Qui sont les véritables profiteurs de l’inflation ?

Par Simone Wapler, lauréate du prix du livre libéral 2021, auteure de « Money, Monnaie, Monnaies » chez JDH EDITIONS.

Selon la dernière enquête de Bercy, il n’y aurait pas de « profiteurs » de l’inflation. Cette affirmation montre la méconnaissance du phénomène, discrédite Bruno Le Maire et ce gouvernement.

Le dernier rapport de l’Inspection générale des finances conclut qu’il n’y a pas de profiteurs de l’inflation malgré la hausse des prix généralisée (12% pour l’alimentation) qui s’abat sur notre pays. Les distributeurs comme les industriels ont vu leurs marges diminuer, note ce rapport.

Pour Bercy, l’inflation serait due  :

À la guerre en Ukraine,
À la reprise post-Covid,
Au réchauffement climatique,
À la flambée de l’énergie,
À la crise sanitaire animale
À la pénurie de main-d’œuvre (malgré un des taux de chômage les plus élevés des pays de l’Union européenne)

Bref, pas de chance. Une conjonction très malheureuse, vraiment.

Dans cette liste, nos fins limiers de Bercy oublient de mentionner l’inflation normative et législative qui renchérit la production de nombreux produits et services et touche des pans entiers d’activité.

Sans compter les différentes taxes sans cesse alourdies pour financer les meilleures causes bien sûr.

Mais le vice le plus important de cette étude n’est pas là.

Une confusion vicieuse

Le vice consiste à qualifier de vocable « inflation » une hausse des prix généralisée. Or ce renchérissement n’est que la conséquence – et pas la cause – de l’inflation qui est exclusivement monétaire.

« l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production »

Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976

En fait « inflation monétaire » est un pléonasme. L’inflation n’est que monétaire.

Confondre les effets et la cause est une classique erreur de logique. La Banque centrale européenne suscite depuis 2008 une gigantesque augmentation de la masse monétaire. Cette dernière a été multipliée par 4 depuis 2000, a plus que doublé depuis 2008 tandis que la production de biens et services a dans le même temps peu évolué. Depuis la crise de 2008, le PIB de la zone euro fluctue autour de 14 500 Mds[1].

La hausse des prix s’est d’abord manifestée dans les actifs financiers (obligations, actions) et l’immobilier. C’est normal car l’argent nouvellement créé à partir de rien était d’abord dévolu aux banques. Désormais, ces liquidités factices s’infiltrent dans tous les pans de l’économie à la faveur des désordres provoqués par les gouvernements interventionnistes : décarbonation et lutte contre le changement climatique, mise à l’arrêt économique pour cause de Covid, sanctions contre la Russie.

L’effet retard entre la cause – l’inflation – et la conséquence – la hausse des prix- est variable selon les secteurs. Le caractère diffus de la transmission de l’inflation a été étudié dès 1755 par Richard Cantillon qui a analysé la propagation de l’inflation dans l’Europe du XVIème siècle[2]. Tôt au tard, la conséquence finit toujours par arriver : trop de monnaie produit une hausse des prix généralisée.

Ceux qui prétendent combattre l’inflation ne combattent, en réalité, que sa conséquence, soit les prix qui montent. […] Ils essaient de maintenir les prix bas tout en poursuivant la politique d’augmenter la quantité de monnaie qui les fera inévitablement monter. Aussi longtemps que cette confusion terminologique ne sera pas dissipée, il ne peut être question de stopper l’inflation.

Luwig von Mises[3]

Comment l’inflation confisque nos gains de productivité

Les véritables profiteurs de l’inflation sont l ‘État et les collaborateurs du capitalisme de connivence qui profitent des mesures interventionnistes pour développer des activités sans aucune rentabilité.

Avec les « quoi-qu’il-en-coûte », boucliers tarifaires, chèques pour les chaudières, les panneaux solaires, le carburant, les billets de train, etc., le gouvernement tente de faire croire que ses décisions sont indolores. Il n’en est rien, tout finit par se payer.

Lorsqu’il fonctionne bien, le capitalisme est un système naturellement déflationniste qui conduit à baisser les prix. Son objectif est de produire plus avec moins de moyens.

Mécanisation, fractionnement du travail, recherche des échanges optimaux : tout est fait pour augmenter la productivité. C’est ainsi que personne de nos jours ne trouve utile et enrichissant de bêcher à la main ou d’écrire à la plume d’oie sur des parchemins, puisque machinisme et imprimerie ont rendu cela improductif.

Une baisse des prix n’est pas un drame, contrairement à ce que les étatistes et interventionnistes de tout poil prétendent. À salaire ou revenu égal, si les prix baissent, votre pouvoir d’achat augmente. Qui se plaindrait que son pouvoir d’achat augmente ?

En revanche, la baisse des prix est un drame pour les collecteurs d’impôts, les politiciens, les chasseurs de subvention et les gens endettés de façon improductive. Si les prix baissent, les recettes fiscales de l’État, largement assises sur la consommation, diminuent. C’est pour cela que les gouvernements aiment tant une « bonne petite inflation » et haïssent la déflation. Pour neutraliser la déflation, ils créent de l’inflation, un peu plus de monnaie ou de crédit, pour faire gonfler artificiellement les prix. Dit autrement : ils confisquent nos gains de productivité. Les vrais profiteurs de l’inflation sont à Bercy !

Comme je l’explique dans mon livre sur la monnaie, « Money, monnaie, monnaies ; Du sumérien au bitcoin : dettes et crises monétaires  », cette duplicité va causer une crise monétaire majeure dont l’euro ne sortira pas indemne.


[1] Le dollar reste la monnaie des comparaisons internationales.

[2] Essai sur la nature du commerce en général, publié en 1755

[3] Inflation : an Unworkable Fiscal Policy

Simone Wapler

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