A female in the act of shoplifting or stealing puts an item under her clothes

Ils ont presque inventé un métier à eux tout seuls. Après avoir passé 17 années dans un groupe américain spécialisé dans la télésurveillance, la vidéo-surveillance et le contrôle d’accès, Patrick Lascar et Mikael Choucroun lancent Lease Protect France en 2009 en se positionnant sur une niche de marché : « la lutte contre la démarque inconnue ». Le succès ne s’est pas fait attendre.

Pourquoi avoir pris le risque de quitter le Groupe Tyco ?

Patrick Lascar : Durant les dernières années, j’ai eu à conduire pas moins de neuf plans sociaux au sein du Groupe Tyco. Il m’était devenu assez insupportable de gagner très confortablement ma vie tout en annonçant aux salariés croisés au détour d’un couloir que nous allions licencier 200 ou 300 personnes. Nous aspirions à autre chose et nous avions envie d’une vraie aventure humaine, et de créer quelque chose de différenciant de nos propres mains.

Votre succès tient-il au fait que vous redonniez de la rentabilité à vos clients ?

Nos solutions permettent à nos clients de récupérer de la marge et d’être en capacité de mesurer le ROI (retour sur investissement, ndlr) sur chaque magasin ou sur une période définie grâce à de multiples indicateurs. Nous avons par exemple la possibilité d’intégrer des données météorologiques dans ces indicateurs. Les professionnels peuvent ainsi mesurer les fluctuations de fréquentation en fonction du temps et adapter le nombre de ressources humaines nécessaires en fonction des tendances observées. Il est beaucoup plus parlant et fiable de mesurer ces indicateurs sur le plan statistique. Concernant la vidéosurveillance, nous avons également la capacité d’aller au-delà de la simple installation d’une caméra permettant d’observer ce qui se passe dans un établissement.

Nous avons lancé une solution qui permet 6 mois après l’installation de caméras de restituer ce qui se passe dans un magasin. Nous sommes partis de constats simples : la dissuasion ne dure qu’un temps car le système se banalise, les utilisateurs n’ont ni le temps, ni la pratique pour analyser efficacement les vidéos. Les logiciels de base ne sont pas adaptés et le système vidé n’est finalement utilisé qu’à 40% de ses capacités. Nous donnons donc une nouvelle vision aux caméras en produisant des supports d’amélioration de la performance.

Si un professionnel souhaite s’assurer que les consignes d’ ouverture et de fermeture sont bien respectées ou que les issues de secours sont bien libres dans ces différents magasins, nous sommes en capacité de lui restituer un audit sur ces sujets précis. Nous restituons tout ce qu’il est impossible de voir. Nous sommes donc capables de simplifier la vie de l’utilisateur d’un système de vidéosurveillance en apportant un précieux outil de pilotage sur de multiples aspects. C’est précisément sur cette partie services que nous apportons une forte valeur ajoutée.

Quels types d’acteurs vous ont soutenu ?

Nous avons été approchés en 2013 par un fonds d’investissement qui nous a convaincu que nous gagnerions en visibilité et en reconnaissance en nous adossant à eux. Nous avions les moyens de nous développer seuls mais nous avons finalement décidé de faire rentrer le fonds d’investissement Nextstage AM au capital en 2014. L’opération fut créatrice de valeur pour le groupe, elle nous a permis de mener une opération de croissance externe deux ans après. Fortement sollicités par nos clients afin de nous occuper de grandes chaines de magasins, nous ne disposions pas forcément du savoir-faire requis.

Nous avons donc fait l’acquisition en 2016 d’Adamis Technologies, une entreprise très bien positionnée sur ce marché. Aujourd’hui, nous intervenons en tant qu’intégrateur de solution sur le marché de la « démarque inconnue » et nous sommes devenus le premier acteur dans la lutte contre la « démarque inconnue » en France.
De plus, nous venons de réaliser début 2019 un LBO avec un nouveau partenaire financier, Andera Partners, afin de mener à bien notre nouveau cycle de développement.

Quelles sont les principales technologies que vous avez développées ?

Nous sommes focalisés sur deux technologies que nous pouvons coupler : les portiques antivol installés à la sortie des magasins et les caméras de surveillance. Il est ainsi possible de programmer le système pour que dès qu’une antenne sonne, un enregistrement de ce qui se passe au niveau de la sortie du magasin se déclenche. Nous avons été encore plus loin dans notre démarche en travaillant avec un fournisseur qui intègre un système de comptage de passage dans nos antennes, conformément à un cahier des charges très précis.

Cette solution nous permet d’adresser les directions marketing de chaines de magasins qui peuvent ainsi mesurer les entrées et les sorties en comparaison des tickets de caisse afin d’évaluer le nombre de personnes qui ont acheté sur le nombre de personnes total ayant fréquenté le magasin. Ce système de comptage permet également de mesurer les effets des campagnes de publicité radio ou télé sur la fréquentation des magasins, ou d’évaluer les effets produits par un changement de vitrine sur le nombre de personnes venant dans le magasin.

Quid de la place de l’IA dans votre métier ?

Nous travaillons de concert avec la CNIL afin de développer la reconnaissance faciale sans enregistrer ou nommer les personnes « tagées ». Lorsque notre abonné identifie une personne qui a volé des produits, il peut programmer une alerte sans nomination ou archivage de nom, qui se déclenche lorsque celle-ci pénètre dans l’espace de ventes concerné. Nous offrons donc la possibilité d’être proactif dans la surveillance des établissements. L’IA va remplacer pour partie les tâches incombant à un collaborateur qui pourra se concentrer sur des actions plus intéressantes et à plus forte valeur ajoutée. La principale évolution dans l’intelligence artificielle reste aujourd’hui la reconnaissance faciale et l’analyse des comportements.

Propos recueillis par Isabelle Jouanneau