Le père Mickaël Le Nezet est devenu prêtre en l’an 2000. Depuis 5 ans, il est le curé de Rochefort. Cet ancien militaire fourmille d’idées. Comme un véritable entrepreneur, il a lancé une crêperie, puis, a vécu dans une caravane, et, enfin a ouvert un café, il y a 3 ans. Reportage sur un curé atypique, « heureux », qui va à la rencontre des gens. Convivialité oblige.

Il y a 350 ans, Rochefort sortait de terre. A l’époque les visions de Colbert et de Louis XIV s’alignent pour créer la première cité navale de France. La marine nationale va rester jusqu’en 2002. Fin août de cette même année, le dernier matelot partait avec son balluchon sur le dos et son encre de marine. Dans cette cité de Charente-Maritime, au bord de l’Atlantique, où coule le fleuve du même nom, la Charente, il faut se replacer au 17è siècle pour bien comprendre la place de cette petite ville, qui n’existait pas et qui a poussé sur les marais environnants. Les deux hommes veulent y créer des chantiers maritimes pour construire la future force navale du Royaume de France. En 1660, quand démarre ce projet commun, il n’existe dans les environs qu’un château. Puis, très vite, en moins d’une décennie, la cité maritime se dessine et se construit sur 50 hectares. Naissent les chantiers de construction de navires. En tout, près de 400 navires de guerre vont sortir de ces chantiers. La Royale fait surface ! Car l’enjeu pour les deux hommes est considérable : concurrencer les marines anglaises et hollandaises. L’empire colonial français va grandir au rythme des sorties de navires.

Il y a 50 ans, en Bretagne, à Lorient, le jeune Mickaël Le Nezet naissait dans une famille où son papa, Marcel, se dit athée, et, sa maman, Annie, est catholique pratiquante. Lui, tombe amoureux, littéralement, de la Bible. « Je lisais la Parole de Dieu, je n’avais pas 10 ans. La Bible, sous la forme de BD, était mon livre de chevet. Je dévorais ça. A 12 ans, j’allais à la Messe tout seul. » Son encre de marine, c’est Dieu…mais pas que.

A 16 ans, il veut embrasser les armes, et, entre à l’école militaire de Saintes pour devenir mécanicien. L’Ecole des Arpètes existe encore de nos jours. Il s’agit de former des apprentis mécaniciens dans l’Armée de l’Air. Il va devenir électronicien sur les Mirages 2000. C’est ce qu’il va faire pendant 5 ans. Puis, ce sera l’école des sous-officiers de Rochefort, qui accueille, aussi, la base aérienne de l’armée de l’air, la BA 721. En 1989, il est invité à l’ordination d’un ancien élève qui est devenu prêtre. Là, à l’âge de 16 ans, c’est la révélation : « Dieu m’appelait à la prêtrise ».

Un engagement militaire ? Non, une vocation !

Après l’ordination, il écrit à l’évêque de l’époque, Mgr Jacques David. « Il m’a pris au sérieux. Et, j’ai commencé à cheminer, en même temps que mon engagement militaire, comme sous-officier à la base aérienne de Rochefort. Je suis considéré comme séminariste, car je suis en même temps une formation parallèle. Puis, je décide de ne pas renouveler mon contrat militaire, et, j’entre en 1995 au Séminaire. Je suis ordonné dans les arènes de Saintes, le 11 juin 2000. »

Pendant 10 ans, il vit sa vocation de prêtre à La Rochelle au service de la jeunesse, des collégiens, lycéens et étudiants. Il parle d’une jeunesse décomplexée, bien dans ses baskets et dans sa vie de foi. « Ce qui me frappait surtout chez ces jeunes, c’était leur engagement dans l’Eglise. J’en ai marié certains. Et, ils sont tous très engagés dans l’Eglise, encore aujourd’hui. » Après ces 10 années, il est nommé curé de campagne à Surgères. Là, c’est l’éveil des contrastes. Il passe de l’étendue bleu des océans, à l’étendue jaune et verte céréalière. Il passe de la jeunesse de La Rochelle, aux rencontres avec les séniors de la pauvre ruralité. Il s’occupe de 19 clochers, et, parcours la campagne, qui se désertifie au fil des ans et des kms parcourus. « Je suis passé de 300 jeunes à une cinquantaine de paroissiens autour de Surgères. » Son constat sonne comme le glas.

Entrepreneur, pour rebooster la vie paroissiale dans cette campagne de Charente-Maritime, il travaille sur plusieurs projets. Entre 2010 et 2017, il va lancer avec des religieuses La Crêperie du Curé et des Soeurs pour se rapprocher des habitants et de ses paroissiens. « L’Eglise souvent est critiquée parce qu’elle manque de convivialité et elle est loin, finalement, de ses paroissiens. Avec la crêperie, nous avons apporté aux villageois esseulés cette fraternité dont ils ont besoin. Et, cela fonctionnait bien. » Il ne s’arrête pas là. Après l’Eglise et sa crêperie au milieu du village, le père Mickaël Le Nezet lance un autre projet.

La Caravane du Curé passe…

Pendant que la crêperie du curé continuait de tourner à fond, l’idée d’une caravane qui passe une fois par mois et qui s’arrête pendant une semaine dans l’un des 19 villages de son secteur, lui trottait dans la tête. De l’idée, au projet réalisé en passant par l’action…il n’y a qu’un pas. « Je me suis acheté une caravane blanche. Je vivais dedans une fois par mois. Et, je rencontrais tous les villageois. L’Eglise s’est éloignée de ces personnes qui vivent une vraie solitude. Je passais 4 jours dans chaque village, avec l’autorisation du maire, bien entendu. C’était formidable. » Cette vie de nomade va durer deux ans. Il y fait des rencontres inédites. « Les gens étaient surpris de me voir arriver. J’ai, toujours, été très bien accueilli. Je faisais même du porte-à-porte dans le village, et, on venait, également, frapper à celle de ma caravane. »

Du lundi au jeudi, il vit dans sa caravane qui contient juste le nécessaire : un petit lit, une cafetière, des tasses, de l’eau, quelques feuillets d’information et quelques livres. « Si je n’avais pas fait cette opération Caravane, les gens n’auraient plus jamais vu un curé. Il ne s’agissait pas de venir une fois par an célébrer une Messe, mais de vivre avec eux. » Les villages défilent au gré de ses déplacements inédits : Genouillé, Saint-Georges-du-Bois, Saint-Pierre-la-Noue, etc. Ils se souvient de ce millier de visages qu’il a rencontrés. « Il ne s’agissait pas d’évangéliser stricto-sensu, mais il s’agissait de partager la vie des gens, de les connaître, et, de les aimer tout simplement. Comme le Christ qui traversait les villages. Le pape François nous dit de sortir, d’aller à la rencontre des gens. Eh bien, allons-y ! »

De la crêperie au café, en passant par la caravane

Entre 2014 et 2016, le curé de Surgères se transforment donc en missionnaire des campagnes. En tout, il aura fait 3 ou 4 fois le tour de ses 19 clochers. A chaque passage, près du tiers de la population du village lui rend visite. « Et, le soir, à la Messe, il y avait une quinzaine de personnes », se souvient-il.

En 2017, sa vie change une nouvelle fois. Il doit laisser sa caravane au garage. Il est nommé curé de Rochefort et devient vicaire épiscopal. Il quitte, alors, sa crêperie et revend, finalement, sa caravane. Il passe du village à la ville et au diocèse. « En tant que vicaire épiscopal, mon rôle est de conseiller l’évêque (NDLR : Mgr Georges Colomb) sur tous les sujets : comme les projets pastoraux, les projets diocésains, les synodes, l’accompagnement des prêtres, la gestion, etc. Je représente, également, l’évêque, car il ne peut pas être partout. J’ai, aujourd’hui, une vision plus large et plus complète de l’Eglise. » Il est, aussi, responsable de la formation permanente des prêtres et des diacres.

Avec ses nouvelles charges, le nouveau curé de Rochefort n’a plus une minute à lui. Pourtant, il fourmille toujours d’idées. Sa dernière ? Le lancement d’un café : Catholic’s Pub.

« L’idée, c’est d’aller à la rencontre d’un maximum de monde. Cette fois-ci, le pub est à l’intérieur de mon presbytère. Nous allons lancer la 3è saison à la rentrée. Nous avons commencé par des afterworks. Après le travail, les gens viennent consommer, passer un bon moment convivial et échanger. » Pour s’y rendre de la célèbre place des Demoiselles de Rochefort, il faut marcher en direction de l’Eglise Saint-Louis, prendre la rue Pierre-Loti et s’arrêter au 109 Ter.

Des stars au programme

En 2020, alors que la Covid-19 a mis entre-parenthèse la vie du café du curé, à la fin de 2019, avec son équipe de bénévoles et de jeunes, il lançait des soirées « pop ». En juillet 2019, juste avant que le virus arrive en Italie, il organise même le premier Rochefort Joy Festival. Parmi les artistes de la « pop louange », des groupes français. Au programme, il y a même du reggae chrétien. En haut de l’affiche la star québécoise Natasha St Pier, qui vient présenter son dernier disque Thérèse de Lisieux.

Nous l’avions rencontrée en septembre 2018, alors qu’elle était, déjà, en tournée pour ce disque. Elle était accompagnée de plusieurs artistes comme Grégory Turpin, à l’origine du projet, de Benjamin et Thomas Pouzin, du groupe Glorious, qui ont composé ses chansons. « Histoire d’une âme, le livre autobiographique de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, a transformé ma vie. », nous racontait Grégory. « J’ai découvert quelqu’un qui me présentait Jésus de manière simple et accessible. A l’âge de 18 ans, je suis entré au Carmel. Nous sommes très proches avec Thérèse et maintenant avec Natasha… »

Pour Benjamin Pouzin, l’expérience n’était pas aussi vive (il n’est pas entré au Carmel), mais, il connaissait bien l’histoire de Thérèse : « C’est étonnant, Thérèse, elle touche le cœur de chaque personne. Vous ne pouvez pas rester insensible. Mes parents se sont convertis dans les années 70 grâce à l’Emmanuel. Et, je baigne dans le Renouveau Charismatique depuis mon enfance. Mais, avec Thérèse s’est différent. Elle va encore plus loin. Son rayonnement est mondial. C’est incroyable pour une carmélite, qui a vécu si peu de temps et dans des conditions très simples, non ? ».

« Aimer, c’est tout donner »

Natasha St-Pier nous parlait, à son tour, de Thérèse : « Hier soir (NDLR : le 28 septembre 2018), j’étais à Lisieux et nous avons donné le coup d’envoi de cette tournée Thérèse, « Aimer c’est tout donner ». C’est une façon de remercier Thérèse et de demander sa protection. Je pense que Thérèse nous accompagne. » L’album est sorti en France en août et sortira au Canada au mois de novembre. Je vais partir début novembre pour faire le lancement. Et, si tout se passe bien, il y aura aussi une tournée en Eglise de Thérèse au Canada… »

Depuis, la star a commencé sa tournée, interrompue en 2020 par la Covid-19. Elle a aujourd’hui 41 ans. Elle a chanté son premier single à l’âge de 12 ans, et, a collaboré avec les plus grands artistes francophones, comme Pascal Obispo. Elle a été nominée et lauréate de nombreux prix internationaux. Ses disques d’or et ses disques de platine se comptent par dizaine et elle en a vendu des millions. Mais ce qui la tient la plus à cœur : c’est sa foi. Le père Mickaël, qui a été son chauffeur, l’a constaté lui-même, quand il l’a reçue en juillet 2019.

Trois ans plus tard, en 2022, pour la rentrée de septembre, il espère faire le plein avec les anciens et de nouveaux venus. La vague Covid ayant mis en 2020 le Catholic’s Pub en cale sèche. L’année 2022 risque d’être l’année du Renouveau, avec des invités surprises ! Peut-être de nouvelles stars ?

Reportage réalisé par Antoine Bordier


Copyright des photos A. Bordier, Diocèse de La Rochelle et Xavier Léoty

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