Arménie : Sona Van, poète et entrepreneure

Sona Van Photo : Antoine Bordier

De notre envoyé spécial Antoine Bordier

En Arménie, elle vient de passer plus d’un mois de dédicaces en dédicaces, d’évènements en évènements, pour son dernier ouvrage de poésie : La Fiancée Du Désert. Cette poétesse arménienne est reconnue dans le monde entier, notamment, pour son travail sur le génocide. Avant la pandémie du Covid-19, elle a bouclé un périple qui l’a mené dans une vingtaine de pays. Eclairage sur cette poétesse, qui est, aussi, une entrepreneuse dans le secteur de l’édition et qui collectionne les prix internationaux.

Elle semble venir d’un autre monde, d’une autre dimension, d’un autre temps. Au 18è Festival International du Film d’Erevan, lors de l’Abricot d’or, en ce début octobre, elle est la VIP du moment. Entourée par des femmes et quelques hommes qui « adulent » sa plume, elle ressemble à une déesse ou une fée sortie tout droit d’un conte d’Andersen. Avec sa robe des mille et une nuits, elle est la reine de la soirée. Certes, Sona Ter-Hovhannisyan, de son nom d’artiste Sona Van, n’est pas, aussi, prolixe que Christian Andersen, mais ils ont un point commun : de nombreux pays ont reconnu leur talent. Pour autant, malgré cette petite couronne qu’elle porte la plupart du temps et qui enserre ses cheveux, Sona a gardé les pieds sur terre. Ses racines, comme sa terre, sont arméniennes. Née dans les années 50 à Erevan, dans le quartier de Kievan, ses parents ont fui l’Arménie lors du génocide de 1915. « La famille de mon père venait de Van, la région du lac, qui se situe dans l’ancienne Arménie occidentale. Du côté de ma mère, nous sommes originaires de Karmyr, un village du Haut-Karabakh. » Elle a poursuivi des études médicales à la Faculté de médecine d’Erevan. Puis, en 1976, elle se marie avec Christopher. Ils quittent l’Arménie pour les Etats-Unis, et, s’installe à Los Angeles où elle vit toujours.

Sa passion pour l’écriture est venue très tôt. « J’ai commencé à écrire des petits poèmes à l’âge de 5 ans. J’ai, toujours, écris. Puis, je me suis dit qu’il fallait que je publie. Cela a bien marché. Et, ensuite, j’ai entrepris dans l’édition. »

Du secteur médical à l’édition

En arrivant à Los Angeles, elle ne peut pas travailler de suite dans le secteur médical. Elle s’occupe de ses trois enfants, et, décide de reprendre ses études. Puis, elle intègre le Kaiser Hospital, où elle collabore, pendant 15 ans, comme scientifique au sein de l’équipe qui va découvrir le premier médicament contre le SIDA. Mais son envie d’écriture la cheville au cœur. « Je me souviens que j’écrivais partout, sur des morceaux de papier, sur des feuilles, dans des carnets, et, des cahiers d’écolier. » Finalement, son premier recueil, elle le publie, il y a 30 ans, en octobre 1991. En tout, elle en écrira une dizaine. Dès 2013, elle a commencé à recevoir des prix récompensant son travail d’auteur. A l’occasion de la sortie de son dernier recueil, La Fiancée Du Désert, en 2018, elle reçoit de multiples prix internationaux. Elle est invitée dans le monde entier. « C’était incroyable, j’ai été sollicitée pendant deux ans, et, j’ai voyagé dans une vingtaine de pays. Mon recueil a été traduit dans 28 langues. C’est pour cela que je voyage beaucoup. J’ai été invitée en Allemagne, en Inde, en Afrique, en Chine, en Russie, en Georgie. J’ai reçu des prix américains, polonais, arméniens. »

 Que la lumière soit 

Avant cette consécration, en 2006, elle est devenue éditeur et a fondé le mensuel littéraire Que la lumière soit (Let There Be Light), qui est distribué exclusivement à Los Angeles. Puis, en 2013, avec son second mari, le docteur Noobar Janoian, elle édite la revue artistique, culturelle et littéraire, Narcisse, diffusée en Arménieet aux Etats-Unis. Parallèlement à cela, elle lance aussi sa chaine Narcisse TV à Los Angeles.

A Erevan, son agenda est très rempli. Elle s’occupe, aussi, de ses affaires immobilières. Car elle a investi, également, dans l’agriculture et a planté avec son mari plus de 10 000 arbres, des abricotiers, des poiriers et des pêchers. Il y a quelques jours, avec la communauté apostolique arménienne elle dispersait la moitié des cendres de son mari, décédé en 2020, dans sa propriété de Burakan, au cours d’une cérémonie religieuse. Elle est restée fidèle à sa foi. Elle repart à Los Angeles le 3 novembre, et, s’arrêtera à Paris. Après une petite semaine de repos, elle continuera l’écriture de son autobiographie. Elle reviendra dans son Arménie natale au printemps, pour admirer ses arbres en fleurs, et, répondre aux nombreuses sollicitations. Avant de quitter Erevan, elle a reçu au nom de son mari, à titre posthume, le prix Arméno-Américain du « Docteur national ».

Reportage réalisé par Antoine BORDIER, auteur, consultant et journaliste

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