Teletravail en entreprise

Par Cécile Eymard, consultante Senior chez Clémentine

Le confinement lié à la crise sanitaire du COVID-19 a mis les cadres en télétravail à marche forcée et ce pendant plusieurs semaines. A l’heure où les organisations reprennent graduellement un fonctionnement d’avant-crise, qu’en est-il du télétravail et de sa pérennisation dans les entreprises et auprès des travailleurs ?

Le télétravail, un marqueur de modernité

Jusqu’à peu, l’intégration – ou pas – du télétravail au sein des entreprises était considéré comme un marqueur de modernité. Modernité des infrastructures, permettant aux collaborateurs d’accéder aux ressources et outils en tout temps et en tout lieu, mais aussi modernité des espaces transformés en Flexoffice. Cette modernité a longtemps été l’apanage des start-ups, proposant à leurs employés des conditions de travail très flexibles, avec pour la plupart 1 à 2 jours de home office par semaine et même, pour certains profils digitaux les plus durs à attirer (tech & data), le fameux ‘full remote’ consistant à travailler intégralement de chez soi et à ne venir travailler dans les locaux que de manière marginale. Ces conditions étaient vues sur le marché comme un facteur d’attractivité mais aussi comme le marqueur d’une culture d’entreprise ancrée dans la modernité.

La crise sanitaire, un catalyseur pour un déploiement massif du télétravail

Suite à la crise sanitaire du COVID-19, une remise à plat s’est effectuée sur cette dimension – quantité d’employés ayant dû basculer en home office pendant plus de 2 mois. Cette situation extraordinaire a évidemment contribué à faire avancer d’un cran l’ensemble des entreprises françaises sur ce sujet et dans l’immense majorité des secteurs, favorisé la transition vers des politiques de télétravail plus généreuse, preuve ayant été faite du bon fonctionnement du dispositif.

Dans les entreprises évoluant dans un univers très digital, le sujet est aussi monté d’un cran. Par exemple, une grande entreprise américaine mettant à disposition plateformes et suites logicielles – qui historiquement bénéficiait déjà une politique très ouverte sur le télétravail – a demandé à ses salariés de ne pas revenir physiquement avant le mois de septembre, voire avant début 2021. Certaines start-ups ont aussi profité de l’occasion pour basculer intégralement en ‘full remote’ et rendre leurs locaux, coupant ainsi les frais fixes liés au loyer. Pour certaines ces économies sont un levier financier facilitant la traversée de la crise, mais d’autres ont aussi choisi de convertir ce montant ‘collectif’ en un ensemble de micro-budgets individualisés permettant à chaque travailleur de télétravailler à sa manière (aménagement d’intérieur, co-working, participation à la mobilité…).

La politique de home office, nouveau discriminant de la culture d’entreprise

Mais cet avènement du télétravail semble loin d’être au goût de tous et déjà pendant le confinement, les media tiraient la sonnette d’alarme sur le ‘décrochage’ des jeunes diplômés qui éprouvaient des difficultés à structurer leur activité (et leur motivation) par manque de cadre. Les entreprises sont des lieux de structuration à la fois professionnelle et sociale et pour certains, l’expérience de l’entreprise (ses codes, ses interactions, …) est tout aussi fondamentale – voire plus – que l’exécution d’une série de taches rattachées à une fiche de poste. Et au-delà d’un poste, d’un projet, n’oublions pas que 14% des couples se sont rencontrés sur le lieu de travail et que 42% des cadres ont déjà eu des relations sexuelles au bureau (Enquête IFOP et Online séduction – janvier 2018).

Ainsi, le télétravail pourrait devenir un marqueur clef de la culture d’une entreprise, favorisant une attractivité forte auprès de certaines catégories de travailleurs (plutôt senior, avec une autonomie forte et une structuration professionnelle aboutie) et pouvant agir comme repoussoir ou ‘deal breaker’ pour d’autres.

Ainsi, si le télétravail semble avoir fait un grand bond en avant grâce à la parenthèse extraordinaire du confinement, il semblerait que la formule classique, prônant l’unité de lieu, de temps et d’action ait encore de beaux jours devant elle.

Cécile Eymard, consultante Senior chez Clémentine

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