Teamwork process. Business people pointing at business document during discussion at meeting.

Par Anthony Streicher, Président de l’association GSC

Tribune. L’économie française fait devenir chèvre ses statisticiens les plus aguerris. Les chiffres de levée de fonds sont incompréhensibles, les indicateurs de création de nouvelles entreprises et de défaillances sont stupéfiants. Je souhaite mettre en garde l’écosystème représentant les entreprises et les entrepreneurs dans son ensemble que s’annoncent des cygnes noirs à l’aube d’une année 2021 inédite à tous points de vue.

2020 – Folle sur la création d’entreprise. En 2020 l’INSEE signale la création de près de 850 000 entreprises. Un record incroyable et même incompréhensible d’une certaine manière lorsqu’on se retourne sur cette année de confinement de la France du travail. Aux heures les plus creuses en matière de désir d’entreprendre, avant le passage à l’an 2000, moins de 170 000 kamikazes tentaient leur chance. La majorité des créations sont des structures individuelles, en majorité des « autoentrepreneurs » (désormais désignés micro-entrepreneur).

L’acte d’entreprendre lorsqu’il est ostentatoire ne doit pas cacher le risque de voir se précariser certaines catégories sociales dite de « milieu de cordée ». Le gouvernement protège certaines sociétés et fige les pathologies qui peuvent émerger d’un excès de leurs engagements financiers. Or en ce qui concerne les travailleurs indépendants c’est un autre traitement beaucoup plus avare de traitements efficaces.

2020 – Folle sur les défaillances. Le groupe Altares – expert historique et référent de l’information sur les entreprises – dévoile ses chiffres des défaillances d’entreprises en France pour l’ensemble de l’année 2020. En baisse de près de 40 % par rapport à 2019, le nombre de défaillances est au plus bas depuis 30 ans. Thierry Millon, directeur des études Altares rappelle que 2020 restera gravée dans les annales comme l’une des plus graves crises sanitaires et économiques que le monde ait connue, faisant plonger le PIB de notre pays de 9 % en quelques mois.

Et pourtant, « seulement » 32 184 entreprises (-38,1 %) ont sollicité et obtenu l’accompagnement du tribunal de commerce ou judiciaire cette année. Des chiffres d’un autre temps puisqu’il faut remonter à 1987 pour retrouver de tels niveaux. Telle la mer se retirant au plus bas avant le déferlement d’un tsunami, je redoute la vague meurtrière en 2021. L’enjeu 2021 sera de réveiller progressivement l’économie de sorte à permettre aux entreprises viables de se développer et aux tribunaux de proposer aux entreprises fragilisées voire terrassées par le Covid la meilleure solution de sortie ou de rebond.

2020 – Folle sur les levées de Fonds. Malgré l’hallucination collective de marchés dont rien ne dit si 2021 sera annonciateur d’une renaissance de l’économie, le pragmatique du carnet de commande n’en n’est pas pour autant rassuré.

En 2020 l’AMF nous dit que 400 000 Français ont fait leurs premiers pas en bourse, les investisseurs individuels actifs à la Bourse de Paris se sont étoffés de près de 800 000 personnes. La French Tech de son côté fait figure de « Jean qui rit » face à « Jean qui pleure » plutôt cantonnée dans les agences de Pole emploi. Malgré la crise plus de 620 start-ups ont levé 5,4 milliards d’euros ; en hause de 7% sur un an en dépit du recul de 16% du nombre d’opération selon le baromètre du cabinet EY publié le 12 janvier dernier.

Les fondamentaux de l’économie sont agités par un aimant électromagnétique qui porte les lettres du COVID, et les chiffres incohérents qui sont devant nous incitent à appeler chaque entrepreneur à redoubler de prudence. En tant que créateur d’entreprise il est aujourd’hui davantage qu’hier raisonnable de se protéger contre une tempête qui peut surgir à tout moment ! Et il existe des moyens de protéger sa famille, ses revenus quand tout s’écroule. Experts-comptables, avocats, banquiers, réseaux consulaires doivent d’ailleurs marteler ce message auprès de toutes celles et ceux qui se lancent. Car, à ce « quoi qu’il en coûte » fièrement scandé par des politiques, il faudra toujours des entrepreneurs créateurs de richesses et d’emplois, et des salariés cotisants afin de nourrir la machine d’une protection sociale « à la française » que personne n’est prêt à sacrifier.

Anthony Streicher

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