Tribune. A la faveur de la crise sanitaire et économique, le patriotisme économique devient à nouveau la règle du jeu. Comme les Etats-Unis, la Chine ou la Russie le font, la France doit assumer sans complexe de favoriser ses propres entreprises. Un changement d’approche qu’a bien compris le groupe France Télévisions, qui va injecter quelque 20 millions d’euros supplémentaires dans la création audiovisuelle tricolore. Cette préférence accordée aux productions nationales a par ailleurs le mérite de servir notre soft power, mettant en avant la french touch et irradiant sur l’ensemble de nos industries.

Et si les crises sanitaire et économique liées à la pandémie de Covid-19 signaient le grand retour du patriotisme économique ? A en croire Emmanuel Macron, « déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie (…) à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire (…) une France, une Europe souveraines, (..) qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens », a déclaré le président de la République lors de son adresse aux Français du 12 mars. « Il nous faudra rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française et plus d’autonomie stratégique pour notre Europe », confirmait le chef de l’Etat lors d’une nouvelle allocution, le 16 avril.

Abandonner à ces pays l’apanage du protectionnisme revient à nous tirer une balle dans le pied

Si le patriotisme économique n’est plus un gros mot, encore faut-il s’entendre sur ce que ce nouveau mot d’ordre signifie. Comme Emmanuel Macron l’a concédé lors de ses discours aux Français, c’est à un véritable changement de paradigme que nous devons, collectivement, nous astreindre : l’obligation de se doter de fonds nationaux privés dans certains secteurs, le renforcement des droits de douane pour les entreprises étrangères ou les commandes publiques d’ampleur semblent aller à l’encontre de notre conception de l’économie de marché, battre en brèche la sacro-sainte concurrence libre et non faussée si chère aux eurocrates.

L’heure n’est pourtant plus à la naïveté, encore moins aux positionnements idéologiques : les grandes puissances que sont les Etats-Unis, la Chine ou encore la Russie ont, depuis longtemps, abandonné tout scrupule en la matière, et bien compris l’importance stratégique de favoriser leurs propres entreprises au détriment de leurs concurrentes étrangères. Abandonner à ces pays l’apanage du protectionnisme revient à nous tirer une balle dans le pied. Au contraire, imitons-les, en ciblant les investissements vers les secteurs d’avenir, pour créer nos propres champions mondiaux du digital, et des nouvelles technologies, des super mastodontes à même de faire rayonner le savoir-faire et l’excellence à la française au-delà de nos frontières.

France Télévisions montre l’exemple

Miser sur les start-up et géants de la Tech est primordial ; mais n’ayons pas peur d’élargir nos horizons. Ce nouveau patriotisme économique doit s’étendre à l’ensemble des secteurs d’activité. Et pleinement intégrer, par exemple, le domaine culturel, trop souvent relégué à la dernière place des priorités stratégiques. Un soutien qui peut se manifester par le financement de productions audiovisuelles tricolores, la crise sanitaire ayant, selon Delphine Ernotte, la patronne du groupe France Télévisions, « laminé la production culturelle européenne (tout en) renforçant la puissance des GAFA ». « Le combat (…) pour la souveraineté culturelle de l’Europe est encore plus d’actualité », estime encore la PDG de l’audiovisuel public français, qui « milite pour un renforcement des alliances passées avec nos partenaires publics allemand et italien ».

Mme Ernotte a également décidé de financer une « programmation exceptionnelle » afin de soutenir les festivals et manifestations annulées en raison de la crise sanitaire. Surtout, France Télévisions portera, d’ici à la fin de l’année, à 20 millions d’euros supplémentaires ses investissements dans la création culturelle hexagonale – un coup de pouce bienvenu en ces temps difficiles pour le secteur, et la démonstration, par les actes, qu’il est possible de favoriser la création française et de contrer l’hégémonie des plateformes américaines comme Netflix. Ce type d’aide permet de renforcer le rayonnement de notre cinéma sur le marché national, mais aussi international. Surtout quand on sait que, pour la sociologue Monique Dagnaud, le cinéma, comme la culture en général, a « à voir avec des intérêts politiques externes : exister, sur un mode ‘glamour’, dans la constellation des nations », constituant en cela l’un des bras armés du soft power. De quoi, par effet d’entrainement, « irradier sur toutes les autres activités économiques du pays : le luxe, le tourisme, etc. »

L’aide salutaire apportée à la French Tech

Il faut aussi saluer le volontarisme de l’Etat, qui vient (encore) de débloquer 1,2 milliard d’euros supplémentaires pour financer les pépites de la French Tech, une aide en grande partie financée par le programme d’investissement d’avenir (PIA), pour contrer les tentatives de rachats par les géants chinois ou américains. Un volontarisme assumé par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire qui, face à « une crise économie sans précédent depuis 1929 », estime que la France a « plus que jamais (…) besoin de patriotisme économique (qui) vaut du chef d’entreprise au salarié en passant par chaque citoyen ».

L’Europe manque d’un Google, Baidu ou Yandex, ces gros moteurs de recherche qui sont devenus avec le temps de superpuissances de la Tech. L’Union européenne a vocation à favoriser la création d’un moteur de recherche vraiment populaire, qui serait un véritable concurrent de ces géants d’Internet, à même de renforcer notre soft power.

Par Euryale Chatelard, directrice générale d’Ecritel Russie, fondatrice d’Opal-Agency et fondatrice de Trianon Startups

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