Pourquoi le CDI n’attire plus autant qu’avant

Par Barbara Bourlet, chargée de recrutement de Prelys Courtage

Tribune. Depuis cinq trimestres, la DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques) observe un nombre de démissions en augmentation constante : 469.000 salariés en CDI ont démissionné au premier trimestre 2022 ; un niveau supérieur de 20% à celui de fin 2019. Malgré un poste sûr, nombreux sont les Français qui décident de tout quitter pour se lancer dans l’entreprenariat et s’orientent vers différents statuts où l’indépendance prime. L’année 2021 a été une année record en matière de création d’entreprise d’après l’INSEE : au total, 995 868 entreprises ont été créées contre 848 000 en 2020. Près de deux créations sur trois sont des micro-entrepreneurs. En parallèle, on recense plus de 2000 réseaux de franchise en France. Pourquoi ce phénomène s’installe et pourrait s’amplifier ?

Un attrait inévitable pour l’indépendance ?

Effet post-COVID ou post-Ukraine, la pression exercée sur certains métiers en particulier ceux ayant une dimension commerciale a provoqué un véritable questionnement. Les fonctions guidées par la rentabilité, la culture du chiffre à atteindre coûte que coûte a créé des collaborateurs stressés et en perte de sens où l’humain était mis de côté au même titre que l’épanouissement personnel. Ce phénomène touche notamment les métiers de la banque. En parallèle, la démocratisation du télétravail a favorisé une certaine flexibilité dans l’organisation de travail de chacun, permettant de combiner obligations personnelles et enjeux professionnels. Ces derniers mois, de nombreuses entreprises ont fait le choix de revenir à un modèle plus classique, basé sur plus de présentiel, sans pour autant comprendre que la flexibilité devait être à l’ordre du jour si les collaborateurs avaient des rendez-vous chez le médecin ou des impératifs familiaux. Cette absence de souplesse et de respect de l’équilibre entre vie privée et professionnelle peut expliquer la fuite des talents ou les difficultés à recruter y compris avec un CDI à la clé.

Des objectifs professionnels qui ont évolué

Au-delà de l’environnement et de l’organisation de travail, les salariés français ont pu ces deux dernières années s’interroger sur la carrière qu’ils voulaient mener, en termes de secteur d’activité, de métier comme de statut. En quête de sens, d’autonomie et de challenges, le salarié d’aujourd’hui n’a plus envie d’un emploi rythmé par des échanges consistant à rendre des comptes, en particulier pour les profils seniors. De plus en plus, il existe une volonté de travailler pour soi, de relever des défis et de gagner en responsabilité ; des caractéristiques qu’on peut plus facilement trouver lorsqu’on se lance en indépendant, auto-entrepreneur ou franchisé. Ce type de statuts peut intéresser différents profils : aussi bien des jeunes peu attirés par le cadre classique d’un CDI, plus habitués à la flexibilité ou des profils confirmés, en quête d’épanouissement professionnel et personnel.

Pour autant, même si la propension des statuts indépendants risque d’augmenter ces prochaines années, le CDI reste un modèle synonyme de sécurité pour de nombreux aspects de la vie comme lors d’un achat immobilier. Même s’il est possible d’emprunter en étant auto-entrepreneur, on peut imaginer que la société comme les usages évolueront vers un modèle où sa vie professionnelle sera encore plus adaptée à son rythme, ses enjeux et sa localisation.

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