à plus de cinquante mètres. Après avoir fait des tests on s’aperçoit, ce que tous les natifs du lieu auraient pu dire, que l’on doit forer rapidement dans le granite… à 71 mètres.

Mais on ne fore pas dans le granite impunément et les géologues le disent… on cherche donc des solutions et au bout de quelques années le projet a changé on fait des grands trous, mais seulement sur vingt mètres et on bétonne encore plus fort. Qui peut dire que l’étude d’impact (ou son apparence !) n’a pas été modifiée. Eh bien non on continue à dire, « circulez il n’y a rien à voir « là comme ailleurs et jusqu’au Conseil d’Etat appelé à la rescousse d’un projet stupide et moribond. Que dire des enquêtes archéologiques effectuées en zone gallo-romaine sur le sec et en zone néolithique en mer ?

Mais l’Armorique à qui l’on présente ce projet en rêve d’un avenir meilleur voit dans le même temps un grand nombre de désastres dont la solution est bien moins couteuse, on ne parle pas de milliards comme pour les éoliennes, mais de millions, de compétences bretonnes et françaises et non espagnoles, chinoises, ou allemandes, de vrais emplois et de vrais villages ou villes. D’abord, alors que l’éolien est intermittent et nécessite un back-up en gaz pour éviter les coupures d’électricité, on va construire une Centrale à Landivisiau qui sort de terre. Mais dans le même temps une décision vient d’interdire dès 2022 les chaudières à gaz dans les nouveaux logements. Cela veut dire que nos édiles ne savent pas qu’il y a des chutes de rendement à chaque changement d’état, transformer du gaz en électricité pour chauffer les appartements avec l’électricité produite est absurde, pour la pollution comme pour les émissions de CO2 il vaut mieux transformer directement le gaz en chaleur. Mais surtout à Morlaix il y a l’usine Sermata qui est le leader mondial des échangeurs thermiques en inox qui permettent une réduction sensible des émissions, on dirait qu’ils sont écologiques ! C’est un coup de poignard pour cette entreprise d’Armorique qui va devoir arrêter ses projets d’expansion.

 La région a aussi été touchée à Lannion capitale historique du téléphone français depuis l’arrivée du CNET, du Radome et d’Alcatel. Une gestion désastreuse a entrainé la disparition progressive de la téléphonie nationale au cours des dernières années, on a parlé » d’industrie sans usines « avant de réaliser une opération franco-américaine douteuse (Alcatel-Lucent) pour finir par vendre notre pépite et son personnel aux finlandais de Nokia qui ignoraient l’existence même de la Bretagne. A ce moment là on a dit créer l’Airbus de la téléphonie ! Ce n’était pas cher, à l’époque, pas si lointaine, de relever le gant et de décider de redresser avec les ingénieurs et chercheurs français notre industrie. On a préféré l’abandon et on le privilégie toujours plutôt que d’envisager un retour au premier rang dans lequel  beaucoup de professionnels anciens comme nouveaux sont prêts à s’engager.

Mais la situation ne s’éclaire pas en partant encore plus à l’Est, à Lamballe où les techniciens ont bâti des industries vigoureuses qui irriguent la région et même au-delà. La Cooperl est une coopérative animale créée autour du cochon en 1966, elle fait vivre un grand nombre d’éleveurs et a résisté au temps avec toutes les difficultés des tempêtes animales de ces dernières années. Mais, là, en pleine pandémie, (un crise qui ne sera pas la dernière), arrive en Juillet une amende de 35,5 millions d’euros de la part de l’Etat, la Direction de la Concurrence. On peut dire que le moment était bien choisi et bon pour le moral de tous les coopérants, le confinement et ses conséquences étaient sans doute inconnues des rédacteurs, mais, surtout l’insistance de l’accusation pour s’appuyer sur un document considéré comme un faux par la Coopérative indigne l’Armorique. La vue éventuelle au large de quelques moulins à plusieurs milliards n’aideront pas le Bretons.

Ce ne sont, hélas que quelques exemples du massacre environnemental, industriel, social du centre-nord de la Bretagne autour du Département des Cotes d’Armor, il y aussi à Lamballe l’entreprise de véhicules blindés Centigon cédée aux Chinois il y a quelques années et délaissée par ceux-ci, il y a le Brexit qui inquiète le secteur de la pêche déjà mortifié par le projet éolien, celui des moules et des huitres qui craint pour sa survie de Lézardrieux à Cancale, car les travaux d’ancrage vont être lourds et longs, il y a la société Brittany Ferries à Roscoff pénalisée par le Brexit et la Covid, il y a les anciens de l’Aéronautique de Morlaix, regroupés dans Hop dont on annonce le départ…il y a tellement d’entreprises extraordinaires avec des compétences multiples et un immense désir de travailler que l’on ne peut que regretter que beaucoup de décideurs préfèrent à un avenir entrepreneurial demander l’aumône par voix de presse pour recevoir des miettes d’un parc éolien mal situé, cher qui pénaliserait l’Armorique pour des années et qui sera une honte pour tous ceux qui l’ont accepté.

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