Entreprendre, c’est un terme qui représente à la fois les opportunités et les défis non seulement pour la jeune génération mais aussi pour les personnes d’âge moyen. C’est ce qu’estime le Professeur Dr. ZHAO Yongsheng, enseignant-chercheur en finance à l’Université internationale de Commerce et d’Economies (UIBE, University of International Business and Economics), basée à Beijing et docteur en finance à l’Université Paris 1-Panthéon Sorbonne.

Il s’occupe en même temps du Centre de Recherche sur l’Economie française de l’UIBE. A ce titre, il possède une bonne connaissance du sujet.

De plus en plus de talents en Europe choisissent la Chine pour lancer leurs set-up. Une explication possible de cette mobilité, c’est que l’Empire du milieu est aujourd’hui le nouvel eldorado : plus d’opportunités de réussite et souvent plus de retour d’investissement.

La Chine est encore un marché émergent en forte croissance

En comparaison avec le vieux continent qui est un marché plus ou moins saturé, la Chine est encore un marché émergent en forte croissance avec une grande demande en biens et services.

A cela s’ajoute le dynamisme économique de la Chine avec un taux de croissance (malgré le ralentissement par rapport à la décennie précédente) du PIB de 6,74%, 6,76% et 6,60% pendant les trois dernières années contre 2,24%, 2,16% et 1,43% en Allemagne pendant la même période. Sachant que l’Allemagne est le moteur et le meilleur « élève » de l’Union européenne, l’évolution récente de son taux de croissance a beaucoup surpris les analystes : +0,4% et -0,1% pour le premier trimestre et le second trimestre 2019. Si cette tendance négative continue dans le troisième trimestre, l’Allemagne devra officiellement déclarer sa récession économique.

La croissance chinoise, pourtant, ne suffit pas pour attirer les talents-entrepreneurs européens. Très souvent les talents eux-mêmes ne sont pas de grandes fortunes, leur ambition entrepreunariale ne pourra se concrétiser qu’avec un financement solide. Dans ce cas, le mécanisme de financement devient la condition primordiale pour assurer la réussite d’un projet.

La Chine est positionnée entre le modèle anglo-saxon et celui de l’Europe continentale

Différent des pays anglo-saxons dont l’économie est basée plutôt sur le marché (market-based economy), le modèle économique de l’Europe continentale est basé plutôt sur les banques (bank-based economy). Si une personne en Europe veut lancer son set-up, un projet d’entreprise par exemple, elle devra (si faute de capacité financière) aller voir un banquier pour solliciter un emprunt. Ce dernier lui exigera les hypothèques à son tour. Comme la plupart de talents ne sont spécialisés que dans certains domaines, ils manquent souvent de moyens de financement pour assurer l’opération d’une entreprise ou la mise en œuvre d’un projet, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi les pays européens dont la France ont du mal à retenir ces talents-entrepreneurs.

La Chine est positionnée entre le modèle anglo-saxon et celui de l’Europe continentale, autrement dit l’économie de la Chine est basée à la fois sur le marché et les banques (market & bank-based economy) tout en combinant ces deux modèles économiques occidentaux. Bref, si vous avez un bon projet et vous savez convaincre, vous n’aurez pas de soucis pour trouver le financement en Chine. Du côté du « marché », les acteurs du Capital Risque ou Capital Innovation (VC, Venture Capital) et les nombreux investisseurs privés sont toujours à la recherche de bons projets. Du côté des « banques », les entrepreneurs peuvent solliciter le soutien du gouvernement (gouvernements central et locaux selon le projet) et des institutions du secteur public. Dans le cas des « banques », le demandeur principal doit avoir la nationalité chinoise selon la législation chinoise.  

Fiscalement parlant, la Chine proche des pays anglo-saxons

Après la facilité de financement, c’est la charge fiscale qui est aussi liée au modèle économique. D’une part, les pays d’Europe continentale taxent plus les entreprises par rapport aux pays anglo-saxons. D’autre part, les pays continentaux font cotiser plus les entreprises pour leurs employés par rapport aux pays anglo-saxons. C’est pourquoi même les entreprises transnationales ont tendance à délocaliser leur siège du continent vers l’extérieur. Fiscalement parlant, la Chine proche des pays anglo-saxons garde encore un avantage compétitif dans l’introduction des entreprises ou des talents qui veulent entreprendre.  

Après les impôts, c’est le marché du travail, plus précisément, c’est la rigidité du marché du travail qui compte dans le choix des talents-entrepreneurs. Comme les impôts, le marché de l’emploi est aussi lié au modèle économique. Les pays continentaux ont établi un système d’embauche plus rigide que les pays anglo-saxons. Surtout dans les pays tel que la France, la forme du contrat CDI accorde plus de garanties aux employés tout en décourageant les employeurs à recruter surtout quand la situation économique est morose. Cette rigidité du marché de travail décourage aussi les talents à créer leurs entreprises. Par rapport aux pays européens continentaux, la Chine dispose d’un marché de travail relativement souple, beaucoup moins rigide que la France par exemple.  

Un environnement favorable au business

En fait, ce qui attire les talents-entrepreneurs, c’est l’ensemble de l’environnement entreprenarial. Ce qu’on vient de voir ci-dessus – la croissance économique, le financement d’entreprise, la charge fiscale et la rigidité du marché de travail sont quatre variables essentielles dans cet ensemble. En outre, il y a d’autres variables telles que l’efficacité des procédures administratives, l’influence des syndicats, les transports (routier, fluvial, ferroviaire et aérien), les infrastructures, la législation, la gouvernance et le taux de digitalisation etc.

Par ailleurs, les talents attirés par la Chine pour y entreprendre incluent en fait, non seulement les talents de nationalités européennes mais aussi ceux de nationalité chinoise. Au début, ces deux catégories de talents défrichent séparément leur sentier d’entreprenariat en Chine.

Cependant, au fil du temps, ils ont tendance à entreprendre ensemble en Chine tout en valorisant leurs propres avantages concurrentiels. Ces deux catégories de talents deviennent par exemple, des partenaires dans la réalisation d’un projet ou la création d’une entreprise en Chine, bénéficiant des politiques de soutien gouvernemental. Et cette nouvelle forme gagnant-gagnant va aider les talents-entrepreneurs européens et chinois en Europe à se valoriser dans l’environnement entrepreneurial émergent en Chine.  

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