Par Jane Kochanski, Expert Cour d’appel de Paris

Dans la période post-Brexit, est-ce que la langue de Shakespeare dominera toujours au sein des institutions européennes, comme depuis l’époque Schumann ?

Avec le départ du Royaume-Uni de l’Union, la langue anglaise ne sera plus la langue de travail mais demeurera une des langues officielles et la langue dite « procédurale » de l’Union. Post-Brexit, l’anglais ne compte plus parmi les langues officielles pour 25 des 27 pays membres. En effet, seulement l’Irlande et Malte usent de la langue anglaise, soit 1% de la population européenne !

Paradoxalement, l’allemand, qui est une des trois langues principales de l’Union européenne est la première langue au sein de l’Union, utilisée par 95 millions de citoyens. Néanmoins, malgré cette dominance démographique, c’est l’anglais qui mène la danse au sein des institutions européennes. Prenons l’exemple de la Commission, qui travaille majoritairement en anglais ainsi que la banque centrale européenne au sein de laquelle l’anglais est la seule langue de pratique, l’anglais prime sur les langues française et allemande.

Or, nous remettrons tout cela en cause avec la fracture britannique post Brexit. Cela haussera également la fragilité de l’Europe, qui compte 500 millions d’habitants et domine sur un grand marché. Cependant, l’Europe n’a aucune presse autochtone ou paneuropéenne, seulement une presse régionale !

Et si nous retraçons nos pas sur les origines de cette dominance de la langue anglaise dans l’Union…

A premier abord, la langue anglaise a colonisé le pouvoir regulatoire et institutionnel à son profit et ce depuis la signature des traités fondateurs de Rome et de Maastricht. Ainsi, tous les documents édités par l’Union sont d’abord disponibles en anglais et ensuite en allemand et français. Nous pourrons aussi ajouter que 70% des documents du Conseil, du Parlement et de la Commission sont produits uniquement en anglais.

Pourquoi l’anglais et non pas le français ou l’allemand ?

Cette réponse repose sur deux axes, le premier est budgétaire et le deuxième est éducatif. Tout d’abord, concernant le poids budgétaire de l’anglais, cela représente dans l’Union 290 million euros, soit un tiers du budget « langues ».

L’enseignement privilège également l’anglais qui représente partout en Europe la première langue enseignée aux jeunes citoyens européens. 97% des élèves du secondaire apprennent l’anglais au collège et lycée. De même, dans 18 pays de l’Union Européenne, cette langue fait partie intégrante des programmes et certaines matières se font uniquement en anglais.

L’anglais sera-t-il remplacé par le français pour devenir la langue officielle de l’Union européenne ?

Il faut préciser dans ce propos que la langue française a été celle des élites durant trois siècles avant d’être remplacée par l’anglais après la victoire des anglo-américaines à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Aussi, à l’heure actuelle, c’est la langue dans laquelle s’expriment les plus grands écrivains et les hommes de l’art.

Peut-être le chemin s’ouvrira pour la primauté de la langue de Molière au sein de l’Union…

Jane Kochanski
Expert Cour d’appel de Paris

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