Tribune. En 1301, Philippe le Bel, ayant décidé de lever des impôts sur le clergé, sans en référer au pape, Boniface VIII, celui-ci, en représailles, convoque à Rome les évêques français, pour conférer avec eux des réformes à apporter au fonctionnement du royaume de France.

Evidemment, le roi très chrétien, se considérant comme le seul représentant de Dieu, en son royaume, rejette ces prétentions mais, habilement, décide de mobiliser la nation tout entière derrière lui. Il lance donc une vaste campagne de propagande contre le pape, afin de provoquer l’indignation du peuple et réunit à Paris, une assemblée de nobles, de prélats et de bourgeois, préfiguration des Etats-Généraux, afin de leur demander leur soutien, ce qu’ils lui promettent, y compris les prélats. Le pape récidive alors par une bulle « Unam Sanctam » sur l’unité de l’église, ce qui amène le roi, entouré de juristes, à envoyer son conseiller, Guillaume de Nogaret, en Italie, dans le but de faire arrêter le pape et de le faire juger par un concile. Boniface VIII se réfugie alors dans sa résidence d’été, à Agnani où, bousculé par ses opposants et les français, il décède, de mort naturelle, semble-t-il. Philippe le bel saisit l’opportunité. Il réussit à faire élire, comme nouveau pape, l’évêque de Bordeaux, qui installera la papauté en Avignon pour près de soixante-dix ans.

La mobilisation du pays tout entier, derrière son roi, malgré l’excommunication, pourtant particulièrement grave, en cette époque de foi profonde, lui aura permis de triompher. C’est parce qu’il a parfaitement su mettre en œuvre une communication, destinée à créer un sentiment d’appartenance, qu’il a gagné.     

Or, la communication n’est pas qu’un art. C’est aussi une discipline que tous ceux qui veulent assumer un leadership se doivent de cultiver. Vous êtes le leader, celui qui met en œuvre sa vision, en conformité avec ses valeurs, sa méthode et sa personnalité. C’est donc à vous de communiquer, avec vos propres mots et votre propre sensibilité. Exprimez-vous auprès de tous avec simplicité et franchise, sans sophistication. Rencontrez de façon informelle, autant de collaborateurs que vous le pourrez, chaque jour. Sortez de votre bureau pour aller, à l’extérieur, voir des clients et, à l’intérieur, les membres de votre personnel. Vous en apprendrez beaucoup plus que de la centaine de mails qu’on vous expédie chaque jour et qui pollue votre quotidien. Devenez un pratiquant assidu du « management by walking around ».

C’est d’abord un moyen extraordinaire de détecter les dysfonctionnements car, dans une organisation, si les ordres doivent nécessairement passer par la voie hiérarchique, quand on veut éviter l’anarchie, l’information, elle, se prend là où on la trouve. C’est aussi l’occasion de mesurer l’ambiance et l’état d’esprit qui règne à la base. C’est enfin l’opportunité de faire passer de l’information et des messages clairs. Personnellement, j’ai toujours préféré aller voir les gens sur leur lieu d’action plutôt que de les recevoir chez moi. Femmes et hommes, usines et établissements, mon agenda a toujours été rempli de visites à effectuer.

Bien sûr, cela exige quelques efforts, de nombreuses heures de voiture, de train ou d’avion, qui pourraient être économisées, mais je suis convaincu qu’on en apprend plus, en allant voir les autres, dans leur environnement familier, et qu’on en retire une vision plus claire du fonctionnement de son entreprise ou de son groupe, en gardant présent à l’esprit que la communication appartient toujours à celui qui la reçoit ce qu’Andy Grove, le fondateur d’Intel traduisait par :  » La qualité de notre communication est déterminée, non par la manière dont nous disons les choses, mais par la manière dont elles sont comprises. »

Alain GoetzmannCoach et Conseil en Leadership & Management

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