Photos Antoine Bordier

Comment définir ce serial-entrepreneur ? De la lunette, au rugby, en passant par le vin, cet amoureux du terroir contemple, du haut de sa colline d’Oraàs, les Pyrénées qui s’étalent plein sud. C’est, d’abord, son père, Thierry, qui l’a initié à sa prometteuse passion. Au milieu de ses vignes, il nous raconte son histoire gourmande au cœur de son domaine viticole.

Alexandre nous reçoit en cette fin de journée du mois d’avril sur sa colline « perdue au milieu du Pays Basque, du Béarn et des Landes, entre Salies et Sauveterre-de-Béarn. » Il y a plus de 50 ans, son père, Thierry, tombe sous le charme de la colline d’Oraàs durant son enfance. En 1971, il rachète, pour commencer, une ruine entourée de quelques lopins de terre. Puis, il construit et s’agrandit, au-fur-et-à-mesure de ses allers-retours entre Paris et cette colline. Le domaine viticole sort, finalement, de terre en 2003. Le Mont d’Oraàs s’étend, aujourd’hui, sur 5 ha. Autour d’Alexandre, des collines verdoyantes à perte de vue. Les toits bruns des fermes alentours se distinguent au milieu des bois et des vergers. Les Pyrénées sont sa ligne d’horizon. Le chai a été construit à mi-hauteur de sa colline, et, tout en haut se trouve la maison familiale, avec son petit lac, et, ses ânes. Ce qui frappe à l’arrivée, c’est ce grand portail grand ouvert qui invite à la découverte. De grandes haies au feuillage rouge délimitent le domaine et donnent le ton de la coloration du fruit local. A côté du chai se trouve une sculpture d’un artiste Burkinabé, qui représente une grappe avec les outils propres au métier.

La balade démarre à pied, au milieu de ses vignes. « Mon père s’est fait plaisir en plantant dans un premier temps 1 ha de vignes, puis 2, puis 3, 4 et maintenant 5. » Le domaine est situé à 160 mètres d’altitude, il forme comme une couronne qui entoure la maison familiale. « Nous avons produit notre premier vin en 2006, à la 3è feuille. A l’époque, nous avions planté 1,6 ha de vigne. Et, ce n’était pas, encore, une réussite », ajoute-t-il en souriant. En 2007, son père embauche son premier salarié, en la personne de Laurent Daviaud. Alexandre frappe, également, à la porte des plus grands œnologues, comme Michel Rolland. Ce-dernier le met en relation avec l’un de ses élèves-œnologues : Christophe Larrouquis. Depuis 2021, pour donner une nouvelle impulsion-mutation à son vin, il demande à Matthieu Cosse de les rejoindre.

Une histoire de famille d’entrepreneurs

« Qualis pater, talis filius », ou « tel père, tel fils », dit le fameux dicton. Côté père, Thierry est un entrepreneur aux multiples facettes. Son fils lui ressemble d’abord physiquement. Puis, il a hérité de ses gènes de business man. Il parle, d’ailleurs, de son père avec une simplicité touchante et un profond respect, comme s’il y avait eu une filiation avec un F majuscule entre-eux. Il en parle comme s’il était toujours présent à ses côtés, à arpenter ses terres généreuses. Entrepreneur dans le secteur de l’édition, dans les années 70, son père est un vendeur hors-pair. Il lance sa propre maison à Paris, dans le secteur très étroit de l’information commerciale. Il en fait un véritable groupe de presse. Le nom ? Editialis, qui est pionnier parmi les revues qui feront sa fortune et celle de ses partenaires, comme Action Commerciale, Carrière Commerciale et Marketing magazine. Alexandre reste discret sur la réussite de son père. Au sommet de sa réussite, sa maison d’édition dépassera les 10 M€ de chiffre d’affaires. Touche-à-tout, il investit dans le vin en 2003, et, plante ses premiers ceps de vigne. 7 ans plus tard, en 2010, il délaisse son domaine pour racheter une très vieille marque qui tente à disparaître. « Un jour où mon père a pris sa retraite ici, des copains viennent le voir pour lui dire : “la fabrique de cigares français à Navarrenx est à reprendre au tribunal de commerce de Pau, en liquidation”. » Ni une, ni deux, Thierry reprend la seule manufacture de cigares de France. Mais, il oublie son vignoble. Une passion semble avoir chassé l’autre. Conséquence, sa production de 20 à 25 000 de bouteilles par an ne se vend presque plus. « Nous en vendions 3 à 4 000 », se souvient le fils aîné. Nous sommes en 2010, c’est à ce moment-là que le fils aîné décide de s’investir davantage.

Côté fils, donc, opticien diplômé, Alexandre gère dans les années 2000, plusieurs magasins d’optique à Bergerac où il vit. Il ouvre des franchises. « J’ai développé la franchise Afflelou pendant une dizaine d’années dans le grand sud-ouest. » En 2016, aux obsèques de son père, il discute avec ses proches et ses amis de l’avenir du domaine. « Avec mon jeune frère Mikhaïl, nous en discutons. Et, avec ma femme, qui est, aussi, opticienne et qui travaille avec moi, je lui dis que je compte reprendre le domaine. Nous sommes sur la même longueur d’ondes. Opérationnellement, pour la reprise, j’avais besoin de l’appui de Laurent, qui s’occupait de tout. Il a toujours répondu présent. » Dans son carquois de passions, Alexandre va en ajouter une troisième : celle du rugby. Depuis 2014, il est devenu président du Club de Rugby de Bergerac. Il en est, aujourd’hui, à son 4è mandat. Entre la lunette, le vin et le rugby, le mariage des courbes, du ballon ovale et des grappes deviennent idylliques. Surtout quand la réussite pointe le bout de son nez.

Une marqué est née : ADN 64

« La passion, la patience et le travail sont les maîtres mots à vivre de près si l’on veut réussir comme néophyte dans le secteur du vin. », prévient Alexandre. Les échecs, il les a connus. Il a su, également, s’entourer et gravir les marches du succès et atteindre ses objectifs. Mais, au départ, avec 80 000 bouteilles en stock, Alexandre a commencé vraiment à s’inquiéter. Avec Laurent, son seul salarié, il n’a qu’une idée en tête : vendre son stock, et repartir sur de bonnes bases. Il arrive à ses fins, et, commence alors à entrevoir l’avenir. Son nouveau leitmotiv : marier l’innovation, le marketing et la qualité. « Nous avons innové en changeant d’habillage. Nous passons d’une bouteille bordelaise à une bouteille bourguignonne. Nous changeons, aussi, la typicité du vin. Mon père aimait surtout les Bordeaux. » Puis, Alexandre recherche de nouveaux hommes clefs, comme un consultant commercial. C’est son point faible : la vente. Entrepreneur dans l’âme, il devient, vite, un surdoué de la communication, du marketing et de la vente du précieux liquide. « Nous avons fait le pari de lancer une nouvelle marque de vin : ADN 64. Nous achetons des vins pour les assembler et créer cette gamme. Les vins de notre domaine sont, ensuite, proposés dans une gamme supérieure. L’année dernière nous sommes parvenus à vendre 60 000 bouteilles. Et, cette année nous sommes sur une base de 100 000. » ADN 64 est un succès, qui en appelle d’autres. Avec cette nouvelle gamme de négoce, toutes les robes de vin sont proposées. Les vins du domaine Mont d’Oraàs restant sur leur belle robe rouge. Côté chiffre, les revenus annuels avoisineraient les 500 K€.

Un domaine bio et une pratique d’orfèvre

Après trois années de travail pour obtenir la certification bio, le Mont d’Oraàs sera certifié cette année. « Nous allons vers la biodynamie, c’est-à-dire que nous souhaitons revenir vers les méthodes, les solutions de nos ancêtres, qui attachaient une grande importance à leur environnement, à la nature, aux effets de la lune, etc. Nous éliminons tout ce qui n’est pas naturel, comme le cuivre. A la place, nous mettons de la purée d’orties, etc. » C’est certain, Alexandre veut faire des grands vins. Il veut être au plus près des richesses naturelles du terroir béarnais et des pratiques ancestrales. Dans la pratique, chaque pied est, ainsi, soigné à part entière, un par un. Il ne porte que 6 à 8 bourgeons. La vendange est manuelle lors de sa période de maturité. Dans le chai, après la vendange, grain après grain, le raisin est presque ausculté pour éviter tout grain altéré. Ensuite, il est conduit dans les cuves par un système de gravitation. Pour finir, des petites cuves de 20, 30, et 40 hectolitres reçoivent le célèbre fruit pour la vinification, parcelle par parcelle et cépage par cépage. Un chai à barriques à température (de 14°C) donne au précieux liquide ses lettres de noblesses. Ce soin d’orfèvre a transformé le Mont d’Oraàs en un domaine unique au sein du terroir béarnais. Il est, d’ailleurs, unique.

« Quand je dis que je suis un homme de projets, que j’arrache une parcelle pour y planter du blanc, je me pose quand même beaucoup de questions. Bientôt, nous allons planter en tout un hectare de blanc. Et, nous allons replanter du rouge », ajoute Alexandre en indiquant d’un geste la parcelle en question.

Un vin blanc haut-de-gamme ?

Dans ce pays qui n’est pas connu pour la vigne, le jeune vigneron se lance de nouveaux défis, de nouveaux challenges. Il veut produire du vin blanc haut-de-gamme. C’est son obsession. Son rouge est, déjà, monté en gamme, avec, notamment, sa cuvée Villa Bys. Il a, aussi, d’autres cuvées comme la cuvée Hountas et Les Cluques, qui est un véritable clin d’œil à sa profession d’opticien. « Avec nos vins, nous voulons produire des émotions. Et, nous travaillons sur la durée et la très grande qualité. La réussite sera d’autant plus au rendez-vous que nous aurons su nous différencier, et, présenter nos vins béarnais. »

Plus loin, en redescendant vers le chai, Alexandre montre des travaux de drainage. « Il y a toujours des travaux à faire, car nous sommes un pays de sources. L’eau est un avantage si on arrive à la canaliser. Nous drainons car nous devons éviter toute stagnation. » Il montre les galets, qui font la richesse du terroir. Ils sont présents depuis des centaines de milliers d’année. Fondamentalement, le terroir du Mont d’Oraàs est resté quasiment intact. Cette alternance de couvert végétal, de galets et de terre donne toute sa particularité au terroir.

L’œnotourisme en question

Des clients viennent d’arriver au chai. Alexandre les rejoint au pas de course. Ces clients d’un jour ont fait le déplacement depuis la région parisienne. Ils sont, actuellement, en vacances dans la région. Se pose, alors, la question de l’œnotourisme. Existe-t-il ?

Il n’est pas encore à l’ordre du jour, car il y a très peu de vignobles dans la région.

On le comprend, Alexandre Frontère, avec ses 3 vies, a bien pris le relais de son père. Très organisé, il arrive à tenir l’ensemble de ses activités en partageant son temps chez Benocle, la nouvelle marque qu’il a créée avec son épouse, à la suite de leur départ de l’enseigne Afflelou. Puis, vient le temps du rugby, et, enfin, celui du vin. « Je viens travailler au domaine 3 jours toutes les 2 semaines », explique-t-il.

A son agenda, sa priorité est la plantation de son fameux vin blanc !

Reportage réalisé par Antoine BORDIER

   

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