Par Catherine Detalle, associé chez Eversheds Sutherland

Tribune. La pandémie au début de l’année 2020 avait suscité beaucoup d’inquiétudes sur le marché mondial des fusions-acquisitions qui s’étaient concrétisées par un ralentissement des opérations au premier semestre 2020. Le monde des affaires s’attendait à une avalanche de liquidations et de redressements judiciaires. Il y a eu en effet une augmentation du nombre de procédures collectives mais des consolidations ont eu lieu et des rapprochements de groupes ont été réalisés en raison des difficultés financières de sociétés et groupes qui étaient déjà fragiles avant le début de la pandémie. Il n’y a donc pas eu vraiment de surprise sur cette évolution. Par ailleurs, il était attendu que les secteurs comme l’aérien, la restauration, l’hôtellerie et plus généralement le secteur des loisirs soient bien entendu fortement impactés. En revanche, le secteur du luxe a bien résisté, dans le classement Forbes des grandes fortunes Jeff Bezos a laissé la place de l’homme le plus riche du monde à Bernard Arnault.

La surprise est arrivée au deuxième semestre et en particulier au cours du dernier trimestre de l’année 2020 et au début de l’année 2021 avec un rattrapage des opérations de fusions – acquisitions et une activité très soutenue. En effet, la croissance est repartie très vite notamment dans les pays qui ont décidé de vacciner très tôt leur population comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Les Bourses ont été dopées par les politiques de soutien des banques centrales ce qui a également permis de maintenir la confiance des dirigeants d’entreprise. Les quatre premiers mois de l’année 2021 enregistrent un montant total des transactions annoncées au niveau mondial de 1 770 milliards de dollars selon les statistiques de Refinitiv. Les mois de mars et avril ont été particulièrement dynamiques : mars constitue un record mensuel absolu (548 milliards de dollars de valeur de transactions) et le mois d’avril constitue également un record (469 milliards de dollars).

Maintien des valorisations très élevées dans certains secteurs

On peut constater un phénomène de concentration dans certains secteurs comme l’audiovisuel avec TF1 et M6 et le secteur hôtelier en France avec Accor a annoncé vouloir réaliser plusieurs acquisitions.

Il est intéressant de constater que contrairement à ce qui aurait pu se produire malgré les valorisations très élevées avant la pandémie des sociétés dans le domaine des technologies comprenant les systèmes d’intelligence artificielle, systèmes de télécommunication, les fintechs et des biotechs ont été maintenues. En effet, les clivages se sont creusés dans cette euphorie des fusions-acquisitions. Comme indiqué précédemment les secteurs des loisirs, de l’aéronautique etc. ont énormément souffert mais ont été soutenus par les politiques localement, les groupes dans le domaine alimentaire ont tiré leur épingle du jeu avec les produits de base qui ont eu le vent en poupe pendant les confinements. Pour l’année à venir la croissance dans ces secteurs devrait se maintenir.

Une surprotection des secteurs sensibles ?

Il est intéressant de constater la réaction des gouvernements avec leur politique de protection des secteurs sensibles. On a remarqué une nette tendance des gouvernements à regarder de très près les cessions de pépites européennes et la qualification de secteur sensible, qui provoque dans plusieurs juridictions en cas de projets de cessions une autorisation préalable des gouvernements, a été étendue et les procédures de contrôle se sont durcies. Il faut citer ici la décision du gouvernement français qui a été très critiquée sur l’opération de rapprochement envisagée entre le groupe canadien Couche-Tard et le groupe Carrefour. Le gouvernement français a mis son veto sur le fondement de la sécurité alimentaire, Bruno Le Maire ne veut pas que la grande distribution française se vende à des étrangers. Evidemment, il sera intéressant d’observer si cette décision va créer un précédent en France dans le domaine alimentaire et si cette décision sera suivie dans d’autres juridictions européennes. Il est évident que les groupes alimentaires ont subi une forte pression pour que la production ne soit pas stoppée par la pandémie et il est remarquable de constater l’agilité avec laquelle les grands groupes dans le domaine alimentaires ont su s’adapter à une situation sanitaire inédite.

Les critères ESG devenus incontournables

Le dernier point qu’il convient d’aborder est l’accélération de la prise en compte des problématiques ESG (Environmental, Social and Governance). Ces critères ESG sont devenus incontournables dans de plus en plus d’opérations de fusions-acquisitions. En effet, les gestionnaires d’actifs rencontrent une pression importante de leurs actionnaires pour fixer des objectifs ESG. Le respect de ces critères ESG est de plus en plus souvent contrôlé au niveau des conseils d’administration ou comités exécutifs des sociétés. Ces critères font également l’objet de vérifications dans le cadre des audits réalisés par les conseils dans le cadre d’acquisitions de sociétés ou d’actifs. La question se pose alors de la valorisation de ces critères ESG dans les opérations de fusions-acquisitions, question à laquelle il est encore difficile de totalement répondre aujourd’hui.

Le bilan de cette année 2020 et du début d’année 2021 est donc assez surprenant et nous serons attentifs à la confirmation de certaines tendances sur le marché des fusions-acquisitions sur les mois à venir.

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