Par Fabrice Buhler, Directeur Général Alight France

Depuis plus d’un an maintenant, la crise sanitaire nous a poussé à « expérimenter » le télétravail à grande échelle.

Jusqu’ici marginal en France, ce mode de fonctionnement a su prouver sa valeur : selon un récent sondage Elabe, le présentiel ne convainc plus les Français. Ainsi, 81% des salariés souhaitent profiter d’au moins une journée par semaine de télétravail à l’avenir.

Ils sont même 31% à souhaiter travailler plus de la moitié de la semaine à distance. Chaque entreprise est désormais face à une problématique importante : adopter le travail hybride en combinant présentiel et distanciel, imposer au contraire le retour au bureau ou l’abandonner totalement… ce questionnement est au cœur de toutes les réflexions. Pourtant, on s’intéresse peu au réel impact sur le long terme qu’aurait l’adoption massive du télétravail.

Le risque de voir la génération Z sacrifiée ?

On entend souvent parler de la génération Z comme celle de la rupture, celle qui s’apprête à renverser les règles d’un ordre préétabli. Si cette affirmation peut s’avérer vraie sur certains sujets, elle ne l’est pas quant au télétravail. En effet, la « Gen Z » a plutôt tendance à vouloir un retour au bureau, selon un arbitrage présentiel/distanciel de préférence, à l’inverse des générations plus âgées – ayant déjà une carrière établie – qui tendent à être plus à l’aise avec l’idée de télétravailler. Ce clivage s’explique en partie par les conditions de vie et l’immobilier. Les jeunes générations ont souvent des conditions de travail moins confortables à domicile, notamment en ville, avec des appartements exigus et parfois en colocation. Là où les générations antérieures bénéficient en règle générale de meilleures conditions de vie et sont même désireuses de s’éloigner des grandes agglomérations.

Si les générations plus âgées désertent majoritairement le bureau, est-on sûrs qu’elles pourront apporter à la nouvelle génération le niveau de soutien, d’épanouissement, de reconnaissance et de transmission de connaissance qu’elle est en droit de prétendre, via ces nouvelles normes de travail ?  Comment pourront-elles apprendre elles aussi de cette génération plus jeune sans créer de liens ? L’informatique a beau nous fournir tous les outils nécessaires à la communication, est-ce suffisant pour créer un sentiment d’appartenance et inspirer les leaders de demain ? Le télétravail, tout comme le travail hybride, sont des pratiques nouvelles, qui demandent une véritable réflexion pour ne pas tomber dans des travers délétères.

Et le défi ne s’arrête pas là. Au-delà de l’impact sur les carrières, c’est également l’impact social qui doit être considéré. De nombreuses amitiés naissent sur les lieux de travail, et persistent au fil du temps. Quel sera l’impact humain de l’accroissement du télétravail sur les relations sociales et l’isolement à long terme ?

Un équilibre à (re)trouver

Les modes de travail traditionnels ont peut-être tiré leurs références. Dans tous les cas, le télétravail nous a déjà permis de prendre conscience de l’urgence de trouver un équilibre sain et pérenne entre vie professionnelle et vie personnelle.

Nous avons à présent la chance de pouvoir rebattre les cartes pour aller vers un équilibre qui permettra aux collaborateurs d’être plus sereins et aux entreprises d’être plus efficientes sur le long terme. Pour cela, les organisations ont à leur disposition des informations qui peuvent les aider à prendre des décisions éclairées mais elles ne le savent pas toujours. L’heure n’est plus aux devinettes, la question du télétravail peut parfaitement être adressée de manière responsable et cohérente. A ce titre, les solutions RH permettent de disposer de données rapidement consultables pour mieux comprendre les collaborateurs et leurs besoins.

Un marché de l’emploi de plus en plus délocalisé ?

Un autre possible effet secondaire du télétravail réside dans la délocalisation. Par le passé, les entreprises ont installé leurs bureaux ou sièges sociaux au sein des villes, ou en périphérie, afin de se rapprocher des collaborateurs. Les loyers y sont, par conséquent, élevés – tout comme les niveaux de salaire qui se doivent d’être alignés au coût de la vie.

Si, à l’avenir, le télétravail est adopté massivement, les entreprises en quête de profits pourraient décider d’embaucher des collaborateurs dans d’autres villes, voire d’autres pays, où le coût de la vie – et donc les salaires – seraient moins élevés. Ainsi, les professionnels habitant dans les métropoles se verraient défavorisés face aux profils excentrés. Comment pourront-ils maintenir leur niveau de vie dans ces conditions ? Se verront-ils obliger de quitter ces grandes villes ?

Toutes ces questions n’ont aujourd’hui pas de réponses claires et définitives, mais il semble important de pousser la réflexion sur le télétravail à son paroxysme afin d’en saisir toutes les retombées sociétales, humaines et géographiques. Il n’est pas question d’interdire le télétravail, qui apporte de précieux avantages aussi bien aux salariés qu’aux employeurs, mais il faut – maintenant plus que jamais – travailler en bonne intelligence pour définir les nouvelles normes de travail en s’assurant que chaque partie y trouve son compte. Cela permettra aux entreprises de gagner en efficience, tout en faisant profiter les salariés des meilleurs avantages possibles, aussi bien humains que professionnels.  

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