Par Stéphane Leluc

Tribune. La vie professionnelle dans la plupart des entreprises est devenue trépidante, caractérisée par une surcharge cognitive et une complexification croissante des aspects technologiques, juridiques et organisationnels du travail. Le rythme est extrêmement soutenu et  la généralisation du fonctionnement en mode multitâches (l’illusion que nous pouvons faire plusieurs choses en même temps) fait chuter notre niveau d’attention et de concentration. Résultat : le stress est devenu un « mode de vie » et le nombre de jours de maladie dus au stress ou à des maladies psychologiques a augmenté rapidement, atteignant l’inquiétante proportion de 54% des absences maladie chez les cadres et entrainant des coûts afférents élevés pour les entreprises. Même les employés en bonne santé ressentent une pression permanente et font l’expérience d’une baisse de leur satisfaction au travail, de leur créativité, de leur résilience et de leur ouverture à de nouvelles compétences.

Les résultats provenant de la recherche neuroscientifique et les expériences menées par quelques entreprises innovantes montrent que de nouvelles voies émergent pour réduire le stress, renforcer la résilience, la satisfaction au travail et la collaboration. Un aspect central de ces approches est la formation aux pratiques de méditation de pleine conscience, également connues aujourd’hui sous le nom de Mindfulness, une méthode qui a déjà fait ses preuves dans les secteurs de la santé mentale et de la prévention du Burnout.

Au niveau le plus fondamental, la méditation de pleine conscience fait référence à notre capacité d’être complètement attentifs à ce que nous faisons. Diriger notre attention est un aspect fondamental de l’esprit, et nous le faisons tout le temps. Pourtant, au milieu de la richesse d’information à notre disposition dans notre univers professionnel et dans notre vie sociale, nous perdons de façon croissante notre capacité à poser notre esprit sur un sujet et à y réfléchir, ou à être pleinement présents à ce que nous faisons. Nous avons tendance à être facilement distraits, pas présents dans nos conversations, nous avons du mal à nous détendre et à arrêter notre esprit de ruminer ou de s’inquiéter, et pensons souvent à d’autres choses alors même que nous sommes en train d’effectuer une tâche demandant un niveau de concentration élevé.

Le cerveau possède une capacité innée à l’attention. Il ne s’agit aucunement de quelque chose d’étranger que nous devrions apprendre, mais plutôt d’une qualité que nous pouvons cultiver et utiliser plus fréquemment. Etre attentif nous permet de reconnaitre et de comprendre des choses que nous manquons avec un esprit agité et inattentif. Quand nous  nous engageons dans des activités ou des pensées avec attention, nous sommes plus à même de comprendre leur signification. La Pleine Conscience, l’attention dénuée de jugement que nous portons à ce qui se passe en nous et autour de nous dans l’instant présent, est la base de toutes les capacités cognitives plus élevées telles que la concentration.

Dans les années 1980, le Dr Jon KABAT ZIN, docteur en biologie moléculaire et directeur de clinique à Boston, a testé cette approche en formalisant un protocole de 8 semaines de formation à la Pleine Conscience pour les patients de sa clinique afin de les aider à réduire leur niveau de souffrance et de stress liés à leur maladie et à l’éventuelle perspective de la mort. Connu sous le nom de MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction – la réduction du stress fondée sur la pratique de la méditation de pleine conscience), ce protocole de formation s’est rapidement développé an Amérique du Nord tout d’abord dans le secteur hospitalier  dans les années 1990, puis a atteint le monde de l’entreprise américain dès la fin des années 2000.

Dépouillée de toute référence religieuse ou spirituelle, la formation à la méditation de pleine conscience apprend à notre esprit à faire une pause, à lâcher prise de nos schémas de pensées discursives, et à atteindre un état naturel de paix. Des recherches scientifiques de grande envergure (8 000 études ont été consacrées à la peine conscience depuis 20 ans) ont prouvé que ces techniques transforment réellement la structure du cerveau. 

Grâce à l’introduction de formations fondées sur la méditation dans le milieu professionnel, les organisations ont intégré les découvertes scientifiques concernant les impacts neurophysiologiques de la pleine conscience sur la journée de travail et  la culture d’entreprise. De nombreuses sociétés (Google, General Electric, Intel, Mercedes, Jaguar, Novartis, Orange, SNCF, RATP, L’Oréal, Sodexo, HSBC, Natixis, Schneider Electric) offrent aujourd’hui à leurs collaborateurs des formations à la pleine conscience.

Les recherches déjà réalisées sur l’efficacité de la Pleine Conscience dans la vie professionnelle ont  mis en évidence les résultats suivants :

– Une réduction significative (71%) du stress perçu *

– Un renforcement de la résilience et une baisse de 50% du nombre de jours de maladie**

– Une capacité de concentration accrue (+38%)*

– Une amélioration de la capacité à rester calme et lucide durant des périodes de stress

– Une amélioration des rapports humains et de l’intelligence collective  au sein des équipes, ressentie par 85% des participants aux formations de Mindfulness*

– Une meilleure acceptation (+45%) des situations de travail ainsi que de la satisfaction au travail*

– Une créativité accrue (+24%)*

– Une prise de décision plus claire et plus éthique. ***

Enfin, la pleine conscience intéresse désormais également les hommes politiques : au Royaume Uni, le projet UK MINDFULNESS  INITIATIVE (www.themindfulnessinitiative.org.uk), commission d’enquête parlementaire conduite par des députés britanniques, conçoit, accompagne et rend compte de la mise en œuvre de programmes de Mindfulness dans les domaines de l’Education, la Santé, la Justice – la Défense – L’Intérieur et les Entreprises. Une initiative similaire a pris forme à l’Assemblée nationale en France où 3 groupes de députés ont déjà effectué des formations à la pleine conscience depuis 2017.

Sources: *Université de Coburg – Dr Kolhs –  Generation Research Program – LMU – 2013.

**Transport for London – Health and Well-being Forum – 2012

***INSEAD : Understanding and  Responding to Societal Demands on Corporate Responsibility

Directeur d’Awaris France, Stéphane LELUC intervient auprès de grands groupes français et étrangers ainsi qu’au parlement européen pour introduire, intégrer et approfondir la Pleine conscience au sein des organisations afin d’aider les entreprises à libérer leur potentiel de collaboration et de créativité. Co-auteur du « Guide pratique de méditation – Déployez vos talents », il pratique la méditation et les disciplines contemplatives depuis 30 ans.

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