La résurgence des métiers techniques pour réconcilier économie et écologie

Olivier de Montlivault, président et fondateur de SOS Accessoire

Partage, location, re/upcycling, réparation. Telles sont les voies d’avenir qui s’offrent aux entreprises et aux citoyens pour consommer et utiliser les ressources autrement.

Un bien, dès qu’il est produit, ne doit désormais plus sortir du champ des préoccupations de l’entreprise qui l’a fabriqué. Le credo selon lequel, une fois vendu, il « appartient à son propriétaire et puis basta ! » ne tient plus. L’entreprise doit s’engager à faire vivre ce bien le plus longtemps possible pour montrer que les ressources utilisées l’ont été de façon pérenne.

On rejoint en cela la pensée du début de l’ère industrielle, mais qui prévalait pour d’autres raisons. Fabriquer pour durer était alors synonyme de qualité, un argument de vente basé sur la solidité. Puis l’ère consumériste a débuté. La possession puis le renouvellement rapide des biens sont devenus la norme, un comportement désirable, encouragé par la publicité.

Certes, la notion de SAV par laquelle l’entreprise s’engageait à accompagner l’utilisateur permettait d’éviter une fin de vie prématurée. Mais elle n’était qu’un argument d’achat de plus, visant à convaincre l’utilisateur d’acheter pour posséder. Cette notion était souvent liée à celle de durée de garantie, au-delà de laquelle l’entreprise ne s’engageait plus, ou bien avec un surcoût, en espérant que les pièces seraient toujours disponibles.

Aujourd’hui, de plus en plus d’acteurs jouent ce rôle de chaînon-manquant dans le cycle de l’utilisation des ressources, en apportant un soutien aux propriétaires de biens fabriqués par d’autres. Avec tout une gamme de services pour les accompagner et les inciter à réparer, les réutiliser ou en partager l’usage.

SOS Accessoire, pionnier depuis 2008 de la vente de pièces détachées aux particuliers qui veulent réparer eux-mêmes leurs électroménagers en panne, s’adosse à un catalogue qui concerne plus de 250 000 modèles d’appareils, permettant de faire revivre en 48 heures des équipements qui ont jusqu’à une dizaine d’années. Loin d’être un entrepôt, l’entreprise, qui est devenue leader en France de son secteur, s’appuie sur tout une palette de services disponibles H24 (tutos, vidéos, chatbot) : les pannes un weekend ou jour férié sont légion.
Ces services rendent la réparation plus aisée et incitent les novices à se lancer. La réflexion dans l’accompagnement s’adresse aussi à ceux qui hésitent. SOS Accessoire a mis en place une formule dédiée au petit électroménager, envoyé en atelier depuis un réseau de 16 000 points-relais Chrono-Pickup en France, pour être réparé par ses propres techniciens. Ici, la notion d’ubiquité prime. L’entreprise propose enfin de la réparation à domicile en une seule intervention, effectuée par des réparateurs-experts locaux, qui favorise le tissu économique et l’offre de proximité. Cette résurgence des métiers techniques est un premier pas vers la réindustrialisation : en donnant le goût du faber, du « faire » et en faisant ainsi valoir son caractère essentiel, on crée un intérêt au sein de la société pour ces compétences qui s’étaient perdues, délocalisées à l’autre bout du monde dans une dynamique capitalistique consumériste délétère génératrice de dépendance.

À l’instar des magasins physiques spécialisés dans la revente de livres d’occasion, La Bourse aux Livres est une plateforme permettant aux vendeurs d’estimer la valeur de leurs livres et de lui en confier la vente, et aux acheteurs d’y trouver leur compte. C’est la notion d’intermédiaire utile, à valeur ajoutée sans frais supplémentaires, qui entre ici en œuvre.

D’autres acteurs se spécialisent dans la location de biens inattendus, mais qui font sens, comme Lizy qui propose aux entreprises et aux particuliers du leasing longue durée de voitures d’occasion. Les fabricants eux-mêmes ont investi le secteur de la location. Thierry Mauvernay, dans son livre Écouter & Oser pour entreprendre avec succès parle de l’émergence de modèles d’affaires tenant compte de l’impact environnemental de tout le cycle de vie du produit, où la vente est remplacée par le partage et la location. Il cite l’exemple de Michelin qui vend moins de pneus pour camion mais tire une partie de ses revenus de leur location en fonction des kilomètres parcourus. L’amélioration de leur fiabilité va de pair avec une augmentation de la marge parce qu’un camion va rouler plus longtemps avec le même train de pneus. Ou bien de ce fabricant de lampadaires urbains qui vend des heures de lumière associées à sa technologie. Là-aussi, il faut créer de l’efficience, de la durabilité. Et de la préférence chez les acheteurs, en répondant à leur problématique de consommation d’énergie et d’impact environnemental : des contraintes bien réelles dans les appels d’offres. Même le secteur de la santé est impacté. Dans la santé connectée, le français Withings monte dans la chaîne de valeur avec des services d’accompagnement personnalisé. Ainsi, son dernier pèse-personne intelligent Body Comp fait bien plus que peser. En récoltant des données santé pointues, il offre des services de santé préventive inédits, illustrant l’idée de médecine préventive, beaucoup plus économe pour la société.

Selon Thierry Mauvernay, l’écologie nous contraint à repenser l’équation du capitalisme qui lie rendement et risque : obtenir du rendement différemment, le mesurer de manière différente. Et prendre en compte le risque environnemental. Il parle d’écos-démocratie avec un s : écologie et économie indissociables, ne sauraient être opposées. Le changement climatique induit une rupture avec les modes de fonctionnement passés impliquant d’imaginer, très vite, d’autres styles de vie. Les entreprises doivent y contribuer, même modestement.
L’innovation joue un rôle clé, mais il faut l’adhésion des usagers : un débat d’actualité, alors que les décideurs politiques voient que la coercition serait contre-productive, et que se multiplient les initiatives controversées qui créent du buzz sans déboucher sur des actions positives. C’est ici que le mot entreprendre reprend tout son sens.

Olivier de Montlivault
Président et fondateur de SOS Accessoire

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