Alors que la 5G défraie la chronique en France et que son déploiement est retardé en Europe, la Chine place ses pions et envisage de couvrir les 300 plus grandes villes du pays d’ici la fin de l’année. La Finlande, quant à elle, a déjà déployée cette technologie sur son territoire. Hatem Oueslati, président et cofondateur de IoTerop, une start-up qui fournit des solutions sécurisées pour la gestion à distance des objets connectés, nous en dit plus sur les opportunités offertes par la 5G.

Comment définir la 5G ?

La 5G est connue sous l’axe de ses bénéfices en termes de performance, mais nous oublions qu’elle permettra le déploiement massif d’objets connectés pour une ville plus intelligente ou pour des transports vertueux. Autant de nouvelles perspectives qui changeront radicalement notre quotidien ! Cette révolution, nous la devons aux grands opérateurs qui mettent en œuvre des réseaux cellulaires 5G dédiés à l’internet des objets. Parmi eux, le Narrow Band IoT ou NB-IoT, un réseau bas débit qui se différencie des 2G/3G/4G par sa capacité à demander très peu d’énergie et de pouvoir pénétrer dans les bâtiments et ainsi atteindre des objets derrière des murs épais ou en sous-sol.

D’après ABI Research, le déploiement commercial de réseaux NB-IoT s’accroit de manière significative à travers le monde pour atteindre près d’une centaine d’opérateurs aujourd’hui. Les régions prédominantes sont à l’heure actuelle l’Europe de l’Ouest (33% des réseaux NB-IoT déployés dans le monde) et l’Asie-Pacifique (28%), avec la Chine en tête dans cette région. Le NB-IoT est donc une norme industrielle mondiale, ouverte, pérenne et évolutive, s’appuyant sur le standard 3GPP, elle bénéficie ainsi de son puissant écosystème composé d’industriels et d’opérateurs mobiles du monde entier. Les accords d’itinérance entre opérateurs permettent donc aux industriels de l’Internet des objets de déployer partout dans le monde des produits pouvant opérer sur un réseau global et interopérable. En France, SFR déploie d’ores et déjà un réseau NB-IoT sur les grandes villes françaises. Et Orange a une offre LTE-M commerciale en place sur le territoire national.

La 5G est-elle vraiment un réseau fiable et sécurisé ?

Si la sécurité des objets connectés n’était pas la priorité des constructeurs il y a quelques années, aujourd’hui ces derniers ont bien pris conscience de son importance suite à des cas de vulnérabilité. Le réseau 5G aura suffisamment de débit pour ouvrir une communication bidirectionnelle, sécurisant ainsi les échanges entre appareils de bout en bout. On va donc pouvoir aborder de la cryptologie, de l’authentification, ou encore une sécurité robuste basée sur des échanges de certificats, etc. Le tout en prévoyant des mises à jours logicielles récurrentes pour éviter les cyberattaques.

La consommation énergétique des objets sur NB-IoT est réduite au point de permettre des durées de vie de produits de l’ordre de 10 à 20 ans, comme pour des compteurs d’eau intelligents, déployés en sous-sol, capables d’envoyer un relevé de consommation, mais aussi d’alerter en cas de fuites. Mieux, NB-IoT permet de recevoir des correctifs de sécurité, là où les alternatives LoRa ou Sigfox offrent une communication bidirectionnelle insuffisante pour cet usage.

Quel rôle occupera la 5G dans des secteurs comme la cybersécurité ou les objets connectés ?

Au-delà des enjeux de connectivité, la gestion à distance et la sécurisation des échanges des objets connectés sont des considérations primordiales. Surtout lorsqu’on déploie des objets de manière massive et/ou sur des zones géographiques étendues. Ces mécanismes de sécurité ne doivent pas rester statiques. Il est impératif de pouvoir les faire évoluer car des vulnérabilités seront de toute manière découvertes au fil du temps et après déploiement. Il est donc important de pouvoir changer dynamiquement et à distance les clés de sécurité, les certificats initialement configurés en usine et de mettre en place des systèmes de mises à jour logicielles distantes.

En effet, il est trop couteux de dépêcher systématiquement un technicien sur place pour changer un paramètre, une configuration ou bien faire une mise à jour logicielle sur un appareil. Il en va de la viabilité économique de la solution déployée ! De la même manière que les standards de connectivité visent à aborder l’interopérabilité des appareils, il est essentiel de s’appuyer sur des standards de Sécurité et de Gestion à Distance (appelés Device Management en anglais) pour effectuer des opérations interopérables de gestion critique de flottes massives d’appareils.

Quels avantages concrets la 5G va-t-elle apporter aux entreprises ?

Les constructeurs et opérateurs vont pouvoir mettre en place des solutions d’objets connectés bénéficiant d’une connectivité globale (un seul produit pouvant opérer dans le monde entier), avec une consommation énergétique ultra-réduite, permettant une utilisation dans les zones les plus reculées ou à travers les murs et en sous-sol, le tout avec une qualité de service optimale et un débit bidirectionnel suffisant permettant d’aborder des usages innovants et sécurisés de bout-en-bout.

Capitaliser sur des standards ouverts, c’est aussi faire baisser les coûts de production et d’opérations à terme. En effet, le prix des puces de connectivité, pressurisé par des volumes significatifs et une concurrence importante, va considérablement diminuer (passant déjà d’un prix moyen de 9,06 dollars en 2017 à 4,04 en 2020) pour atteindre un seuil attractif (1,98 dollars prévu en 2024, d’après ABI Research) permettant ainsi aux industriels de réduire leurs coûts de production et donc de déployer à très grande échelle. Corollairement, les prix de connectivité captés par les opérateurs télécoms vont également suivre cette même tendance. Ces facteurs vont accélérer le déploiement massif d’objets connectés dans nos villes : les industriels vont déployer des solutions connectées pour les compteurs d’eau, de gaz, d’électricité, les lampadaires, les poubelles…

Quid des usages pour les particuliers ?

Nous allons assister à l’émergence de nouveaux usages qui permettront de connaitre et réduire nos consommations d’énergie, de fluidifier nos déplacements, de trouver une place de parking plus facilement, d’optimiser les flux logistiques, de contrôler les processus industriels… ABI Research estime aujourd’hui que les usages caractérisés de « Metering », typiquement les compteurs intelligents pour la télé-relève ou le pilotage à distance des consommations, représentent près de 49 % des déploiements en 2020. Près de 25 % des déploiements aujourd’hui ont utilisés pour la géolocalisation des biens et des marchandises (géolocalisation des containers dans les trains de frets, les cargos, les camions, etc…). Ce n’est qu’un début, cette progression des déploiements de solutions hyperconnectées va s’accélérer de manière significative dans les années à venir.

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