De notre envoyé spécial Antoine Bordier, auteur du livre : Arthur, le petit prince d’Arménie (éd. Sigest)

Elles sont 6 élèves du Groupe Scolaire René Descartes – Lac 2 de Tunis. Jeunes, pétillantes et sérieuses à la fois, elles viennent présenter au village de la Francophonie le numéro un de leur nouveau mensuel : Jeune Journal. Collégiennes et lycéennes, elles appartiennent à cette génération montante fière de sa culture, de son histoire et de ses valeurs ancestrales. Reportage sur cette journée historique où la jeunesse joue son rôle de premier plan en pleine ouverture du 18è Sommet de la Francophonie.

Le village francophone de Djerba est en ébullition. Le Parc Djerba Explore fait le plein depuis le début de la semaine, où le monde semble s’être donné rendez-vous. Non pas pour visiter la ferme aquatique du parc où les crocodiles sont rois, mais pour visiter les stands du village tunisien francophone. Sur les 88 pays francophones, une vingtaine de pays ont, déjà, dressé leur tente : l’Arménie, la Belgique, la France, la Roumanie, la République Démocratique du Congo, le Canada, le Nouveau Brunswick, le Congo Brazzaville, le Sénégal, la Mauritanie, la Grèce, l’Egypte, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, le Rwanda, la Côte d’Ivoire, la Suisse, les Emirats Arabes Unis, le Cameroun, le Québec. Le village, qui a ouvert ses portes le 13, a préparé artistiquement et culturellement la tenue du 18è Sommet de la Francophonie, dont le Jour J commence aujourd’hui.

Dans les ruelles reconstituées du village, le nom d’Emmanuel Macron est sur quelques lèvres de Tunisiens, ainsi que celui de Justin Trudeau. Emmanuel Macron est venu directement de Bali. Du G20 au 18è Sommet, de Bali à Djerba, il n’y a qu’un pas…ou presque, puisque plusieurs dizaines d’heures de vol sont nécessaires pour relier les deux îles. C’est leur seul point commun : être une île. Car Bali est 10 fois plus grande et 30 fois plus peuplée. Pour le voyage, le président Macron bénéficie d’un privilège : son vol est direct !

En ce début de journée, les nuages ont commencé à faire leur apparition au-dessus de l’île. Dans le village, à l’étage d’une superbe villa typique reconstituée avec sa façade blanche, ses boiseries de couleur bleu azuréen finement sculptées qui ressemblent à une œuvre d’art djerbienne, on retrouve les jeunes. Plus loin, le long de la rue principale, des boutiques présentent l’artisanat local. Puis, au détour d’une ruelle ombragée, des enfilades d’habitation, des cours intérieures et des houchs nous font goûter au doux art de vivre de l’île des Rêves, comme l’appelait Gustave Flaubert. A l’étage, donc, de cette villa de maître qui abrite un restaurant et un café, les jeunes ont pris place.

Jeune Journal, un jeune magazine pour…les jeunes

Baya Ben Ayed, Michelle Kouadio, Kenza Lazrak, Kenza Bouzir, Zeineb Challadia, Aycha Ben Hamouda, sontaccompagnées de Sylvain Cayrol, leur rédacteur en chef. Ces 100% jeunes filles sont fières de présenter leur journal. Pour Sylvain Cayrol, « dans ce premier numéro nous avons mis l’accent sur l’égalité entre les filles et les garçons, et sur les objectifs de développement durable. C’est notre premier numéro. C’est un mensuel. Il y aura un numéro deux : celui du mois de décembre. »

Sur le sujet de la Francophonie, elles ont un avis bien personnel. Pour Baya, la Francophonie est d’abord un message : « c’est un message où les bonnes choses sont présentes, et cela passe par la pédagogie. » Michelle développe ce qu’elle a voulu dire en parlant du « rassemblement des pays qui ont décidé de vivre les valeurs de la solidarité et de la fraternité autour de la langue française. » Kenza, elle, insiste sur le mot solidarité. Pour Zeineb, « ce qui nous réunit c’est la langue française. » Kenza Bouzir, l’aînée de cette équipe de jeunes journalistes en herbe, développe le sujet sur les questions de diversité et de racisme : « Certaines personnes qui parlent la même langue sont rejetées à cause de leur différence. La Francophonie qui rassemble des nations si différentes est un message de paix et de bonne entente cordiale, de respect des cultures. Les droits de l’homme sont très importants. Et, la Francophonie porte ces valeurs. »

Côté plume journalistique, dans les pages de leur mensuel, Baya (en 6è), écrit son article sur la coupe du monde. Elle pose la question suivante : « Mais qui aurait cru que cette coupe du monde Qatar 2022 aurait pour catastrophe 6 750 travailleurs morts dans des chantiers ? ». Elle aborde un sujet fondamental d’actualité. Michelle (en 2nde) pose son jeune regard de reporter sur l’égalité entre les hommes et les femmes. Elle remonte le fil du temps en évoquant dans son article « la 4è conférence sur l’égalité des sexes à Beijing en 1995 pour faire face aux discriminations causées par les hommes… » Aycha (en 5è) et Kenza Lazrak (en 4è) ont choisi, elles, de parler de la « vocation de médecin », en allant interviewer un médecin, qui donne son conseil aux futurs…médecins : « Méfiez-vous des mauvaises personnes, et réfléchissez toujours avant de prendre des décisions… ». De son côté, Kenza Bouzir (en 1ère) boucle cette première édition par une jolie bande-dessinée sur le féminisme, qui ressemble à un conte sur l’identité et la féminité avec le défi du genre et du wokisme en trompe l’œil. Son héroïne dit textuellement : « Oui, je suis née femme. Donc je le suis ! »

Le Groupe Scolaire René Descartes en gros titre

Le Groupe Scolaire René Descartes (GSRD) a été créé en 1993 à Tunis. Comme son nom l’indique, c’est un groupe d’établissements d’enseignement privé, homologué par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (l’AEFE). Il a été officiellement inauguré en janvier 2016, en 2019 et en juin 2021, pour ses extensions. Dans le dispositif de l’AEFE, qui compte une dizaine d’établissements en Tunisie, ces inaugurations ont revêtu une dimension importante, car elles étaient faites en présence du ministre de l’Education de l’époque (pour 2016), Néji Jalloul, et des ambassadeurs de France en Tunisie, François Gouyette (en 2016), Olivier Poivre d’Arvor (en 2019) et André Parant (en 2021). Ce-dernier était à la tête d’une importante délégation venue visiter les installations de l’établissement. Il se disait « impressionné par ces espaces pédagogiques et de vie scolaire de très haute qualité qui sont mises à disposition des lycéens et des lycéennes et de leurs enseignants ».

Avec ses 5 établissements différents, sa vingtaine de nationalités, et ses 2724 élèves, le GSRD a de quoi s’enorgueillir. Dans le paysage de l’Education nationale, il fait partie des navires de premier plan. Pour celle qui préside aux destinées du groupe, Dhouha Sellaoui, « le Groupe scolaire René Descartes a à cœur de proposer le meilleur afin que chaque enfant étudie dans des conditions optimales. »

De jeunes pousses rêveuses

Sur la question de leur avenir, de leur passion et de leur future profession, certaines des jeunes journalistes en herbe veulent se diriger vers le droit, la profession d’avocate, et faire de la politique. D’autres souhaiteraient vivre de leur art, de leur talent de dessinatrices. Des vocations de médecins se dessinent également. Et, la plume journalistique intéresse une élève qui écrit des poèmes.

Après cette rencontre avec cette jeunesse atypique, dans le village, des groupes d’autres jeunes vont et viennent. En ce samedi matin, les écoles environnantes débarquent leurs flots d’élèves alors que le ciel s’assombrit et que quelques gouttes viennent ponctuer leurs visites. Devant le site des conférences, des garçons et des filles, d’un lycée technique de Djerba viennent d’arriver. Ils font des selfies avec des personnalités de passage et demandent des autographes.

L’ambiance est bon-enfant. C’est l’heure de l’insouciance.

La rencontre Macron-Saïed et les promesses de liberté

Le président de la République de Tunisie, Kaïs Saïed, et Emmanuel Macron, se sont rencontrés aujourd’hui, dans l’après-midi, en marge du 18e Sommet de la Francophonie, qui s’est ouvert officiellement ce matin vers 11 heures. Ils ont échangé sur les travaux en cours, dans la continuité de leur dernière rencontre, de juin 2020, à l’Elysée. Emmanuel Macron avait alors déclaré : « La France et la Tunisie sont liées par une amitié indéfectible. Dans ce moment critique, j’ai indiqué au Président Kaïs Saïed qu’il pouvait compter sur notre soutien pour faire face à la pandémie et approfondir notre relation notamment dans la santé et la formation des jeunes. »

Hier, le président de la Tunisie faisait une visite surprise au village tunisien de la Francophonie, surprenant l’ensemble des participants. Il déclarait sur un sujet totalement différent mais crucial, sur la question de la liberté : « Il ne faut pas qu’il y ait une liberté de façade, il faut qu’il y ait une liberté effective. Et la liberté effective n’est pas une liberté d’expression, mais une liberté de pensée. Il faut qu’il y ait une justice, une justice réelle, il faut que les magistrats soient au rendez-vous avec l’histoire. » Y aurait-il des problèmes de liberté en Tunisie ?

Il est vrai que la question se pose, à la suite de l’interdiction pour Fadhel Abdelkefi, président du parti politique Afek Tounes, un parti socio-libéral, de voyager.  C’était il y a deux jours, avant l’ouverture du sommet.

Ce matin, les deux hommes, après une empoignade amicale, ont parlé de la coopération bilatérale entre la Tunisie et la France. Ils ont discuté de la façon de relancer la coopération franco-tunisienne et de renforcer les liens entre les pays.

L’ouverture du 18è Sommet de la Francophonie

Les travaux du 18è Sommet ont, donc, démarré ce matin, vers onze heures, au Grand Casino de Djerba, ultra-sécurisé. Seuls les journalistes accrédités par la quarantaine de gouvernements, membres de l’Organisation internationale de la Francophonie, ont pu avoir accès au site, soit moins d’une centaine de journalistes sur les 400 accrédités. Les autres sont cantonnés dans un autre hôtel, au Sun Club, qui se situe à 10 mn à pied du Grand Casino.

Une passation des pouvoirs de la présidence du Sommet entre le Président de la République Kaïs Saïed et le Premier ministre de l’Arménie (pays hôte du 17e Sommet de la Francophonie à Erevan, en octobre 2018) a eu lieu avant l’ouverture des travaux en plénière. Selon Mohamed Trabelsi, le coordinateur médiatique du Sommet, les débats de la plénière ont porté sur la coopération économique au sein de l’espace francophone, les moyens à investir pour promouvoir la langue française au sein de cet espace ainsi que sur des questions régionales et internationales. La cérémonie de clôture, qui aura lieu demain, sera marquée par l’adoption de La Déclaration de Djerba.

Reportage réalisé par Antoine BORDIER

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