Par Philippe Plichon, Directeur Associé chez Praditus

Tribune. La résilience vit avec nous et en nous. Il est naturel de l’associer à une réaction nécessaire pour faire face à l’adversité, ou, dit de façon plus directe, pour « encaisser les chocs », tels que ceux que nous subissons encore du fait de la crise pandémique actuelle. Cependant, la résilience ne s’improvise pas, elle s’apparente de facto à une course de fond, un marathon. Elle s’exprime de plusieurs façons et s’applique aussi bien à l’échelle d’une entreprise qu’à celle de ses collaborateurs. Alors que l’on demande à chacun d’être résilient pour faire face à une situation incertaine, encore faut-il que les organisations s’impliquent. À défaut, la détresse psychologique des collaborateurs pourrait encore s’accentuer.

Un concept caractérisant la résistance au choc

La résilience est au départ une caractéristique de mécanique physique : celle d’un métal à résister aux chocs. Une image forte qui nous aide à concevoir la signification première de la notion de résilience, mais qui est aussi trompeuse, car associée à des réactions quasi immédiates de survie. Or, dans notre expérience humaine, la résilience dépend aussi et surtout d’un large panel de compétences transversales mobilisables dans la durée, selon les circonstances spécifiques de chacun, la nature, la fréquence et la variété des traumatismes.

La résilience oui, mais à quelle échelle et pour quel bénéfice ?

Notre capacité de résilience est une ressource clé pour retrouver notre équilibre à différents niveaux. À l’échelle du collectif, elle est la faculté d’une équipe à s’adapter avec agilité aux changements et à surmonter les épreuves. Elle bénéficie ainsi aux organisations en leur permettant de se remettre des chocs majeurs et aux collaborateurs de mieux gérer le stress afin de faire face à la situation.

Dès lors, puisqu’il est entendu que la résilience est essentielle aux organisations, comment donc la développer ? Il n’y a malheureusement pas de recette miracle, d’autant plus si l’on considère la résilience d’une entreprise comme la somme de la résilience de l’ensemble de ses collaborateurs. En effet, elle n’implique pas uniquement le rétablissement financier de l’organisation mais aussi sa capacité à créer et maintenir des conditions matérielles et culturelles de travail permettant aux collaborateurs de mieux gérer le stress et de rester performants de façon durable.

Pour le collectif, les bénéfices d’un tel dispositif sont conséquents. Des études récentes1 en psychologie organisationnelle et du travail ont mis en évidence un rapport entre la résilience et de nombreux traits positifs de la personnalité. En effet, les individus résilients montrent plus d’engagement pour le changement, une implication accrue et font preuve de continuité dans la performance. À l’échelle individuelle, la résilience de chacun de ses collaborateurs permet donc à l’entreprise de se reposer sur une base solide d’individus prêts à l’accompagner, malgré un contexte incertain.

L’accompagnement des salariés par leur entreprise, une condition sine qua non de réussite

Toutefois, la résilience ne se décrète pas. Et sans le soutien de leur organisation, les collaborateurs auxquels on demande de faire preuve de résilience seront plus susceptibles de perdre leur énergie et leur motivation. Une équipe qui manquera de cette qualité s’épuisera à résister au changement et à déplorer l’échec. La résilience peut aider une équipe à s’adapter, à progresser plus rapidement et plus harmonieusement. Elle permet de nourrir des émotions positives telles que la curiosité et l’ouverture aux nouvelles expériences, et peut donc également aider le groupe à discerner de nouvelles solutions innovantes.

La résilience ne s’improvise pas, bien au contraire. Pour accompagner ses collaborateurs, il est nécessaire de se projeter dans la durée, car c’est dans le temps long que la résilience produit tous ses effets. Les entreprises doivent donc être en mesure de donner du sens à leur activité, une raison d’être à leurs collaborateurs, afin de la renforcer. Il s’agit aussi d’offrir aux équipes des marges de manœuvre accrues, des opportunités d’expression et des espaces de liberté pour favoriser la collaboration et l’émulation. C’est un processus qui se travaille sur le long terme et qui se prépare avant que le choc ne survienne. Alors que bon nombre d’entreprises sont confrontées à cette problématique, celles qui ont intégré ce point de développement dans leur stratégie de management et de gestion des ressources humaines sont aujourd’hui celles qui s’en sortent le mieux.

Le changement et les échecs font partie de la vie des entreprises, et nombreuses sont celles qui ont pu ressentir chocs et essoufflements. Avec de la résilience, une équipe ressent moins de stress et plus de bien-être, que ce dernier soit psychologique ou physique. Résister aux chocs et à leurs répliques sismiques permet non seulement aux sociétés de sécuriser l’existant, mais surtout de se transformer tout en générant de la valeur. Et il faudra pour relever les nombreux défis que revêt l’avenir – notamment en raison du réchauffement climatique – considérer le travail sur la résilience, non pas comme une action ponctuelle mais bien comme une composante fondamentale et durable du management des organisations au XXIème siècle.


1 Hjemdal Odin, Friborg Oddgeir, Stiles Tore C, « Résilience et personnalité », Bulletin de psychologie, 2010/6 (Numéro 510)

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