Le premier semestre 2021 verra l’attribution d’importants appels d’offres dans le secteur de la billettique, en particulier en Île-de-France. Face à la concurrence étrangère, et notamment américaine, un certain nombre d’entreprises françaises se positionnent. Alors que la France s’attend à une onde de choc économique sans précédent dans le contexte de la crise sanitaire, les décideurs publics feront-ils le choix de défendre les entreprises tricolores ?

En Île-de-France, les enjeux d’un marché hautement concurrentiel

En 2019, on estimait que le taux de croissance annuel du secteur de la billettique intelligente devait attendre 14,5% sur la période 2017-2022. La billettique, qui permet d’automatiser la gestion des titres de transport, est au cœur des nouveaux usages de mobilité et du concept de MaaS (Mobility as a Service). Elle bénéficie au voyageur, lui permettant une gestion dématérialisée de ses titres de transport tout en favorisant l’intermodalité, mais aussi aux gestionnaires de transport en optimisant l’efficacité des transports collectifs.

En Île-de-France en particulier, les chiffres témoignent de l’importance de ce secteur. Chaque jour, ce sont 9,4 millions de déplacements qui ont lieu dans la première région de France. Le vaste programme de dématérialisation des titres de transports franciliens est ainsi estimé à 400 millions d’euros. Au premier semestre 2021, d’importants appels d’offres vont être attribués, au premier rang desquels figure le marché pour les équipements et systèmes billettiques de l’ensemble des lignes du Grand Paris Express. L’enjeu est de taille : il s’agira pour l’entreprise désignée de développer passages de contrôles, valideurs de titres, mais aussi distributeurs et bornes de recharge, autant d’équipements nécessaires pour contrôler les flux attendus et permettre vente et recharge de produits billettiques dématérialisés.

Des entreprises françaises sont positionnées pour l’attribution de ces marchés, mais la concurrence étrangère est rude dans le secteur des ITS (Systèmes de Transports Intelligents). En décembre 2018, le groupe d’entreprises Atos, Wordline et Conduent avait ainsi remporté l’appel d’offres d’Île-de-France Mobilités pour la construction du système informatique de la billetterie des transports franciliens. Un contrat à 60 millions d’euros sur neuf ans. Pourtant, la France ne manque pas d’acteurs qui pourraient convaincre dans le cadre de l’attribution de futurs marchés. Thalès en particulier justifie de nombreuses références à l’international. L’entreprise a ainsi déjà déployé sa solution de billettique au Danemark, en Australie, en Inde, aux Émirats arabes unis…

Mais Thalès s’occupe aussi de la billettique du réseau de transport urbain à Bordeaux et, implantée à Brétigny-sur-Orge, pourrait bénéficier de l’appui de la présidente de région Valérie Pécresse, l’Essonne ayant basculé à droite lors des dernières régionales. Autre acteur historique du secteur, Flowbird équipe de nombreux réseaux en France, au Royaume-Uni, en Australie… et est implanté à Paris et Besançon.

L’Etat et la région s’allieront-ils pour défendre la billettique française ?

Dans ce contexte de concurrence accrue qui voit de nombreux appels d’offres remportés par des entreprises étrangères, les pouvoirs publics soutiendront-ils les entreprises françaises ? L’État, autorité de tutelle de la Société du Grand Paris (SGP), de la RATP et de la SNCF ne devrait pas rester inerte, au vu des déclarations de Bruno Le Maire, le 11 janvier au micro de France Inter : « Le plus difficile est devant nous, dans les semaines qui viennent le choc va être important sur l’emploi, sur les entreprises, ce qui va nous amener à continuer à protéger l’économie. Mais je suis convaincu que dans le deuxième temps de l’année 2021, l’économie française rebondira fort ». Voilà qui est clair pour celui qui n’hésitait pas, il y a quelques mois, à fustiger les pratiques « inacceptables » de l’américain Amazon.

Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance affiche régulièrement sa volonté de défendre les entreprises françaises face à la concurrence étrangère. Bien que les appels d’offres soient ouverts à l’international dans le cadre du Code des marchés publics, il est possible que ce dernier, comme la présidente de la région, par ailleurs membre du conseil de surveillance de la Société du Grand Paris, se montrent attentifs aux arguments des entreprises françaises dans cette course aux marchés billettiques. Les élections régionales approchant, la nécessaire conciliation de la réinvention des mobilités et du maintien de l’emploi en Île-de-France pourrait bien faire de l’émergence d’une filière française de la billettique un enjeu de campagne. A un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, l’État et la région mettront-ils leurs divergences de côté, au service de la défense des intérêts français et de la filière française de la billettique ?

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